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CULTURE

Pourquoi les églises sont-elles si belles?

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Basilique Notre-Dame de Montréal (Photo: Annie Spratt/Unsplash)

Quiconque a déjà visité une église est en mesure de constater qu’il s’agit d’un lieu particulier. Certaines ont un faste qui choque, mais qui attire et touche plusieurs personnes. Pour comprendre, voyons quel est le rapport chrétien à l’image et aux matériaux.

L’église, en tant que bâtiment, est conçue pour susciter une sensation d’harmonie par la beauté du lieu. Son décor architectural et ornemental obéit à une logique d’ensemble.

Mais pourquoi ?

C’est au XIIIe siècle que Thomas d’Aquin théorisera l’importance de l’image dans la représentation du divin. Sa pensée est centrale dans le catholicisme romain dont il est l’un des principaux théologiens.

Pour Thomas d’Aquin, « l’image est un signe qui renvoie à la substance de la chose représentée, ainsi qu’à l’individu à la source du modèle. La ressemblance de l’image permet donc de la substituer au modèle dans la conscience du spectateur » (1).

Dès lors, l’Église affirme qu’il est licite pour le fidèle d’adorer Dieu à travers son image. Cette façon de voir aura également un impact majeur dans le monde de l’architecture.

Une hiérarchie de matériaux

Dans le champ des arts, cette logique conduit à ce principe : puisque l’image est le reflet de la substance divine, la matière utilisée doit être elle aussi divine.

On admet dès lors une hiérarchie dans les médiums utilisés. Il est donc normal que les meilleurs pigments servent pour la peinture.

Icônes orientales ou images occidentales?

En sculpture, on préfèrera des matériaux nobles comme le marbre et le bronze. On priorisera aussi certaines essences de bois rares à des bois communs utilisés pour la construction domestique ou le chauffage.

Cette logique amène aussi à une distinction entre art majeur et mineur. Ainsi, les meilleurs matériaux seront réservés aux meilleures pratiques artistiques, soit la peinture, la sculpture et l’architecture.

En somme, on ne construira pas une église avec le même état d’esprit et les mêmes matériaux que la maison du pauvre paysan du coin.

Il faudra attendre l’avènement de la modernité pour que cette notion de hiérarchie des matériaux et des pratiques artistiques soit remise en question.

L’art contemporain est d’ailleurs un farouche opposant de cette vision hiérarchisée.

Si vous trouvez les églises, les objets liturgiques, ou plus largement l’art moderne et contemporain moche, c’est probablement parce que vous adhérez à cette notion de hiérarchie des matériaux sans même le savoir!

Saint Jean l’architecte

Revenons à nos églises…

En 1950 l’historien de l’art autrichien Hans Sedlmary émet l’hypothèse selon laquelle les grandes cathédrales gothiques européennes auraient été conçues dans une logique d’imitation de la Jérusalem céleste.

Le lieu de culte devient ici une préfiguration terrestre de la Cité céleste éternelle du paradis évoquée par saint Jean (Ap 21, 10-27).

Le décor des églises est-il la «Bible des illettrés»?

Dans ce passage de l’Apocalypse, Jean parle de cette cité éternelle comme d’un lieu merveilleux dont « l’éclat était celui d’une pierre très précieuse ». L’évangéliste Jean nous décrit donc la Jérusalem céleste comme un endroit à la matérialité somptueuse.

Par conséquent, selon l’hypothèse de Sedlmary, la construction des cathédrales devrait refléter une partie de cette matérialité extraordinaire ici sur terre. Nous pouvons comprendre les grands lieux de culte du monde chrétien comme des œuvres d’art total.

La pierre des murs, la sculpture, les ciselures, les dorures, les vitraux, le mobilier liturgique, la peinture, l’orfèvrerie, etc., rien n’est laissé au hasard, tout est exalté et magnifié par les matériaux et la lumière.

Bonne nouvelle architecturale

L’architecture et le décor ne servent qu’un seul et même but : donner un avant-gout de la Jérusalem céleste et exalter les sens et l’esprit du fidèle en favorisant son élévation spirituelle par la beauté et l’harmonie du lieu.

Évidemment, on parle ici d’un idéal à atteindre.

Ce qu’il faut retenir avant tout c’est que l’église doit être belle, puisque le message qu’elle annonce est beau.

Il est fort probable que votre église paroissiale ne corresponde pas tout à fait à la description grandiose de saint Jean en termes de matériaux!

D’ailleurs, au Québec, nous sommes des champions mondiaux en termes d’utilisation de décors d’église faits en bois… pour imiter le marbre!

Ce qu’il faut retenir avant tout c’est que l’église doit être belle, puisque le message qu’elle annonce est beau et qu’elle est un phare dans la vie communautaire qui préfigure un lieu d’espérance à venir.

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Notes :

(1) BOVE Boris,  Jean Wirth, L’Image à la fin du Moyen Âge , Médiévales, no. 66 printemps 2014.

À propos de l'auteur

Emmanuel Lamontagne

Emmanuel est présentement candidat à la maîtrise en histoire de l'art. Il se spécialise en art et en architecture religieuse.

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