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Non, ce pays n’est pas pour les «fifs»

Une scène de Beef au Théâtre Premier Acte (photo: Facebook).
Une scène de Beef au Théâtre Premier Acte (photo: Facebook).

Beef de Dayne Simard, présenté au Théâtre Premier Acte, nous entraine avec beaucoup d’humour au sein d’une réalité qu’on peine à croire vraie.

L’auteur nous livre ici, dans sa première pièce, une caricature illustrant les basfonds de la vie rurale où les quatre-roues et ski-doo de ce monde règnent en maitres. La masculinité s’y révèle peut-être dans ce qu’elle a de plus machiste: tout ce qui diffère de la normalité ambiante est alors targué de « fif ».

Les lumières s’éteignent. La pièce commence. C’est ensevelie d’une montagne de terre que la protagoniste Manon, interprétée par Nathalie Séguin, apparait. Le ton est donné et l’analogie s’immisce rapidement chez les spectateurs : elle est dans la merde jusqu’au cou!

Les planches, elles aussi, tapissées de terre nous plongent dans le milieu agricole. Les quelques seaux juchés de part et d’autre de la scène serviront à la fois de bar, de chaises et de contenants. La mise en scène, signée Anne-Marie Olivier, est équivoque. Dans le bar du village, c’est à même une hose que Manon sert à ses clients, bière et alcool, sur fond de musique populaire. Des choix simples et justes qui nous font sourire. Le rythme est dynamique.

L’histoire d’amour entre Manon et Michel (Dayne Simard), citadin venu implanter le bio en région, coule bien.

Les clichés se succèdent. Il y a la belle-mère et le policier redneck, qui incarnent les gardiens de cette anthropologie réductrice de la femme-objet et de l’homme viril.

Les clichés se succèdent. Il y a aussi la belle-mère et le policier redneck, qui incarnent tous deux les gardiens de cette anthropologie réductrice de la femme-objet et de l’homme viril.

Rapidement, on conçoit tout le malaise d’être confronté à ce seul et unique modèle. C’est bien ce dont l’auteur a voulu témoigner, lui-même issu de Saint-Elzéar-de-Beauce : il expose de manière crue et satirique la culture populaire de son enfance.

Cela dit, bien vite, l’histoire arrive à sa fin sans réel apogée.

Bien que le propos de la pièce soit critique, le sujet est épuisé sans pousser la réflexion plus loin. Le spectateur reste sur sa faim.

Si Manon accuse Michel de ne pas avoir les couilles d’être lui-même, peut-être pouvons-nous en dire de même de l’auteur, qui ne s’avance sur rien et dresse tout compte fait un portrait bien incomplet de la masculinité.

*

Beef, du 22 janvier au 9 février à Premier Acte (Québec)

 

 

À propos de l'auteur

Rébecca Bélanger

Rébecca a plus d’une corde à son arc. Entre le tissage, la couture, l’ébénisterie, l’écriture, elle s’occupe de sa marmaille. Cela ne l’empêche pas pour autant de suivre l’actualité artistique et de jouer les spectatrices quelques fois par année dans les salles de théâtre ou dans les bons spectacles de musique.

1 commentaire

  • La critique des stéréotypes de genre seulement pour les critiquer ne nous amène effectivement à rien. Et puis, franchement, quel mal y a t’il à ce que les membres d’une communauté finissent par adopter la mentalité qui est issue de cette même communauté, si celle-ci n’incite pas à un comportement criminel? Le malaise est peut-être plus celui du citadin qui ne connaît rien de la vie à la campagne et qui mijote tellement dans le bouillon de la critique de la masculinité (toxique) qu’il a fini par intégrer pour lui-même le mode de pensée qui vient avec cette critique.

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