fbpx
ENTREVUE

Un avant-gout de l’éternité

Ensemble vespéral de Québec (photo: Jean Bernier).
Ensemble vespéral de Québec (photo: Jean Bernier).
Écrit par Ambroise Bernier

L’Ensemble vespéral est un regroupement de chanteurs professionnels sous la direction de Richard Boisvert. Son objectif est de faire découvrir ou redécouvrir la musique sacrée au Québec. Nous sommes allés aux vêpres que l’Ensemble vespéral a animées et avons rencontré son directeur, Richard Boisvert. Voici les propos recueillis par Le Verbe.

Le Verbe : D’où vous est venue cette idée de mettre cet ensemble vocal sur pied?

Richard Boisvert : L’idée de l’Ensemble vespéral m’est venue lors d’un voyage à Londres. J’y avais été envoyé pour couvrir un opéra [NDLR en tant que journaliste] ; j’en ai profité pour m’arrêter à la cathédrale catholique de Westminster, où j’ai assisté aux vêpres. La célébration était chantée du début à la fin.

La beauté du répertoire traditionnel que j’ai alors vu à l’œuvre m’a fait comprendre que ce qui se faisait à Westminster pouvait se faire au Québec. Nous n’exploitons pas assez la liturgie et les chants : l’Église est assise sur un trésor sans le savoir.

Que voulez-vous dire?

Je pense que trop de messes sont pauvres liturgiquement : nous négligeons la richesse accumulée au cours des siècles. Cette richesse n’appartient pas au passé et il nous importe de la réactualiser, car elle peut, sans grands efforts, rester vigoureuse et dynamique. Il suffit de donner le livret aux gens pour qu’ils chantent – rapidement, tous chantent aux bons temps.

Richard Boisvert, directeur de l'Ensemble vespéral (photo: Jean Bernier).

Richard Boisvert, directeur de l’Ensemble vespéral (photo: Jean Bernier).

Tout le monde peut être rejoint par les chants, peu importe où ils se situent dans la foi : certains sont allergiques au clergé, mais viennent aux vêpres, attirés par la beauté du sacré.

La musique crée un espace pour le sacré. Par exemple, lorsque nous chantons des psaumes, nous laissons durer la médiane quelques instants. Ce sont quelques secondes de silence, entre deux vers, où l’assemblée se recueille ensemble et se dirige vers l’immensité. Le silence devient palpable, la prière s’y faufile et nous avons un avant-gout de l’éternité. Ce sont des moments d’humilité, où nous pouvons nous laisser surprendre par Dieu.

Pour les néophytes, la musique liturgique peut nous sembler un peu redondante et plutôt encarcanée. Que leur répondriez-vous?

Il y a une grande place pour la spontanéité dans la musique religieuse, qui semble parfois trop codée et soumise au strict calendrier liturgique. L’aspect spontané de la musique, de la beauté, fait que nous ne suivons pas simplement ce qui est dit, mais que nous y adhérons aussi en esprit. Nous ne sommes alors plus seulement « une cymbale qui retentit ».

Le soliste qui chante pour la 77efois est toujours aussi étonné.

Ouvrir notre trésor musical mène à plus grand : le soliste qui chante pour la 77efois est toujours aussi étonné. L’ouverture à des dimensions plus grandes est toutefois beaucoup moins ésotérique qu’on peut penser, car tout le monde peut faire cette expérience.

Et, sans doute, la musique joue un rôle particulier dans les temps forts de l’année liturgique, comme l’Avent?

La musique trouve un moment déterminant lors de l’Avent, lors de Noël et lors du Jour de l’An. Nous entendons et chantons alors plusieurs morceaux, signe qu’on en a besoin : l’hiver est là.

Il y a quelques années, en décembre, nous avons mis sur pied une série de célébrations le dimanche après-midi à 16h à la cathédrale. Nous chantions les vêpres à la lueur des cierges. Plus on se rapprochait de Noël, plus la nuit survenait tôt, et plus les gens venaient à la cathédrale : elle était pleine.

Musique

La noirceur entraine le besoin de se raccrocher à quelque chose ; l’hiver est propice au fait de se rassembler à l’intérieur, à faire la lumière, à revenir à l’essentiel. Je pense que les gens venaient pour ça. La diminution de la clarté nous plonge dans le mystère du renouvèlement de l’Espérance.

En ce temps de l’Avent, la musique est particulièrement importante. Non parce qu’on la consomme dans les centres d’achat, mais parce qu’elle est rassembleuse dans l’attente de la lumière.

Vous en voulez plus ? Inscrivez-vous à notre infolettre VIP, écoutez notre balado et lisez notre magazine. Toujours 100 % gratuit. Toujours 100 % financé par vos dons.

À propos de l'auteur

Ambroise Bernier

Laisser un commentaire