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Vers un nouveau féminisme?

Photo: Tim Mossholder (unsplash.com).
Photo: Tim Mossholder (unsplash.com).
Écrit par Brigitte Bédard

Montréal, boulevard Saint-Laurent. Élizabeth Montfort nous attend pour une visite impromptue à l’Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes. Une rencontre comme seul le Très-Haut peut en tricoter une. Une rencontre beaucoup trop courte à mon gout. Causerie avec Élizabeth Montfort sur le nouveau féminisme.

Élizabeth Montfort est tombée dans la théorie du genre en 1999 alors qu’elle était députée au Parlement européen pour la Commission Industrie, Recherche et Énergie.

Alors qu’elle devait rédiger son premier rapport, un amendement, déposé par une collègue, stipulait que le « Programme Entreprise » devait intégrer le Gender Mainstreaming.

« C’était une expression en anglais, précise la politicienne, dans le texte en français; une expression non traduite. Je n’avais jamais entendu parler de la théorie du genre. Il faut dire que la première chaire d’enseignement en France en Gender Theory n’a vu le jour qu’en 2011! »

La nébuleuse gender

Malgré cela, elle voyait bien, à peu près, ce que cela voulait dire, mais sans arriver à le traduire en termes précis.

« J’ai appelé mon assistante et je lui ai demandé ce que cette expression venait faire dans mon texte – pourquoi il fallait prendre en compte la perspective de genre dans toutes les politiques. Elle m’a répondu: “Ne vous inquiétez pas, c’est un truc de féministe.” Il ne m’en fallait pas plus pour que je m’inquiète! », dit-elle en éclatant de rire.

« Je suis allé voir au-delà de ce texte et c’est alors que j’ai découvert cette énorme nébuleuse du gender, avec tous ces groupes de femmes qui militaient au Parlement européen. Elles étaient drôlement bien organisées! J’ai tenté de comprendre ce que Perspective de genre voulait dire… »

C’est là que ça s’est corsé?

« Pas mal! C’était une politique d’égalité homme-femme, certes, mais pas comme on pouvait se l’imaginer! Ce qu’elles disaient c’était que l’égalité serait atteinte lorsqu’on ferait abstraction des identités! »

Dans notre société les contraintes sont insupportables.

Déconstruire le corps sexué pour le remplacer par une identité choisie… « Oui! Tout ça pour être libre en s’affranchissant des contraintes de la nature. Dans une perspective chrétienne, c’est de s’affranchir de la Création. L’idéologie du genre, c’est le péché originel! Se libérer de la création de Dieu pour être soi-même créateur. Être comme un Dieu!

« Notre société n’aime pas la transcendance. Les contraintes lui sont insupportables. Elle veut tout maitriser… d’où les robots, l’intelligence artificielle, la maitrise de la procréation. »

La voie politique

C’est en découvrant cette nébuleuse qu’Élizabeth Montfort décide de fonder (2005) l’Association pour un nouveau féminisme européen (NFE), dont le premier but était d’offrir une voix féministe alternative.

« Ces femmes radicales n’étaient pas majoritaires, mais elles avaient pourtant la majorité des temps de parole et des publications. La majorité était silencieuse et n’était pas représentée. Elles faisaient du lobbying? Eh bien, nous aussi, mais avec des associations de femmes qui expriment la véritable vocation de la femme. On a créé une coordination pour toutes les associations de femmes de l’Union européenne. »

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Consultez aussi notre dossier sur la complémentarité homme-femme en cliquant ici.

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Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’essentiel de la parole appartienne aux féministes radicales ni au Parlement européen, ni au Conseil de l’Europe, et ni à l’ONU. Et en  France, la procréation médicalement assistée [sans père] et la grossesse pour autrui n’ont pas passé.

Pour Élizabeth Montfort, c’est une grande victoire, bien que rien ne soit gagné: « Nous voyons des signes que nous avons assez gagné de victoires pour être enthousiastes, mais aussi que nous avons subi assez d’échecs pour demeurer humbles. »

Réconciliation de la femme

Le deuxième objectif du NFE est de dépasser la simple critique d’une idéologie; il propose que la femme se réconcilie avec elle-même.

« Il faut que la femme s’aime, précise madame Montfort. Si son seul objectif est de devenir comme les hommes, elle sera toujours malheureuse, car elle n’y arrivera jamais!»

Manifestation à Paris (France) contre le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, 13 janvier 2013 (photo: Ericwaltr / Wikimedia CC).

Manifestation à Paris (France) contre le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, 13 janvier 2013 (photo: Ericwaltr / Wikimedia CC).

On peut affirmer que depuis 40 ans, le féminisme a regardé ce qui manquait aux femmes pour ressembler aux hommes. La véritable question à se poser est pourtant celle-ci: de quoi la femme a-t-elle besoin pour être de plus en plus femme?

« Il faut sortir du partage des tâches, clame la philosophe. Si on y reste, on demeure dans l’incessante revendication, et ça, c’est un féminisme dépassé! Pour les féministes radicales, il n’existe que deux solutions: prendre le pouvoir ou indifférencier l’homme et la femme. C’est la dynamique de domination/séduction.

« L’homme et la femme sont faits pour se compléter l’un l’autre, pas pour se dominer ou se séduire. Ils sont faits l’un pour l’autre. Pas l’un contre l’autre. »

Trois pôles essentiels

La femme doit se développer en tant que femme, et non pas en tant que clone de l’homme. Elle doit harmoniser sa vie autour de trois pôles essentiels, selon Elizabeth Montfort: femme, épouse et mère.

« Ces trois aspects doivent se vivre pleinement, de façon équilibrée et harmonieuse sans qu’aucune des trois ne soit mise de côté. C’est sa richesse! Elle peut être mère (ou pas), être épouse (ou conjointe) et elle peut travailler. Comment harmoniser tout ça? »

La société actuelle ne laisse pas aux femmes le choix d’être mères. La maternité est la dimension la plus attaquée. Paradoxalement, les femmes veulent vivre leur maternité de plus en plus sans les hommes.

Ces dernières années, on a réussi à faire croire que la maternité était un obstacle à “l’avancement” de la carrière.

« Les femmes oublient que si elles peuvent être mères, c’est parce qu’il y a un père! Le féminisme des 40 dernières années a réussi à faire croire que la maternité était un obstacle à “l’avancement” de la carrière – un cursus professionnel calqué sur celui des hommes – pour finir par faire croire qu’on n’avait plus besoin d’hommes pour être mère, mais seulement de gamètes.

« Tout semble mort autour de nous, conclut Élizabeth Montfort: droit, éducation, santé, famille, etc. Ce sont ceux qui n’ont pas la foi qui sont le plus à plaindre. Nous, nous avons l’espérance. Personne ne peut savoir quand et comment le monde va se relever. Nous devons être des lumières dans cette nébuleuse, tout comme cette croix lumineuse au milieu d’une Notre-Dame de Paris en ruine. »

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Pour aller plus loin :

Béatrice Bourges, Aude Mirkovic, Élizabeth Monfort, De la théorie du genre au mariage de même sexe… l’effet dominos, Peuple libre, 2013, 128 pages.

Élizabeth Monfort, Le genre démasqué. Homme ou femme? Le choix impossible, Peuple libre, 2011, 123 pages.

Élizabeth Monfort, Le genre en questions, Peuple libre, 2012, 64 pages.

À propos de l'auteur

Brigitte Bédard

Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. Elle vient de publier « J’étais incapable d’aimer. Le Christ m’a libéré » (Éditions Artège), son témoignage de conversion franc et direct.

4 Commentaires

  • Merci Brigitte pour ce texte.

    Pour ma part, je lis l’ouvrage de Philippe Lefebvre et de Viviane de Montalembert (Un homme, une femme et Dieu) qui propose de voir le père et la mère, l’homme et la femme allant chercher leur rôle en fonction de Dieu. Il me semble qu’on peut être pris à essayer de comprendre le rôle de chacun en fonction de la biologie ou de l’anthropologie sans être éclairé par la théologie. Oui, l’homme est appelé à être père et la femme à être mère et leurs corps sont complémentaires, ok. Mais c’est comme s’il manquait quelque chose. C’est pourquoi le travail de Lefebvre et Montalembert est intéressant. Ils essaient de fonder une sorte de théologie de l’homme et de la femme sans s’appuyer sur le corps ni sur la tradition, mais sur les récits bibliques. J’avais lu des trucs psychodynamiques qui sont bons en soi, mais leur lecture nous amène à emprunter une lecture non-chrétienne de l’altérité. Et nous avons hérité d’une lecture tellement négative de la femme à travers les philosophes grecs qui ont influencé un théologien et d’autres comme St-Augustin (courant androcentrique).

    Alors pour un nouveau féminisme ? Peut-être. Pour moi, la féminité est en crise tout comme la masculinité. Nous avons perdu les modèles de femmes et d’hommes authentiques qui suivent Dieu coûtent que coûtent.

    Au plaisir,

    Mathieu Hart

    • Bonjour Monsieur Hart, c’est très intéressant tout ça ; j’y jetterai un coup d’oeil avant grand plaisir cet été.

      Comme vous, je crois que la féminité et la masculinité, pour ne pas dire la femme et l’homme, sont en crise depuis le péché originel… ça fait un bail!

      Au plaisir,

  • Pour entrer dans les coulisses de la « théorie du genre » et comprendre comment nos manières de penser se font modeler à notre insu, à moins d’être convaincu de la complémentarité homme femme. Trois minutes de lecture ô combien savoureuse ! Allez, dégourdissez vos méninges… et votre cœur !

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