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Trainspotting ou le vide existentiel

Photo: Facebook/Théâtre La Bordée
Photo: Facebook/Théâtre La Bordée

Un texte de Stefany Paulin-Gagné

La pièce s’ouvre sur le récit d’une anecdote de marde, au sens propre (!), une vraie histoire d’excréments.

Le personnage principal se réveille chez son ex-copine, s’étant vidé de toutes les façons inimaginables dans son lit, dues à un mélange de drogues multiples et ce pendant son sommeil. Il descend avec les draps les plus souillés du monde, en vue de s’éclipser les laver, mais oh c’est le brunch familial du dimanche, chez son ex-copine.

L’adaptation en québécois nous offre quelques fois un spectacle décalé, entre drapeau du UK et sacres en joual québécois, on retrouve une belle gang d’éclopés de la vie, qui ont quelque chose à dire sur leur existence vide et plate.

La quête

Édimbourg, Écosse. Mark Renton, personnage principal, nous raconte cette période obscure de sa vie où la consommation d’héroïne était l’activité principale de lui et de ses amis. Leur « quête », bien qu’elle ne soit pas présentée comme telle, a quand même quelque chose de très humain, d’empathique, de beau presque.

L’héro, c’t’une drogue honnête parce qu’a t’enlève tes illusions. Ça m’fait croire qu’les choses sont plus vraies. La vie est vide pis plate. On a tellement d’espoirs au début pis après on crisse tout ça à poubelle pis là on s’rend compte qu’on va mourir sans avoir trouvé une seule réponse.

– Extrait de la pièce Trainspotting

Le rapport à leur drogue qu’ils appellent « La Mère supérieure » est à un tel point ambivalent qu’on sent qu’ils en prennent à la fois pour donner du sens à leur vie et pour en enlever. À la fois dans les moments heureux et les moments désastreux. À la fois pour s’occuper, parce qu’ils doivent le faire et d’autres fois en manque total de repères.

J’y vois quelque chose de la relation du chrétien à la prière, pas qu’elle nous donne un fix aussi intense que ce qui est décrit dans la pièce, quoique presque, mais parce qu’au fond on prie pour les mêmes raisons. Le chrétien demande souvent, parfois il remercie, d’autres fois il le fait par habitude, ou par devoir. Eh oui, quelquefois ça nous donne un regain de quelque chose de tangible.

Bien entendu, la prière n’est pas une drogue malsaine, mais entre une gang d’amochés héroïnomanes et une gang d’amochés chrétiens, on peut voir des ressemblances. Chercher à remplir sa vie d’une façon ou d’une autre est en ce sens très humain, même si on cherche souvent Dieu là où il n’est pas, la quête reste là.

On s’tape une vie courte pis pleine de déceptions, pis là, on meurt. On remplit not’ vie avec toute sorte de marde, des affaires comme une carrière pis des relations pour s’faire croire que ça vaut la peine. Une fois qu’t’es passé par là, tu vois toute la souffrance du monde pis tu peux pus t’anesthésier contre elle.

– Extrait de la pièce Trainspotting

Les personnages nous donnent des regards terre-à-terre sur leurs comportements. À un moment précis de la pièce, où un évènement hautement tragique survient, Mark dit au public quelque chose comme : « dans ces moments-là je déparle, je sais que je devrais la prendre [son amie] dans mes bras, la toucher, mais tout ce qui sort de moi c’est : m’a faire un shoot ».

Le recours au shoot du junkie n’est pas le même que celui de l’alcoolique à la boisson : il semble y avoir quelque chose de plus égoïste chez le junkie, une fois high il est seul.

Bande d’esseulés

Et des gens seuls ensemble, c’est surement ça qui m’a touchée le plus dans la pièce. Ils n’ont pas d’emploi, de passions ou d’occupation autre qu’être ensemble. Mark est, en quelque sorte, le leadeur de la bande, celui qui prend les bonnes décisions… le discours de la « raison ».

À défaut d’avoir remplacé Dieu par la Mère supérieure, ils sont une bande d’apôtres soudés, qui prêchent la dépression, puisqu’ils ne connaissent rien d’autre.

Cette pièce est le cri du cœur d’une génération d’oubliés, de malaimés, de punk « grown-up ». Une chance il y a une minuscule lumière au bout du tunnel : l’un d’entre eux s’en sort, arrête tout. Au travers de tous ces morts et drames. Ce survivant prend conscience que ce sur quoi ils basaient leur vie ne menait nulle part.

C’est très noir, cynique, mais il y a aussi des moments drôles, ne vous en faites pas.

Trainspotting est à la Bordée jusqu’au 21 novembre. Une adaptation du roman de 1993 d’Irvine Welsh, une traduction de Wajdi Mouawad et une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau.

*

PS: Le gars, le personnage principal, Mark, alias Lucien Rufio dans la vraie vie, il ressemble vraiment à l’acteur (Ewan McGregor) dans la version cinématographique de 1996.

À propos de l'auteur

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