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OPINION

J’irai prendre une marche sur vos tombes

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Photo: Anton Darius/Unsplash
Écrit par Simon Lessard

C’est quand la dernière fois que vous êtes allés prendre une marche dans un cimetière ? Un jour gris et pluvieux de novembre, sans feuille ni neige, voilà le temps idéal pour ce genre de balade et tomber sur une tombe.

Entre les pierres et les noms des inconnus, on peut trouver la beauté de la nature et la paix du silence.

Il faut dire que même s’il y a beaucoup de monde, ça parle pas beaucoup !

On se met à penser à toutes ces personnes oubliées, on imagine leurs vies et on se permet même de juger leur choix de tombe. (Non mais, sérieux. C’est-tu assez quétaine cette sculpture-là?)

Et tout à coup, bam! On tombe sur la tombe (s’cusez-la) d’un quidam qui porte le même nom que nous.

LESSARD 1907-2001

Malaise. Une sorte d’angoisse existentielle.

Le traumatisme du non-être

Freud appelait ce sentiment le traumatisme du non-être. C’est la prise de conscience qu’on va cesser d’exister un jour.

Traumatisme : car c’est comme un choc, un tremblement, devant un précipice infranchissable. Je vais mourir. Tu vas mourir. On va tous mourir bande de caves. C’est certain.

Du non-être : parce que même si la mort existe, elle est comme un trou noir de l’être. Le néant qui nous poursuit.

Mort

Après tout, il y a quelque chose de profondément épeurant à se retrouver nez à nez avec le néant. Kierkegaard disait que l’angoisse est la présence d’une absence. Moi, c’est drôle, j’aurais plutôt dit que c’est l’absence de présence. (Bon. Je ne veux pas ici m’obstiner avec le philosophe danois. Surtout que ça serait compliqué vu qu’il est mort.)

Qu’importe votre définition préférée, n’en demeure pas moins que, tôt ou tard, l’angoisse se présente aussi bien aux présents qu’aux absents.

Et là, quand l’angoisse de la mort nous monte à la gorge, qu’est-ce qu’on fait ?

Meditatio mortis

La plupart, dirait Pascal dans ses Pensées, fuient en arrière dans le divertissement. On accélère la vie et augmente le bruit pour saturer notre pensée. Pour ne pas y penser.

D’autres fuient par en avant.

Ils optent pour le suicide, ou la mort planifiée, comme on dit aujourd’hui pour pas trop ébranler. Drôle de réaction que de se jeter dans la gueule du lion quand on a peur de ses crocs. Pas de quoi rire en fait.

Fin de vie et dignité (dossier web)

Ceux qui ont plus une attitude de toréador que de marathonien décident de prendre la mort par les cornes.

Ils ne courent ni en arrière ni en avant, ils tournent plutôt la tête vers le ciel. Ils interrogent les étoiles qui ont vu et verront défiler tous les hommes et cherchent le sens de la mort… lequel n’est jamais très loin du sens de la vie.

Car il n’y a pas de question plus importante à investiguer.

Être ou ne pas être…

Shakespeare l’avait compris tout comme Camus :

Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.

Philosopher, c’est apprendre à mourir disait Platon.

Aristote, lui, ajoutait que les trois contraires de la philosophie sont la folie, le sommeil et la mort. Trois manières de ne pas penser. Trois manière de ne pas vivre. Car vivre, pour un homme, c’est penser. (Et peut-être aimer aussi un peu.)

La question qui tue

Alors je vous repose ma question :

C’est quand la dernière fois que vous êtes allé prendre une marche dans un cimetière, que vous avez pris le temps de sonder la mort ?

Cherchez dans un cimetière et vous ne serez pas déçu.

« Bof, à quoi bon ? », me direz-vous sceptique. « De toute façon, personne n’est jamais revenu des morts pour nous dire ce qu’il y avait de l’autre côté. »

Personne. Vraiment ?

…telle est la question.

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À propos de l'auteur

Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

1 commentaire

  • En août dernier, j’ai acheté le terrain où fut inhumée mon arrière-grand-mère le 26 novembre 1943. Il y a 76 ans Marie St-Louis, épouse d feu Henri Lessard, inhumée au Cimetière de St-Edouard de Maskinonge. Le terrain était tombé en désuétude depuis une vingtaine d’années. La Planche tombale était rendue grise et pétrifiée. J’ai décidé alors de faire faire une nouvelle planche tombale en bois de chêne ( encore bonne pour un autre 75 ans !). La nouvelle Planche tombale a été bénie au jour de la Fête du Cimetière à St-Edouard.
    Il restait la question de savoir où avait été inhumé ce ” feu ” Henri Lessard ?
    Jusqu’à la veille de la fête du Cimetière, je pense qu’étant mort en 1899, il était enterré dans la paroisse mère, Ste-Ursule. Le paroisse de St-Edouard fut fondée en 1915, il est donc normal après 40 ans, que les enfants n’aient pas penser réunir leurs parents en un seul lieu d’inhumation…
    Oui, tout est éphémère. La mort fait partie de la vie pour les personnes qui croient en la Vie éternelle.
    Je fus aussi ému un jour de me recueillir sur la tombe d’un cousin inconnu, Fernand Lessard, 19 ans, enterré au Cimetière Canadien de Beny-sur-mer.
    Ce jeune homme de La Durantaye était soldat du Régiment de la Chaudière tué lors du Débarquement de Normandie. Sans le connaître, j’ai célébré une messe pour le repos de son âme…. Encore jeune pour un repos éternel !

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