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Notre-Dame-de-Paris : un joyau à rebâtir

Notre-Dame-de-Paris, France (photo: Paul Dufour / unsplash.com).
Notre-Dame-de-Paris, France (photo: Paul Dufour / unsplash.com).

Quelle tristesse. Voilà les deux mots qui sont revenus le plus souvent sur les lèvres des spectateurs incrédules assistant au sévère incendie ayant ravagé la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Au moment d’écrire ces lignes, le feu n’est pas encore complètement éteint. Et alors qu’il est déjà question de reconstruction, on constate qu’une vaste réflexion sera nécessaire : comment rebâtir un tel joyau?

Bien au-delà d’un simple lieu de culte, la cathédrale de Paris est l’un des monuments les plus visités de France, avec près de 30 000 visiteurs et pèlerins qui y viennent chaque jour, pour un total de 13 millions de personnes par année.

Sans savoir pour l’instant quels seront les dégâts finaux, on parle déjà de reconstruction sur toutes les tribunes.

L’archevêque de Paris, Michel Aupetit, et le président de la République Emmanuel Macron l’évoquaient dans leurs allocutions comme une lueur d’espoir en ce jour de tragédie nationale. On l’a souvent dit, c’est dans les désastres que se révèle la résilience d’un peuple. La devise de Paris n’est-elle pas fluctuat nec mergitur?

La reconstruction aura une valeur symbolique immense, car c’est un peu de l’âme de la vieille France et de l’Occident chrétien qui s’est envolée en fumée avec les combles quasi millénaires de Notre-Dame.

La volonté politique de reconstruire immédiatement est louable, surtout dans un monde où l’État républicain se tient loin du fait religieux. On l’aura compris, le pouvoir politique a bien saisi que Notre-Dame transcende la symbolique uniquement catholique. Il n’y a, par conséquent, nul doute qu’il y aura reconstruction. Le tout financé par le biais d’une souscription nationale.

Une créature vivante

La question qui se pose, de la perspective d’un historien d’art et de l’architecture, est que va-t-on reconstruire exactement ?

Un bâtiment aussi ancien que Notre-Dame est en quelque sorte une créature vivante qui évolue avec les siècles. La matérialité d’un tel lieu n’est jamais complètement figée. Il y a pratiquement toujours un chantier de rénovation ou de restauration en cour dans un édifice comme Notre-Dame. Il s’en trouvera plusieurs pour dire catégoriquement que l’ensemble doit être reconstruit à l’identique. Certes. Mais à quel identique fait-on ici référence ?

La question qui se pose réellement est doit-on reconstruire dans l’esprit des plans médiévaux ou dans celui du XIXesiècle ?

C’est qu’au milieu du XIXesiècle l’édifice médiéval a subi de nombreuses modifications sous la direction de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc.

Les fameuses chimères et gargouilles qui ornaient le toit sont des ajouts n’ayant jamais été prévus originellement.

Plusieurs éléments sont des ajouts n’ayant jamais été prévus originellement. On pense notamment aux fameuses chimères et gargouilles qui ornaient le toit avant qu’il ne s’effondre funestement dans l’incendie. Ces emblèmes si caractéristiques de Notre-Dame sont entièrement issus de l’imagination de l’architecte Viollet-le-Duc.

On pense également aux statues des douze apôtres ornant le pied de la flèche que nous avons tous vu tomber avec effroi. Les ajouts et les restaurations effectuées au XIXesiècle par Viollet-le-Duc au moyen d’une intervention massive sur l’édifice assuraient une cohérence stylistique à l’ensemble. Cependant elles ont le défaut majeur de ne pas être toujours exactes ou crédibles, d’un point de vue historique.

Des questions difficiles

La question se pose donc : que doit-on restaurer ? Doit-on faire une restauration uniquement selon les plans d’origines du Moyen-Âge ? Ou doit-on plutôt tenir compte de l’aspect esthétique que nous connaissons depuis un siècle et demi ?

Les gens du Ministère de la Culture de France devront répondre dans les mois qui vont suivre à ces difficiles questions. Considérant les nombreuses critiques des historiens de l’art et de l’architecture face à l’ouvrage de Viollet-le-Duc, il y a à parier que derrière les portes closes du ministère il y aura des discutions corsées…

D’autant plus qu’au-delà de l’esthétisme, des questions similaires vont se poser par rapport à la structure de l’édifice. Pensons simplement à ses espaces invisibles pour l’œil du public tels les combles.  Ne serait-il pas plus sage, quitte à faire une entorse à l’histoire, de faire de nouveaux combles en acier, donc résistant au feu, au lieu du bois de chêne utilisé à l’origine ?

Chose certaine, l’on peut déjà affirmer que les tristes évènements d’aujourd’hui vont faire en sorte que la nécessaire restauration de Notre-Dame-de-Paris va très certainement devenir un formidable cas d’études pour les universitaires qui se penchent sur les questions en lien avec le patrimoine.

À propos de l'auteur

Emmanuel Lamontagne

Emmanuel est présentement candidat à la maîtrise en histoire de l'art. Il se spécialise en art et en architecture religieuse.

1 commentaire

  • Voilà qui soulève l’éternelle question à laquelle font face tous ceux qui sont impliqués dans les processus de conservation et de restauration des bâtiments ancien. Déjà, au 19e siècle, on reprochait à Viollet-Leduc de prendre des libertés en rebâtissant la flèche, qui à l’époque, était disparu depuis longtemps. la question est épistémologique. Qu’est-ce que l’état original (pristine comme on dit en anglais, un mot difficile à traduire). Y a-t-il un an 0 à une construction qui a pris deux siècles à se bâtir? Les actions de Viollet-Leduc sont-elles assez anciennes pour faire partie de l’évolution patrimoniale de la cathédrale?
    Le dilemme peut se résumer par cet exemple: cette hache a 100, disait un bûcheron, elle a changé 5 fois de fer et 8 fois de manche.

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