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Témoin digne de foi

Écrit par Sylvain Aubé

 

« Je n’ai pas la foi puisque je suis rationnel ; j’exige des preuves pour croire. Ce que je crois est fondé sur des preuves, pas sur des émotions ou des désirs »

Voici l’une des objections les plus communes à l’encontre de la foi.

Cette objection est parfois confortée lorsque les croyants admettent que la foi n’est pas fondée sur une démonstration scientifique. Bien que cette admission soit juste, il importe de comprendre que la foi n’est pas indépendante des preuves pour autant. En effet, la foi est fondée sur des preuves bien identifiées : les témoignages. Les apôtres et les premiers martyrs ont témoigné, au péril de leur vie, que Dieu s’est révélé à eux en ressuscitant Jésus d’entre les morts. Les croyants de toutes les religions vivent des expériences religieuses, mais les chrétiens ont ceci de particulier : leur foi est fondée sur un événement précis. La Bible elle-même affirme explicitement que, si Jésus n’est pas ressuscité, la foi chrétienne est vaine (1 Corinthiens 15, 14). En effet, c’est seulement si le témoignage des apôtres et des premiers martyrs n’est ni erroné ni mensonger que la foi chrétienne est justifiée.

Bien sûr, les témoignages ne sont pas des preuves au même titre que les démonstrations scientifiques. La force probante d’une démonstration scientifique est méthodique : si la méthode est respectée, la démonstration est fiable. Par contraste, la force probante d’un témoignage est personnelle : si le témoin est intègre, le témoignage est fiable. Puisque l’intégrité d’une personne est plus difficile à discerner que le respect d’une méthode, la force probante d’un témoignage est plus difficile à discerner, mais elle n’est pas moins réelle pour autant.

Devant les tribunaux, les témoignages peuvent déterminer si l’on emprisonne un accusé ou si on le libère. La force probante de chaque témoignage dépend de la crédibilité du témoin, mais, en tant que tel, un témoignage est une preuve tout à fait valide. Les témoignages présentés devant les tribunaux sont nommés « preuves testimoniales ». Dans la vie de tous les jours, on dit d’un témoignage pleinement crédible qu’il s’agit d’un témoignage « digne de foi ». La foi est une confiance assurée en un témoignage. La confiance n’est pas une émotion ni un désir, mais elle n’est pas non plus une analyse désintéressée. La confiance est une disposition personnelle qui permet de former des convictions au sujet de la réalité en accueillant l’expérience d’autrui. Les témoignages sont des preuves valides, mais, pour reconnaître leur force probante, il faut être disposé à faire confiance aux témoins. Une personne incapable d’accorder sa confiance à qui que ce soit limite ce qu’elle peut connaître du monde en s’interdisant de reconnaître la force probante des preuves testimoniales : en refusant d’accorder de la crédibilité à toute expérience qui n’est pas la sienne.

Fardeau de la preuve

La foi n’est pas la même chose que la croyance en Dieu. Les témoignages peuvent susciter la croyance en Dieu chez ceux pour qui cette question est ouverte, mais, à eux seuls, les témoignages ne suffisent pas pour répondre à toutes les objections contre l’existence de Dieu. Face à de telles objections philosophiques, il faut aborder des débats qui ne se limitent pas aux témoignages.

Plusieurs croyants ont formulé des démonstrations philosophiques de l’existence de Dieu. À leur meilleur, ces démonstrations révèlent que Dieu est l’architecte de l’univers. Mais la croyance en Dieu fondée sur une démonstration philosophique n’est pas la foi. La foi étant une confiance assurée en un témoignage, une croyance fondée sur une démonstration n’est pas la foi.

Certains athées jugent que l’existence de Dieu est impossible. Selon eux, l’existence de Dieu est une hypothèse insensée ou incohérente. C’est une objection légitime, mais il faut bien comprendre que de tels athées doivent porter le fardeau de la preuve. C’est-à-dire que, si leur démarche philosophique les mène à rejeter l’existence de Dieu avant d’avoir entendu les témoignages qui rapportent sa révélation, ils doivent offrir des preuves concluantes de la non-existence de Dieu.

De telles preuves n’existent pas. Les athées sont souvent efficaces pour invalider les mauvaises preuves de l’existence de Dieu, mais leurs preuves de la non-existence de Dieu ne sont jamais concluantes. On doit donc considérer les preuves testimoniales à l’appui d’une révélation divine. À ce point-ci, le fardeau de la preuve revient sur les croyants qui doivent faire valoir en quoi ces témoignages sont dignes de confiance.

Ainsi, ce qui distingue les croyants des incroyants n’est pas la disposition à croire en l’absence de preuve : c’est la disposition à faire confiance aux témoins de la révélation divine. Les croyants jugent que ces témoins sont dignes de foi ; les incroyants jugent que leur témoignage est erroné ou mensonger. Le débat n’est pas à savoir s’il y a des preuves ; le débat est à savoir si ces preuves testimoniales sont dignes de confiance. On ne peut pas refuser la foi au seul motif qu’il n’y a pas de preuves à son appui : cela est faux.

Preuve intime

Les sceptiques s’étonnent parfois que les croyants se contentent d’une preuve par témoignage afin de transformer leur vision de la réalité. Cet étonnement découle de l’idée selon laquelle on se fie aux démonstrations scientifiques pour les grandes questions alors que l’on se fie aux témoignages pour les petites questions.

Selon les chrétiens, il est sensé que Dieu se révèle à l’humanité par l’entremise de témoignages plutôt que d’être démontrable par l’entremise d’expérimentations scientifiques. En effet, les témoignages touchent l’être humain dans ce qu’il a de plus intime. Plusieurs des décisions les plus importantes de la vie humaine impliquent d’exprimer ou d’accueillir un témoignage. Par exemple, lorsque des amoureux décident de se marier, ils posent un acte de foi. En décidant de s’unir à une autre personne, on accorde une confiance assurée à cette personne qui affirme qu’elle nous sera fidèle pour toute la vie. Aucune démonstration scientifique ne peut garantir que son vœu de fidélité est fiable, mais on peut reconnaître que cette personne est digne de confiance. On peut croire le témoignage de fidélité de notre époux.

Cet exemple permet de comprendre la déclaration biblique de Jésus selon laquelle : « Bienheureux sont ceux qui, sans avoir vu, ont cru » (Jean 20, 29). Cette déclaration n’encourage pas la crédulité de ceux qui croient n’importe quoi. Elle fait valoir qu’il est navrant de chercher des preuves matérielles lorsque l’on est incrédule face à un témoignage digne de confiance. Il est navrant qu’un époux espionne son épouse à toutes les heures du jour et de la nuit lorsqu’il n’accorde pas sa confiance au témoignage de fidélité qu’elle lui offre. Il est navrant qu’un croyant cherche des signes miraculeux aux quatre coins de la Terre lorsqu’il n’accorde pas sa confiance aux témoignages de foi qui lui sont offerts. On ne peut pas exiger la foi de qui que ce soit, mais, lorsqu’un beau témoignage est digne de foi, il est navrant d’y répondre par l’incrédulité.

Époux transcendant

C’est sur ce registre que se place le christianisme. Aucun passage biblique, aucun théologien ne laissent entendre que la révélation divine est démontrable par des expérimentations scientifiques. À l’inverse, la Bible et la théologie regorgent d’analogies avec le mariage pour exposer la relation entre Dieu et l’humanité. La foi en Dieu relève de la même disposition personnelle qui permet de s’offrir en mariage. Les chrétiens ne sont pas des théoriciens qui prétendent posséder une meilleure analyse de la réalité. Les chrétiens sont des amoureux qui témoignent de la fidélité de leur époux transcendant. Les chrétiens croient que, si on peut connaître Dieu, c’est surtout en accueillant le témoignage de ceux auxquels il se révèle. Dieu se révèle à une humanité souvent incrédule comme un époux qui témoigne de sa fidélité à son épouse souvent incrédule. Pour la foi en Dieu comme pour le mariage, c’est seulement en accordant notre confiance que notre expérience personnelle peut confirmer si cette confiance est justifiée.

On peut supposer que, malgré la teneur des discours antireligieux, la désaffection de la foi est plus liée au cynisme qu’au scepticisme. Puisque le cynisme sape la disposition permettant de reconnaître qu’une personne est digne de confiance, il est le plus grand obstacle à la foi autant qu’au mariage. Au fond, il est cohérent qu’une culture qui délaisse la foi soit aussi une culture qui délaisse le mariage. Que l’on cesse donc d’exiger des preuves : les preuves sont là, ce sont les témoignages. Écoutons les témoignages. Évaluons la crédibilité des témoins. Débattons des possibilités philosophiques. Mais surtout : écoutons les témoignages, écoutons les preuves à l’appui de la foi. Écoutons ceux qui témoignent que Dieu s’est révélé parmi nous pour nous offrir le salut éternel. Ne soyons pas crédules, mais ne soyons pas indifférents face à un témoignage aussi grandiose : écoutons.

À propos de l'auteur

Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

3 Commentaires

  • Pour qu’un témoignage soit crédible de manière certaine, il faut s’assurer hors de tout doute que le témoin ne peut ni se tromper lui-même, ni vouloir nous tromper. Je ne suis jamais allé en Australie, mais je ne doute pas de l’existence de cette grosse ile, car les témoignages si nombreux de ceux qui y sont allés ne laissent aucun doute qu’ils pourraient tous se tromper ou tous nous tromper. L’Australie existe sans l’ombre d’un doute et je ne l’ai jamais vu, je le crois de foi humaine naturelle. De même l’au-delà, ce continent paradisiaque, ce Royaume des Cieux, je le connais par le témoignage crédible d’un homme qui l’a vu et qui nous en a parlé. Cet homme historique c’est Jésus-Christ. Pouvait-il se tromper? Tous reconnaissent qu’il n’était pas fou, qu’il fut au contraire le plus sage de tous les hommes. Pouvait-il nous tromper? Tous reconnaissent qu’il n’était pas un menteur, qu’il fut au contraire le meilleur de tous les hommes. Ses paroles étaient-elles vraiment divines comme il le prétendait? Ses très nombreux miracles vus par des milliers de personnes et surtout sa résurrection flamboyante attestée non pas seulement par douze hommes (ce qui serait déjà beaucoup), mais par des centaines de personnes, nous confirment l’origine surnaturelle de ses enseignements. La foi n’est absolument pas sans preuve. La foi, selon saint Thomas d’Aquin, est exactement l’inverse : une connaissance fondée sur des preuves certaines que le témoin est crédible. Si Jésus-Christ n’est ni un fou, ni un menteur, reste cependant qu’il proclamait des vérités qui dérangent : «Tu jouiras d’un bonheur divin éternel qui dépasse tout ce que tu peux imaginer… si tu changes humblement de vie, crois et adhère de tout ton être à Dieu.» Si parfois on ne croit pas parce qu’on ne voit pas les preuves de la crédibilité des témoins, plus souvent on refuse de croire parce que le message du témoin nous dérange. L’homme n’est pas qu’une intelligence, il est aussi un cœur plein de passions, de blessures et d’attachements qui peuvent décourager la volonté de chercher honnêtement la vérité. La première chose à rappeler donc, c’est que la foi propose une voie de bonheur parfait, surabondant, infini, divin même… afin d’encourager le cœur à chercher ce qu’il a toujours désiré.

  • Depuis le siècle des Lumières, nous commettons l’erreur de confondre et foi et croyance. La foi est une vertu (théologale); la croyance, une simple « attitude épistémique », comme « chercher », « concevoir », etc. Par ailleurs, la science contiendrait tout ce qui est connaissable, au sens strict du terme, c’est-à-dire tout ce qui est de nature matérielle et naturelle. Tout ce qui n’est pas connaissable en ce sens est à mettre à la poubelle de la « croyance ». Dès lors, le « croyant » est tenu comme un pauvre imbécile. Auparavant, le « croyant » était considéré comme un « témoin », comme le rappelle si bien l’auteur. Comme l’auteur, je prétends être moins un « croyant » qu’un « témoin »; quelqu’un donc « digne de foi ». D’une épistémologie de la croyance, il faut passer par une épistémologie de la vertu.

    • Tout à fait en accord. La foi d’Einstein en l’existence d’une autre dimension, de par le concept de la relativité, est aussi jusqu’à aujourd’hui impossible à vérifier et tout à fait hors du domaine du palpable.
      Cela n’est rien à côté des dernières avancées en mathématiques qui, par la théorie des cordes, estime plus que probable l’existence de 13 dimensions. L’homme a déjà bien du mal à imaginer les limites de l’univers existant tant du côté du plus grand que de l’infiniment petit; ces frontières reculant sans cesse au fur et à mesure que nos moyens d’investigations évoluent. Si la science croit en l’existence d’univers non perceptibles ni tangibles (du moins pour l’instant)m pourquoi le croyant ne devrait-il pas croire en Dieu que dans son coeur il perçoit, dans tout ce qui “est” voit la manifestation mais qu’il ne peut ni toucher ni représenter?!

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