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IDÉES

Le métier d’éducateur selon Nestor Turcotte

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Photo: Gracieuseté de l'auteur

Un texte de Nestor Turcotte*

L’instituteur (d’un mot latin qui veut dire: «celui qui fonde») est, comme le dit si bien le philosophe Heidegger, «le berger de l’être». Il est le délégué aux valeurs permanentes. Lesquelles sont universelles. Nestor Turcotte, auteur et prof d’expérience maintenant à la retraite, nous livre un regard sans concession sur l’éducation.

L’école, dois-je le souligner, traverse une crise très profonde.

Les collégiens sont souvent dégoutés de leur école. L’établissement scolaire qu’ils fréquentent leur semble une immense machine à faire le vide.

Les édifices sont modernes, bien équipés, mais il n’y a plus d’âme.

Les jeunes de mon ancien collège viennent (en auto ou motocyclette) à l’heure de leurs cours et quittent rapidement les lieux pour devenir emballeur dans une épicerie.

La parabole de l’aquarium

Durant mes vingt-trois ans à enseigner la philosophie, j’ai croisé près de 4000 étudiants. J’ai dispensé, en plus des cours réguliers, un certain nombre de cours complémentaires. Je retiens quelques titres: le problème de Dieu (je devais refuser des étudiants); le marxisme; le problème de l’athéisme; le problème du mal; etc.

Mes cours étaient toujours suivis par tous mes étudiants et rarement, je devais dénombrer les absents.

Éducation

Une vieille histoire raconte ceci au sujet de l’école.

Supposons un aquarium où il y a des poissons. Régulièrement, on leur donne de la nourriture toute fraiche. Mais l’eau de l’aquarium est souillée et malsaine. Comme elle pénètre dans le corps des poissons, ceux-ci malgré leur bonne nourriture qu’on leur donne régulièrement, se trouvent peu à peu empoisonnés et meurent.

Quelque chose de semblable se produit dans nos écoles.

Nous déployons dans le monde scolaire une pléthore de stratégies de communication toujours plus sophistiquées, mais les jeunes s’ennuient. Ils sont mécontents, souvent révoltés.

Les trois types d’enseignants

Au collège, pendant plus de vingt ans, j’ai pu croiser, en simplifiant un peu, trois sortes d’enseignants.

À cause de différents facteurs, certains se sentaient fatigués, essoufflés, cahotés, surtout par les multiples réformes scolaires.

Ils se sentaient déboussolés à tout bout de champ par la multiplication des nouveaux programmes, des nouvelles méthodes.

Ils ne pouvaient plus faire de reproche à l’étudiant sans voir arriver les parents qui justifiaient le comportement de leur enfant au détriment de l’enseignant. Ces enseignants se sentaient inutiles.

Au Québec, 20 % des nouveaux enseignants quittent la profession cinq ans après leur graduation.

Ils déprimaient vite. Ils faisaient le minimum. L’entrain n’était plus là.

Au Québec, 20 % des nouveaux enseignants quittent la profession cinq ans après leur graduation.

J’ai croisé, dans mon collège, un grand nombre d’idéologues, surtout en philosophie.

Certains, il ne faut pas avoir peur de le dire, transformaient leur enseignement en classe d’endoctrinement révolutionnaire (marxiste, maoïste). Leur mission consistait souvent à démolir les valeurs traditionnelles, les structures mentales et morales de leurs élèves.

Ces saboteurs qui dénonçaient la famille, la société, la religion, l’État, etc. ont conduit une multitude d’étudiants à plusieurs formes d’anarchie ou à tous les courants nihilistes.

Pour tirer par en haut, il faut des maitres capables d’ascèse intellectuelle, des personnes avec la mission de devenir des « sourciers spirituels ».

Le nombre effarant de suicides au Québec le démontre bien. Sans finalité, pourquoi vivre ?

Enfin, heureusement, j’ai connu beaucoup de maitres, n’embarquant pas dans le bateau des multiples idéologies, ont essayé de remplir parfaitement leur mission. Avec humilité et sans bruit. Ils vivaient leur métier sans vanité et sans publicité.

Tirer vers le haut

Éduquer – selon l’étymologie du verbe latin « e-ducere » – signifie élever, tirer par en haut. Pour tirer par en haut, il faut des maitres capables d’ascèse intellectuelle, des personnes avec la mission de devenir des « sourciers spirituels ».

Les Frères prêcheurs, qu’on appelle aussi les Dominicains, ont une devise qui devrait être inscrite en haut de tous les tableaux des écoles du Québec: « Contemplata allis tradere ».

Traduction:  un enseignant doit transmettre aux autres les fruits de ses contemplations. Titre d’une prochaine réforme scolaire…

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Nestor Turcotte

Nestor Turcotte est l’auteur du livre Les « rapaillages » d’un jardinier en Gaspésie. À vingt-ans (en 1960), muni d’un brevet classe « A » et d’un baccalauréat en pédagogie, il devient maitre de classe, niveau septième année. Puis, après 3 ans de métier au secondaire, il ira œuvrer dans une école catholique de Melbourne (Australie) pendant 3 autres années. Un retour aux études en 1971 lui permet de décrocher une maîtrise en philosophie et un baccalauréat en théologie. Il enseignera ensuite la philosophie au collège de Matane jusqu’en 1996.

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1 commentaire

  • Il me semble que la source d une partie des problemes des cégeps réside dans le fait que la Révolution tranquille a bien fait en instaurant la démocratisation de l’acces aux études mais, malheureusement, il a fallu quelques années plus tard instaurer la démocratisation des contenus, parce que devenue clientéliste, les cégeps refusaient de voir des étudiants, non doués, échouer.
    Concernant, les profs ne les critiquons pas trop. Ils font partie de la cohorte des humaines sciences sans maths au cegep. Ils ne sont pas les ”pogos les plus dégelés du paquet.”

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