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Une encyclique politique ?

Photo: Pete Souza (wikimedia - CC)
Photo: Pete Souza (wikimedia - CC)
Écrit par Francis Denis

Le mois d’aout avance et l’été tire à sa fin. Deux mois après la publication de l’encyclique Laudato Si du pape François, vaticanistes et journalistes politiques s’en donnent à cœur joie en faisant des projections et des analyses de la future visite du souverain pontife en sol américain. Mais il semble que plusieurs d’entre eux soient passés à côté du message essentiel de cette encyclique.

Bien sûr, la tournée américaine de septembre a de quoi attirer l’attention. Il s’agit de la première visite d’un pape sud-américain aux États-Unis et qui, de surcroit, est reconnu pour ses positions très critiques face aux idéologies néolibérales.

Après un court arrêt à Cuba, il prononcera un discours à l’ONU, ouvrant, en quelque sorte, le Sommet mondial sur les objectifs du nouveau millénaire sur le développement. Il rencontrera le président Barack Obama à Washington pour parler de divers sujets, dont l’environnement. Ensuite, il se rendra à Philadelphie pour la Rencontre mondiale des familles quelques jours seulement avant l’ouverture du très attendu Synode extraordinaire sur la famille…

Toutes ces activités du Pape me semblent justifier aisément les discussions des analystes et des journalistes. Cependant, il me semble que la couverture de cette visite risque de négliger, si la tendance se maintient, un aspect essentiel du message contenu dans Laudato Si.

Le pape scientifique?

Certains ont qualifié François de pape « scientifique ». Il est vrai que le Saint-Père a des études universitaires en chimie.

Ainsi, après saint Jean-Paul II le philosophe et Benoît XVI le théologien, le pape François serait celui qui « finalement » apporterait un peu de concret. Il serait un pape en « contact avec la réalité » et apporterait une touche « inductive » à son pontificat en tenant compte des faits contrairement à ses prédécesseurs qui auraient voulu davantage imposer de soi-disant principes arriérés à une réalité trop évoluée pour s’y arrêter.

Vous l’aurez deviné, ce schéma m’apparait d’une extrême simplicité et, finalement… ne tient justement aucunement compte des faits.

Ainsi, après saint Jean-Paul II le philosophe et Benoît XVI le théologien, le pape François serait celui qui « finalement » apporterait un peu de concret. Vous l’aurez deviné, ce schéma m’apparait d’une extrême simplicité et, finalement… ne tient justement aucunement compte des faits.

Pour nous en convaincre, une lecture sommaire de la table des matières de son encyclique sur l’environnement suffit. En effet, bien que comprenant, il faut l’avouer, beaucoup de références d’études scientifiques pour introduire son propos, le sujet central de l’encyclique n’en reste pas moins théologique.

Pour être plus précis, François veut nous faire comprendre que « l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre » (no 66). Sujet extrêmement crucial, d’autant plus que la conscience de nos contemporains, chrétiens ou non, semble très loin d’y voir la source de la présente crise écologique. En d’autres termes, pour le pape François, il ne peut y avoir de bonnes relations des hommes avec la nature sans amitié entre eux et avec Dieu.

En ce sens, le cœur de son message ne semble pas avoir capté l’attention. C’est pourquoi je vous propose dans une série de deux articles (1), de nous arrêter sur ce que je considère être trois points véritablement originaux et même subversifs de l’encyclique du pape François :

  • la technique comme nouvelle utopie ;
  • le rejet du projet philosophique moderne et ;
  • le retour à l’idéal contemplatif.

La technique: nouvelle utopie

L’un des plus grands obstacles à la paix des hommes entre eux et avec Dieu, nécessaire à la résolution de la présente crise écologique, se trouve dans notre rapport à la technique.

Il suffit d’ouvrir la télévision ou de suivre quelque peu les discussions autour des changements climatiques pour nous rendre compte de l’emprise énorme du « paradigme technocratique » (no 106).

De la voiture électrique à l’économie de partage en passant par les bitcoins et les robots, la technologie semble être le nouvel eldorado. Loin de moi l’idée de ne pas considérer ces innovations comme des éléments positifs. Toutefois, l’insistance sur ce « meilleur des mondes » que nous promet la technologie me semble plutôt être un moyen ingénieux de nous donner bonne conscience tout en continuant à satisfaire notre appétit effréné de consommation.

Citant Romano Guardini, le pape François montre bien que la technique :

A un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer, et l’homme qui possède la technique « sait que, en dernière analyse, ce qui est en jeu dans la technique, ce n’est ni l’utilité, ni le bienêtre, mais la domination » (no 108).

Ainsi, ce n’est pas seulement le quasi-monopole de la perspective technologique comme solution aux problèmes écologiques qui fait problème, mais la logique même qui vient avec son utilisation. La technologie n’est donc pas si inoffensive que le laisse présager le visage des grandes réussites médicales ou des moyens de communication.

En effet, si l’on s’y arrête pour bien y penser, nous pouvons voir comment chacun de tous nos chers instruments est orienté à transformer la réalité qui nous entoure. Prenez par exemple nos appareils de cuisine. Ils sont foncièrement orientés vers la transformation de nos aliments d’une manière ou d’une autre, selon nos désirs. En dehors de cette transformation, aucune utilité, aucune signification. Maintenant, comptons le nombre de ces appareils que nous utilisons dans une journée. Comment croire que cette même utilisation ne laisse pas de traces psychologiques et n’ait aucune influence sur notre manière de voir le monde?

En ce sens, la réflexion du pape remet en question quelque chose de si fondamental dans notre vie quotidienne que nous avons du mal à nous en rendre compte. Cela prouve à quel point notre vie en est presque venue à être conditionnée par l’utilisation de ces objets. Autrement dit, à passer nos journées à dominer notre environnement, nous sommes devenus des dominateurs et c’est cela qui blesse la nature.

Au fond, le pape nous invite à regarder notre degré de liberté; liberté face à nos désirs de consommer, mais également face à notre éventuel conditionnement à vouloir dominer la nature.

______________

Note :

(1) Dans mes prochaines publications, nous poursuivrons notre analyse de l’encyclique Laudato Si du pape François en nous penchant sur les deux autres aspects centraux et incontournables si nous désirons réellement changer notre manière de vivre pour la rendre plus respectueuse de notre environnement: le rejet du projet philosophique moderne et le retour à l’idéal contemplatif.

 

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

1 commentaire

  • Bravo Francis. En nous faisant remettre en question notre notion du progrès, et en nous incitant à mettre un frein au «progrès» tel qu’il se conçoit actuellement, il nous exhorte à un changement draconien que très peu d’entre nous sont probablement prêts à initier même chez les sociétés les plus démunies qui n’ont pas accès à toute la technologie disponibles aux autres mais qui voudraient tant l’avoir.

    François nous sert une mise en garde sérieuse contre la tentation de l’apprenti sorcier qui croit pouvoir tout contrôler, y compris la vie et surtout la vie. Au-delà de la technologie du quotidien, il y a ce danger de la technologie qui permet désormais de facilement reproduire la vie ou d’y mettre fin, tout cela rapidement et sans douleur. C’est la tentation de se substituer à Dieu en contrôlant la vie selon notre logique et non selon les enseignement de Dieu dont la logique nous échappe parfois.

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