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Pour en finir avec les prêtres pédophiles

©Vince Fleming (Unsplash)
Écrit par James Langlois

La rencontre des évêques catholiques pour la protection des mineurs vient de prendre fin. Un peu avant, le journaliste Frédéric Martel publiait, aux quatre coins de la planète, un ouvrage de 600 pages qui documente l’homosexualité au sein de la curie romaine. On assiste au plus grand consensus dans l’histoire de l’opinion publique: hécatombe religieuse, perte totale de crédibilité morale, fin de l’Église catholique en Occident. Que dire de plus là-dessus?

C’est à se demander si Martel n’avait pas prévu son coup de pub. Mais il s’en défend lui-même, expliquant ce croisement pour des raisons techniques. Soyons bienveillants, accordons-lui le bénéfice du doute.

N’empêche qu’on a l’impression qu’il ne finira jamais, ce festival des scandales. Après la démission de presque toute une conférence épiscopale au Chili, le cas de la Pennsylvanie, un cardinal qui défroque après avoir été accusé, et j’en passe, cette expurgation de l’Église est longue, interminable, pénible, exaspérante.

Et voilà qu’à chaque fois, le cycle inquisitoire de la péroraison des chroniqueurs continue de rembobiner la même cassette doctrinale sur le mariage des prêtres, la misogynie des catholiques, la morale puritaine de l’Église, alouette![1]

L’heure n’est pas à défendre la réputation de qui que ce soit, mais à reconnaitre les fautes et à chercher des solutions.

J’aime mieux mettre tout de suite les points sur les i et les barres sur les t: ces scandales sont ignobles et je souhaite ardemment que les victimes, tout comme leurs abuseurs, soient traitées comme il se doit. Comme l’a tweeté le pape François, l’heure n’est pas à défendre la réputation de qui que ce soit, mais à reconnaitre les fautes et à chercher des solutions afin qu’il y ait à l’avenir tolérance zéro et absence d’omerta.

C’est dur, mais le fait de voir l’Église (dont je suis) être purifiée et humiliée pour ses péchés m’amène consolation et espérance.

Peut-être qu’un jour, une fois le ménage fait, on pourra passer à autre chose. Pour tous les autres catholiques – prêtres, religieuses et religieux, laïcs – qui, jour après jour, tentent de suivre le Christ le plus fidèlement possible malgré leurs limites et les difficultés, il devient lassant que la moindre accusation ecclésiale devienne une campagne de salissage. Est-il possible de faire justice sans tomber dans la diffamation et l’amalgame?

Le sexe, le nerf de la guerre ?

Revenons au cas Martel. Malgré sa couche de vernis idéologique, ses approximations journalistiques et les ragots qu’il rapporte, son œuvre révèle cependant une vérité: il y a des personnes ayant une attirance homosexuelle dans le clergé, peut-être même beaucoup plus qu’on ne le pense.

Peut-être aussi que plusieurs de ces hommes se protègent et se regroupent. Soit. Il s’agit d’une réalité que l’Église n’a peut-être pas voulu suffisamment affronter et elle nous revient par la bande d’une épiphanie médiatique plus au moins ajustée.

À présent, dressons donc le portrait : on aurait d’un côté les prêtres homosexuels actifs, de l’autre les pédophiles, et entre les deux des célibataires, sexuellement frustrés et refoulés qui tanguent et seraient susceptibles d’aller d’un côté ou de l’autre. Belle gang. Beau portrait.

Dans leurs prêches du dimanche, nos chroniqueurs omettent néanmoins trois faits statistiquement prouvés :

Premièrement, il n’y a aucun lien entre le célibat et les abus sexuels. C’est d’ailleurs une vision très réductrice du couple; le conjoint, homme ou femme, se trouve rabaissé en lieu d’épanchement séminal ou pulsionnel. Ça reviendrait à dire que tous les célibataires seraient des pédophiles en puissance. Rude.

Deuxièmement, les abus sexuels sont autant sinon plus élevés dans les sphères séculières (dans les familles ou les autres institutions). On apprenait la semaine dernière que des entraîneurs du Canada ont fait plus de 600 victimes en 20 ans. Jamais il n’a été question de faire l’amalgame entre entraîneurs et pédophiles. Il est encore moins question de ne plus avoir d’entraîneurs à la tête des équipes sportives pour cette raison.

Finalement, et c’est un point particulièrement délicat, la plupart des agressions relèvent davantage de l’éphébophilie[2] que de la pédophilie. Cette prévalence demeure certainement un des angles morts de la question. Toutefois, clarifions que l’homosexualité ne cause pas la pédophilie, pas plus, d’ailleurs, que l’hétérosexualité dans un état de continence sexuelle.

La mauvaise cible

Certes, dans le cas des prêtres, ce qui choque, c’est qu’il s’agit d’offenses irréparables à ce qu’ils sont censés prêcher, en paroles et en actes. On y voit, avec raison, une forme d’hypocrisie crasse.

Ces abus minent considérablement la portée du message que l’Église est appelée à incarner et annoncer.

Il semble qu’on se trompe de cible en jetant autant l’opprobre sur l’enseignement de l’Église en matière de sexualité que sur ceux qui y ont gravement dérogé.

Or, paradoxalement, il semble qu’on se trompe de cible en jetant autant l’opprobre sur l’enseignement de l’Église en matière de sexualité que sur ceux qui y ont gravement dérogé.

Dans les cas des agresseurs, quels qu’ils soient, on devrait parler de sérieux manquements à la chasteté, cette vertu, fille de la tempérance, qui nous donne la maitrise de soi et nous aide à ne pas traiter les autres comme des objets.

Si les abuseurs sont en décalage indéniable avec cette vision chrétienne de la sexualité, ce n’est pas qu’ils s’y collent trop, mais bien plutôt parce qu’ils sont incapables de la mettre en pratique ou qu’ils ne le cherchent tout simplement pas. Car c’est le principe même du péché (selon l’hébreu Hatta’t, «rater la cible»), de ne pas savoir viser juste.

L’anthropologie sexuelle catholique (pour autant qu’on la connaisse véritablement), est libératrice et n’est donc pas invalidée par tous ces scandales.

Bien au contraire, ils la supposent.

____________

Notes:

[1] Qu’y-a-t-il de plus convenu et aisé que de tirer sur un cadavre agonisant? En fait, pour ces vendeurs de clics, l’Église n’est pas assez souffrante, ils veulent être sûrs qu’elle meurt. Et si l’Église, par un surcroît de conformisme à l’égard des opinions mondaines, décidait d’adopter toutes les modernisations qu’ils voudraient y voir, retourneraient-ils pour autant sur les bancs le dimanche? Permettez-moi d’en douter.

[2] Éphébophilie : préférence sexuelle d’un adulte pour des adolescents pubères. Dans les cas de Pennsylvanie, le rapport John Jay affirme que 60% des agressions concernaient un homme et un adolescent.

À propos de l'auteur

James Langlois

James a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer. Il est rédacteur en chef adjoint au Verbe depuis juin 2016.

14 Commentaires

  • “cette expurgation de l’Église est longue, interminable, pénible, exaspérante”… dites-vous, mais c’est le passage obligé : qui fait la vérité vient à la Lumière, dit saint Jean. C’est aussi le premier pas; ça nous reporte à l’histoire du Peuple de Dieu infidèle qui a adoré des idoles… “Nous crions vers Toi, Seigneur, Toi seul peut nous sauver. ” (Hymne de Tamié)
    MERCI monsieur James Langlois pour le solide éclairage que vous apportez.

  • Merci infiniment James Langlois pour ce savoureux texte. Vous avez su mettre les bons mots sur les maux. C’est avec joie que je vais le partager peut-être que cela éduquera nos érudits journalistes.
    Continuez à nous nourrir de vos textes…

  • Il est plus que temps que les Églises catholiques qui se respectent se dissocient de Rôme. Sans aller jusqu’au schisme, la simple menace d’une séparation organisée, à grande échelle, donnerait de la profondeur aux paroles d’indignation un peu trop complaisantes.

  • ” Certes, dans le cas des prêtres, ce qui choque, c’est qu’il s’agit d’offenses irréparables à ce qu’ils sont censés prêcher, en paroles et en actes. ”

    Non, ce qui choque c’est qu’ils détruisent la vie des enfants de Dieu.

    ” Ces abus minent considérablement la portée du message que l’Église est appelée à incarner et annoncer.”

    Nous devrions d’abord nous inquiétez des victimes avant de nous inquiéter de notre réputation. Cet article ne fait que le contraire. J’ai l’impression que les scandales vont continuer jusqu’à ce qu’on apprenne notre leçon: la personne est plus importante que la réputation de l’Église.

    “Or, paradoxalement, il semble qu’on se trompe de cible en jetant autant l’opprobre sur l’enseignement de l’Église en matière de sexualité que sur ceux qui y ont gravement dérogé.”

    Abuser sexuellement d’une personne est un acte de violence. Ça n’est pas ce que j’appelle déroger de l’enseignement de l’Église en matière sexuelle. On parle de crime ici. De haine de l’autre.

    ” Dans les cas des agresseurs, quels qu’ils soient, on devrait parler de sérieux manquements à la chasteté ”

    Je ne sais pas si c’est le fait qu’il y ait beaucoup de victimes mineurs qui crée cet aveuglément. Quand un homme trompe sa femme, on parle de manquement à la chasteté. Quand ce même homme viole la voisine d’à côté, on est plus dans le même régistre. Cela vaut quelque soit l’âge de la personne abusée même quand ce sont des enfants….et même quand ils ne se débattent pas.

    J’ai l’impression d’entendre Simon de Cyrène se pleindre de porter la croix et s’apitoyer sur son sort, oubliant qu’il ne porte qu’un bout de la croix de Jésus, qui ici représente les victimes qui souffrent plus que quiconque. Devant certaines souffrance, c’est simplement indécent d’évoquer la nôtre. Rappelons-nous que la plupart des victimes sont catholiques et qu’elles doivent aussi subir tout ce matraquage médiatique. Quand Jésus est sur la croix, ce n’est pas le prêche qui compte, c’est la compassion envers Jésus. Chaque chose en son temps. La mission en ce moment, c’est d’aider les victimes à guérir et de s’assurer que ça ne se reproduise plus.

    • Merci pour votre commentaire A.S.K.
      Je trouve qu’effectivement, le vocabulaire de l’article est étonnant. Un viol n’a rien à voir avec un manque de chasteté, car c’est une volonté de détruire. Il y a quelque chose de meurtrier dans le viol. Violer une personne, c’est la laisser morte-vivante. C’est la plus abominable des torture.
      La gravité de ces crimes est telle qu’il est indécent de se plaindre de l’atteinte à la réputation de l’Église. Le temps est à la repentance collective, à l’affliction pour porter avec les victimes et avec Jésus la croix d’ignominie.

      • Bonjour!
        Merci pour votre commentaire.
        Je tiens à préciser d’emblée que cette simple entrée de blogue n’a pas comme prétention de défendre la réputation de l’Église, mais d’essayer de mettre des mots vrais sur la nature de ces actes, contrairement à d’autres prises de paroles publiques. Oui, la repentance collective, oui l’affliction, mais si on veut aider les victimes, il faut identifier les causes, et les identifier pour vrai. Je comprends de vos propos que vous réduisez la gravité des manques à la chasteté, comme s’ils n’étaient pas eux aussi des volontés de détruire. Tout péché détruit. Certes, il y a des degrés dans les actes et dans la gravité intrinsèque des actes. N’empêche que le catéchisme de l’Église catholique place le viol dans la section des offenses à la chasteté.

        Bien à vous,

  • Il faut élever le niveau de réflexion et nous sortir de cette dichotomie qui nous placerait soit dans le rôle de celui du méchant qui défend la réputation de l’Église, soit du gentil qui se soucie des victimes. C’est facile de discourir sur l’aide aux victimes mais le problème est trop complexe pour se limiter à cela; la communauté ecclésiale n’est-elle pas victime? Le prêtre abuseur n’est-il pas victime? La communauté ecclésiale est-elle toujours innocente? Je pense que James fait une juste analyse lorsqu’il déplore les campagnes de diffamation et les amalgames et il fait bien de rappeler que les abus commis ne sont pas la conséquence de l’enseignement de l’Église sur la chasteté mais d’une incapacité à la vivre adéquatement.

    Pour finir mon commentaire, je voulais soulever une question: pourquoi est-ce que les cas d’abus, à ma connaissance, ne touchent jamais (ou si peu) les moines? Est-ce que la vie monastique porterait en elle-même un élément de réponse à la crise des abus sexuels?

  • Bonjour James,

    Avez-vous pensé que l’église s’est trompé en mettant le viol dans la catégorie des manques à la chasteté ? En général l’abuseur sexuel se sert du sexe pour soumettre l’autre. Le sexe n’est qu’un moyen. Soumettre la personne dans ce qu’elle a de plus intime c’est l’humilier au plus profond d’elle-même. Le sexe est le moyen mais pas l’objectif. C’est ainsi que des personnes qui ne sont pas pédophiles vont soumettre un enfant qui ne peut pas leur résister. C’est comme ça que les Harvey Weinstein et Bill Cosby de ce monde qui peuvent avoir toutes les femmes qu’ils désirent préfèrent celles qui ne les désirent pas. Celles qu’il faut par conséquent humilier en les soumettant contre leur gré.

    Beaucoup de membres du clergé reconnaisssent de nos jours qu’ils ne comprenaient pas l’enjeu. Vous pouvez donc concevoir qu’ils se soient trompé en catégorisant ça comme un enjeux de chasteté.

    Voici un extrait du nouveau document de la conférence des évêques du Canada qui pourrait vous éclairer :

    LEÇON 2 : LE BESOIN DE MIEUX CONNAÎTRE LES ABUS SEXUELS

    Les histoires racontées par les victimes ont également aidé à faire mieux comprendre en quoi consistent les abus […]. Le profil psychologique des délinquants, bien qu’il soit encore incomplet, est également mieux compris. Par exemple, les antécédents du délinquant sont maintenant une source d’information importante; ils aident à comprendre si les abus sont un moyen de satisfaire une attraction sexuelle innée pour les personnes mineures ou un moyen de résoudre d’autres problèmes liés à son histoire ou à sa situation personnelle. On est également plus conscient des différences qui peuvent exister entre les délinquants quant à la puissance de l’attraction pédophile et quant à la mesure dans laquelle l’intérêt sexuel se concentre exclusivement sur les enfants et les adolescents ou peut également inclure des adultes. Enfin, il est également reconnu que les abus sexuels ont souvent un rapport avec la dynamique du pouvoir. ”

    En gros, les personnes en église évoluent dans leur compréhension des choses. La compréhension de l’abus sexuel n’est pas un dogme. Lorsqu’il y a plusieurs péchés qui se croisent, on regarde le péché dominant. Une personne qui assassine au Quebec pour voler un vélo, a-t-elle un problème de convoitise ou de violence ?

    • Rebonjour,

      Non, je n’ai pas pensé que l’Église pourrait se tromper, car sa réflexion s’appuie sur une expérience et une tradition philosophique et théologique longue de deux siècles. Je pense notamment que saint Jean Paul II, qui a commandé et supervisé la rédaction de ce catéchisme, connaissait très bien les enjeux qui y sont explicités. Je préfèrerais remettre en doute ma propre pensée avant celle de l’Église. Je vous accorde cependant que certains enseignements peuvent s’approfondir, mais non pas se contredirent ou s’avérer complètement faux, ou à tout le moins de manière générale.

      Si je comprends bien ce que vous dites, les abus ne sont pas des manques à la chasteté parce qu’ils portent une violence plus profonde, un péché plus profond qui serait le désir d’avilir l’autre, lequel ne touche pas la sexualité directement. J’ai l’impression que votre compréhension de la chasteté est réduite ou incomplète, que vous la confondez avec la luxure qui concerne directement le strict plaisir génital.

      Quand vous dites qu’« En général l’abuseur sexuel se sert du sexe pour soumettre l’autre. Le sexe n’est qu’un moyen. Soumettre la personne dans ce qu’elle a de plus intime» le contraire de la chasteté c’est précisément ça, d’utiliser l’autre comme un moyen…oui peut-être pour se satisfaire sexuellement, mais pas seulement. Et toute tentative d’utiliser la sexualité pour d’autres fins que celles qu’elle devrait viser, a fortiori, dans un but d’asservissement, de domination, etc. est un manque à la chasteté :

      (CECC #2356) Le viol désigne l’entrée par effraction, avec violence, dans l’intimité sexuelle d’une personne. Il est atteinte à la justice et à la charité. Le viol blesse profondément le droit de chacun au respect, à la liberté, à l’intégrité physique et morale. Il crée un préjudice grave, qui peut marquer la victime sa vie durant. Il est toujours un acte intrinsèquement mauvais. Plus grave encore est le viol commis de la part des parents (cf. inceste) ou d’éducateurs envers les enfants qui leur sont confiés.

      «Lorsqu’il y a plusieurs péchés qui se croisent, on regarde le péché dominant. Une personne qui assassine au Québec pour voler un vélo, a-t-elle un problème de convoitise ou de violence?»

      Il est clair, dans cette définition du viol que l’on retrouve dans la section des offenses à la chasteté du catéchisme, que non seulement c’est un manque à la chasteté, mais, comme c’est souligné, qu’il s’agit également d’une atteinte à la justice, à la charité. Le péché dominant concerne la chasteté, qui est l’intégration de la sexualité (et sexuation) dans notre rapport avec les autres, ce qui comprend les tentatives de domination.

  • ” Je préfèrerais remettre en doute ma propre pensée avant celle de l’Église. ”

    C’est là le problème de cette discussion. C’est grave. Je ne voudrais pas que les gens qui nous lisent pensent que c’est ça que le Christ ou l’Église nous demande.

    Le plus drôle c’est que si le catéchisme à été maintes fois révisé … depuis que l’église produit des catéchismes….c’est qu’il peut contenir des erreurs. Bref.

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