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OPINION

Tricotés serrés contre l’anxiété

Photo: Jens Johnsso/Unsplash
Écrit par Simon Lessard

Selon nos psychiatres, le taux de détresse psychologique des jeunes est en hausse constante. L’anxiété est en voie de devenir la maladie du nouveau millénaire. Un millénaire marqué par l’incertitude et la peur. Il y a urgence à couper le filet de l’indépendance et tresser la corde de l’interdépendance.

Êtes-vous anxieux ?

Moi oui. Et il semble que je ne sois pas tout seul.

Le mois dernier, l’Association des médecins psychiatres du Québec s’est dite très inquiète (lol!) pour la santé mentale des jeunes de la génération Alpha. La génération Alpha vous connaissez ? Ce sont nos enfants nés depuis 2010 et dont l’existence est marquée au quotidien par les écrans.

La maladie du nouveau millénaire

Selon nos psychiatres, le taux de détresse psychologique des jeunes atteint maintenant les 37 % et est en hausse constante. En fait, les troubles anxieux ont doublé en six ans au sein de la jeunesse québécoise. Soit de 8,6 % à 17,1 % entre 2001 et 2017 selon l’Institut de la statistique du Québec.

Cet été, le comédien Patrice Coquereau a parcouru 570 km sur la route 132 pour sensibiliser la population concernant l’anxiété.

Le mois dernier, c’était au tour du député Harold LeBel d’emboiter le pas en déposant une motion de sensibilisation à l’Assemblée nationale. Adoptée à l’unanimité, elle demandait de bonifier les ressources en santé mentale pour rendre les traitements des troubles anxieux accessibles à tous.

Bref, l’anxiété est en voie de devenir la maladie du nouveau millénaire. Un millénaire marqué par l’incertitude et la peur. Un millénaire en or pour les vendeurs d’assurances !

Écoutez la chronique de Simon sur l’anxiété à On n’est pas du monde :

Et pourtant, on n’a jamais été aussi capable de prévoir une foule de choses grâce aux avancés de la science. On n’a jamais été aussi riche, confortable et protégé.

Pour la très vaste majorité d’entre nous, nous n’avons même jamais manqué du nécessaire, d’un toit ou d’un bon repas.

Pourquoi diable alors avons-nous si peur ?

Libre et tremblant

Si on n’a jamais été aussi bien entouré par nos policiers, pompiers, médecins, avocats (quoique plusieurs se sentent plus agressés que protégés par eux), on est néanmoins en manque cruel de l’assurance qui nous vient de notre famille et de nos amis.

Il ne reste plus que le filet social pour freiner notre chute dans le vide. Or, nul n’est une ile. L’homme est un animal social, un être de relation, et c’est sa famille et sa communauté qui lui procurent le sentiment de sécurité, beaucoup plus que l’État lointain et impersonnel.

On pensait avoir coupé nos chaines et on s’est rendu compte qu’on avait plutôt coupé les fils de notre parachute. Du coup, la chute est très libre.

Urbanisation, union libre, divorce, écrans, argent. Paradoxalement, ce que nous avons gagné en liberté nous l’avons perdu en sécurité.

Bref, nous avons peur, car nous sommes seuls. Plus libres peut-être, mais plus seuls. Libres comme un enfant perdu dans le bois ou au centre d’achat. Libres d’une liberté qui nous fait trembler.

Se tricoter serré

On souhaitait coupé nos chaines et on n’a plutôt sectionné les fils de notre parachute. Du coup, la chute est très libre.

Plus on s’agite, plus on s’enfonce dans les sables mouvants. Autonome, sans parents ni enfants, sans maison ni religion, on peut voyager à sa guise, mais on n’a personne avec qui rire et pleurer.

L’individualisme croissant nous enlise dans une solitude angoissante.

Du lien. De l’engagement. Voilà notre carence.

On pensait qu’indépendance rimait avec assurance, mais on découvre plutôt une assonance avec épouvante. Il y a urgence à ciseler le filet de l’indépendance et à tresser la corde de l’interdépendance. Renouer avec papa, maman, frérot, sœurette, amigos et tante Ginette. S’enrôler et non se dérober, s’engager au lieu de s’excuser, se marier et pas juste s’accoter.

Une spiritualité d’enfant, remède à l’anxiété

Comme pour les alpinistes, s’encorder est pour nous une question de survie. Car on ne tombe jamais tous en même temps.

On a détricoté le Québec de l’Église, mais on a oublié que foi (fides) venait de confiance et religion (religare) de relier. Se re-lier, se lier de nouveau les uns aux autres, il n’y a pas plus salutaire, surtout quand winter is coming !

Bref, pour ne pas avoir peur de l’hiver du nouveau millénaire, va falloir se tricoter serré. Parce que comme disaient nos grands-mères : Quand y fait frette, on se colle !

Pour aller plus loin : Ressources pour vaincre l’anxiété

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À propos de l'auteur

Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

3 Commentaires

  • Même les moines du Mont Athos que j’ai visités en 2003 se disent anxieux. Ils ont parfois peur de vivre cette vie de prières et de sacrifices inutilement.

    Il faut vivre le pari de Blaise Pascal.

    S’il n’y a rien, on ne le saura jamais; s’il y a l’Étre en tant qu’être, chacun sera dans la Lumière éternelle. On sera passé d’une Église visible et périgrinante à une Église triomphante.

    • Très belle analyse. Merci.

      Voici une vision complémentaire.

      Nos ancêtres(avant 1960) ne bénéficiaient pas(ou peu), de programmes sociaux. Ils ne vivaient pas le collectivisme imposé par une autorité légale coercitive(i.e. l’état). L’Église et autres oeuvres de charité non catholiques et non-imposées étaient la pour combler librement(j’insiste), la plupart des besoins que nous appelons aujourd’hui des « besoins sociaux ».

      Nos ancêtres n’avaient pas accès à une panoplie de technologies. Ils dépendaient beaucoup plus de la bonne volonté et de la force physique des gens pour bien vivre et surtout, survivre.

      Nos ancêtres n’avaient pas une vision matérialiste et «scientifique» du monde. La culture dominante avant 1960 consistait à avoir une perspective très spirituelle ou éternelle de notre courte vie et fragile vie sur terre.

      Nos ancêtres n’étaient pas dépendants de l’avis des « experts ». Ils n’accordaient pas aussi facilement leur confiance aux gens parce qu’ils avaient « le bon » diplôme. Ils se souciaient bien plus de la vie intérieure de gens. La vertu ou l’absence de celle-ci dans la vie de quelqu’un étaient le critère # 1 pour évaluer si une personne était digne de confiance ou non.

      Nos ancêtres n’aimaient pas la multiplication des lois et règlements pour « changer les comportements » ou pour imposer le « bien commun ». Leurs vies n’étaient pas hyper réglementé ou judiciarisé. La Loi(de l’amour avec un « L » majuscule), remplaçait 90% et plus des lois(« l » minuscule), et règlements humains qui existent aujourd’hui. Notre monde moderne complexifie inutilement tout, tout, tout.

      Nos ancêtres ne vivaient pas dans un monde qui permet le divorce ou la séparation « sans faute ». La plupart des couples se défont « parce qu’il n’y a plus d’amour ». Le concept «d’amour romantique» des Disney de ce monde, basé uniquement sur les sentiments , par opposition au mariage qui incluait la volonté et qui était “coulé dans le béton de l’éternité », n’existait pratiquement pas.

      Nos ancêtres ne vivaient pas dans un monde ou quelques gros médias « crédibles », façonnent l’opinion publique ou les comportements. Ils s’appuyaient surtout sur l’Esprit Saint ou -par exemple- sur les sermons des curés ou professeurs(tous croyants à cette époque), pour former leur conception du monde.

      Outre l’absence de culture chrétienne dominante, c’est ça et plein d’autres dynamiques de ce genre qui poussent les gens à se désolidariser ou à devenir individualistes, à être anxieux, dépressifs, etc. Nos ancêtres étaient en grande partie plus vertueux par la force des choses. La lutte constante pour la survie, combiné avec une forte culture chrétienne, rendaient les gens joyeux, même à travers les pires épreuves/souffrances. Aujourd’hui, dès que nous ne sommes pas « parfaitement heureux », le réflexe de la plupart du monde, c’est d’aller consulter un « spécialiste de l’âme »(i.e. un psy), alors que la plupart du temps, ces derniers sont athées ou agnostiques. Ironique non ? Ces êtres ne croient même pas à l’existence de l’âme spirituelle. Ils croient que la conscience provient uniquement de notre cerveau. Et il ne faut pas oublier de méditer à propos de la très longue liste d’effets secondaires, parfois très néfastes des médicaments qui jouent artificiellement avec l’équilibre chimique du cerveau.

      La GRACE de Dieu est suffisante pour guérir TOUTES, je dis bien toutes les maladies -soi-disant- mentales. Elles sont avant tout des « maladies » de l’âme… spirituelle.

      C’est « radical » comme façon de concevoir les choses, mais c’est la réalité.

      Prédiction ou prophétie(?) :
      Un jour, L’Église va reconnaître son erreur d‘avoir accordé autant de crédibilité à la soi-disant science psychiatrique.

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