fbpx
Blogue

Quand une caméra s’infiltre au monastère

Les Soeurs Dominicaines dans leur monastère de Berthierville
Les Soeurs Dominicaines dans leur monastère de Berthierville (Gracieuseté de K-Films Amérique)

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir le quotidien de sœurs cloitrées projeté au grand écran. Il est encore plus rare d’assister en leur présence à la représentation d’un film qui leur est dédié. Le 18 septembre dernier, au Festival de cinéma de la ville de Québec, j’ai eu cette chance inouïe.

Cinq sœurs cloitrées du feu monastère de Berthierville se sont déplacées pour la première mondiale du film Amoureuses à Québec.

Dans une salle comble, ces moniales ont revu avec nostalgie les derniers instants captés dans leur monastère par la cinéaste Louise Sigouin. C’était avant qu’elles plient bagage pour s’expatrier chez les sœurs dominicaines de la Trinité, à Shawinigan.

Le documentaire est une véritable ode à leur vie cachée. Il nous fait entrer en douceur entre les murs d’un quotidien fait de prières, de sacrifices et de moments de simplicité où l’humour et la joie font contre-pied à l’austérité.

Mais bien davantage, Amoureuses nous ouvre une porte sur l’intimité de douze sœurs qui se racontent sans fard. Une à une, sur fond d’archives, la nudité de leur « regard-caméra » en dit long sur la présence qui les habite.

Comment réussir à braquer une caméra dans un univers dont la vocation est justement d’être à l’abri des regards?

La cinéaste a voulu capter « la trace de la lumière » comme elle l’a exprimé, émue, lors de la grande première.

Durant un an, la réalisatrice Louise Sigouin, accompagnée de son directeur de la photographie Marc-André Barsalou, ont gagné peu à peu la confiance de ces sœurs.

Si elles ont accepté de collaborer, c’est surtout pour marquer la présence soutenue de la seule communauté monastique, dominicaine et francophone en Amérique du Nord. La cinéaste a voulu capter « la trace de la lumière » comme elle l’a exprimé, émue, lors de la grande première.

Le sujet inédit

Avant d’entamer le projet, Sigouin cherchait à documenter des façons différentes d’habiter les lieux. C’est alors qu’elle croise, à Saint-Benoît-du-Lac, Sr. Marie-Éva des moniales dominicaines.

Pourquoi ne pas faire un documentaire sur cette sœur ou sa communauté?

« Les sœurs n’accepteront jamais », lui confie la religieuse. D’autant plus que leur monastère sera à vendre dans un an ou deux.« Eh bien, justement! » se dit Louise Sigouin, déçue de voir disparaitre la beauté d’un autre lieu patrimonial.

L’urgence la presse.

Mais en raison de la fermeture imminente du monastère, les subventions ne risquent pas d’arriver avec le début du tournage. La réalisatrice se lance tout de même corps et âme dans le projet, d’une manière spontanée. C’est plus tard dans le processus qu’elle recevra le soutien de l’ONF et de K-Films Amérique.

Le premier vrai soutien que Sigouin recevra demeure celui de la prieure, sr. Julie, qui perçoit dès le départ la sincérité de sa démarche.

Si l’approche se limite d’abord à filmer à l’extérieur du monastère, les portes du cloitre s’ouvrent tranquillement jusqu’au cœur de la liturgie et même de la vie personnelle des moniales. La cinéaste les accompagnera tout au long du processus de deuil, jusqu’au jour du déménagement.

Un film en 24 prières secondes

Louise Sigouin a visiblement été transformée par son sujet. La méditation et le besoin d’enracinement spirituel font maintenant partie de sa vie. Ce souffle qui la porte, elle l’a laissé transparaitre dans la lenteur d’un film qui respire et qui fait respirer.

Tout comme ces femmes filmées qui en vivent au quotidien, le long-métrage n’a évidemment pas peur du silence.

Si le cinéma a souvent comme fonction de divertir, cette œuvre pousse plutôt au recueillement. Au gré des rites et des paroles spirituelles, c’est à une expérience intérieure que le film convie.

À partir d’un sujet pourtant pas si sexy (!) — une cohorte de religieuses en habit blanc et noir dont les rides rappellent le temps qui passe — la réalisatrice parvient tout de même à soutenir l’attention d’un auditoire pendant 75 minutes.

En l’espace d’une projection, le public s’attache à ces sœurs tout sourire. Leur quête, plus universelle qu’on pourrait le croire, réussit à rejoindre la nôtre.

On apprend à entrer dans leur temps à elles, à s’émouvoir et à rire avec elles:

« Elles ne sont pas quétaines. Elles ont un goût raffiné de l’esthétisme. Ce sont des artistes. Elles sont ricaneuses. Elles ont une grande ouverture. Je me suis reconnue en elles », me raconte la réalisatrice.

En tant que spectatrice, je n’aurais pas mieux dit.

***

« Ce film est comme un compost pour l’avenir. Ça va faire germer autre chose » lui partage un jeune après la première du film. Si une porte se ferme sur 100 ans de présence féconde, une autre s’ouvrira, les sœurs l’espèrent, sur l’inédit d’un Dieu qui sait surprendre.

Vous aimez ce que vous avez lu ? Abonnez-vous à notre magazine ou soutenez Le Verbe. Toujours 100 % gratuit. Toujours 100 % financé par vos dons.

Le film prend l’affiche le 27 septembre prochain, dans les cinémas suivants :

Montréal – Cinéma Beaubien

Québec – Cinéma Le Clap de Ste-Foy

Trois-Rivières – Cinéma Le Tapis rouge

St-Adèle – Cinéma Pine

Joliette – Cinéma RGFM de Joliette

www.cinoche.com 

À propos de l'auteur

Sarah-Christine Bourihane

Sarah-Christine travaille comme journaliste indépendante depuis 2013. Fidèle rédactrice au Verbe, elle est toujours partante pour arpenter le terrain des histoires humaines où la foi en est le cœur. Aussi cinéaste de la relève, elle signe un premier court-métrage en 2019, Le rang pas drette, distribué par Spira.

Laisser un commentaire