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CULTURE

Récit d’un petit bourgeois à l’opéra

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Photo de La Traviata tirée de la page Facebook de l'Opéra de Québec.

Un texte d’Ambroise Bernier

Je suis allé récemment à un évènement qui confirme mon statut de petit bourgeois et de jeune étudiant curieux. J’ai mis un complet et invité quelques amis pour aller voir La Traviata, un opéra de Verdi.

L’histoire de La Traviata est simple : Violetta, une courtisane, tombe amoureuse d’Alfredo, un jeune homme de bonne famille. Le père d’Alfredo ne tolère pas cet amour — quelle surprise! – et les amoureux doivent se séparer. Ils se retrouvent à la fin, mais Violetta, malade de chagrin, meurt aux côtés d’Alfredo.

L’évolution de Violetta a de quoi nous charmer et, si on s’y intéresse un peu, on voit que le spectateur peut en vivre une semblable.

Pour se situer un peu

La première scène présente la maison close de Violetta.

Alors grande prostituée, elle vit dans la débauche avec une multitude de courtisans. Plus exotiques et sensuels les uns que les autres, elle chante avec eux cette ode aux plaisirs :

Survient alors Alfredo, qui fait jaillir dans le cœur de Violetta un sentiment qu’elle n’avait jamais connu, l’amour.

Violetta est complètement transformée.

Elle a l’impression de gouter à quelque chose de plus grand; au milieu des plaisirs, elle voit et prend conscience de ce qui est le plus important. Son amour la change tellement qu’Alfredo et elle cessent les vanités qui les occupent; ils se retirent pour vivre pleinement leur amour.

Pourquoi l’opéra?

Je pense qu’en allant à l’opéra, on peut vivre une remise en question de nos buts, de ce qui doit nous importer. Cela se fait toutefois de manière beaucoup plus douce que dans le cas de Violetta.

On assiste à l’opéra pour des raisons qui ne sont pas vicieuses, mais qui sont souvent bien mondaines. L’opéra c’est :

  • une activité entre amis ou entre collègues;
  • un évènement artistique important à ne pas manquer;
  • un moment pour bien s’habiller et bien paraitre;
  • un moyen d’avoir l’air de s’intéresser aux arts et d’avoir l’air connaisseur;
  • ou, enfin, pire que tout, c’est l’occasion idéale pour écrire un article.

On est un peu dans la situation de Violetta : des choses plus ou moins futiles sont celles qui motivent nos actions. Nous ne sommes pas en train de nous vautrer dans le plaisir, mais, tout de même, on agit par superficialité.

J’avoue d’ailleurs m’être senti bien penaud lorsqu’une de mes amies m’a fait comprendre que la couture diagonale de ma chemise ne concordait pas avec la couture carreautée de mon veston.

Cependant, une fois dans nos sièges et non plus dans le hall avec les autres (et, dans mon cas, c’est à ce moment que j’ai oublié cette petite, mais gênante histoire de tissage), le spectacle peut nous porter vers quelque chose de plus grand.

Être emporté ailleurs

C’est du moins ce qui m’est arrivé les premières fois où j’ai véritablement gouté à cet art.

On oublie un peu la vie extérieure et on se concentre sur la beauté qui nous est offerte, tant musicale que visuelle. Sur ce point, La Traviata  présentée au Grand Théâtre nous en a mis plein la vue avec une mise en scène colorée et très dynamique.

Les thèmes de l’opéra semblent parfois loin de notre réalité quotidienne, mais ils nous élèvent et établissent une connexion avec plus grand que soi.

On voit en acte l’amour, la passion, l’amitié, la liberté.

Les thèmes de l’opéra — et c’est souvent la critique qu’on en fait — semblent parfois loin de notre réalité quotidienne, mais ils nous élèvent et établissent une connexion avec plus grand que soi.

Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que les opéras parlent souvent de Dieu.

L’opéra n’est évidemment pas le seul art qui a cette possibilité de faire grandir ce qu’on porte. On serait alors bien mal pris, sachant qu’il n’y en a que deux à Québec par année.

Par contre, étant donné sa rareté, il vaut la peine de le savourer, de saisir à quel point tout y est mis en œuvre pour qu’on en ressorte différent.

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1 commentaire

  • Je crois que notre ami Ambroise oublie un point essentiel: l’interprétation lyrique. On va à l’opéra pour vivre les émotions vécues par les protagonistes à travers le chant des interprètes. Ce qui m’attire à l’opéra, c’est la beauté des voix et la maîtrise qu’en ont les chanteurs. Ils sont comme les sportifs de haut calibre qui, à force de rigueur et d’efforts, développent leur talent au-delà de toute attente. Plus encore, ils adaptent leur art à celui du compositeur. C’est ce qui permet l’atteinte de moments parfois sublimes qui nous font oublier la vacuité notoires des intrigues. En l’occurrence, pour creuser la psychologie et l’évolution des personnages, il vaut mieux lire La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, soit le roman, soit la pièce de théâtre, qui est à l’origine du livret de La Traviata.

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