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Mes copains les athées

Photo: Pixabay (OpenClips - CC)
Photo: Pixabay (OpenClips - CC)
Écrit par Francis Denis

Depuis les débuts de l’histoire de l’humanité, l’athéisme, doctrine rejetant l’idée de l’existence du divin, a toujours été marginal puisqu’inconfortable. Accepter de vivre une vie sans réponse aux grandes questions existentielles peut être effectivement difficile à vivre.

C’est surtout au XXe siècle et par le marxisme que l’athéisme fut porté au rang de doctrine intellectuellement définie. En un mot, pour cette idéologie politique, il est un élément essentiel. En effet, soutenir la responsabilité de l’État pour le salut du genre humain et sa promesse eschatologique de la venue de l’homme nouveau exige que l’idée même de Dieu devienne l’ennemie publique no 1!

Les exemples prouvant les dérapages sociaux dont l’évacuation de Dieu fut responsable ne manquent pas. Les quelque cent millions de personnes tuées dans les goulags de l’ex-URSS, qui auront bientôt et fort heureusement un monument commémoratif (1), suffisent à comprendre que l’athéisme n’est pas aussi libérateur qu’on pourrait le croire.

J’ai souvent été surpris comme la discussion avec des athées convaincus était souvent plus facile qu’avec des croyants convaincus.

À fortiori, il semble impossible de voir la possibilité d’un dialogue avec le christianisme. En effet, il est difficile de trouver un dénominateur commun entre une doctrine qui affirme l’existence de Dieu et une autre qui la nie, pour ainsi dire, dogmatiquement et philosophiquement. Toutefois, un regard plus approfondi nous permettra de voir comment le christianisme, et spécialement sa forme catholique, a beaucoup d’éléments communs avec l’athéisme.

Étonnantes affinités

Personnellement, j’ai souvent été surpris comme la discussion avec des athées convaincus était souvent plus facile qu’avec des croyants convaincus. Selon ma position d’homme de foi, je devrais logiquement me sentir plus proche d’une personne qui, comme moi, souscrit à un système de croyances prédéfinies que nous appelons «religion».

Cependant, il m’arrive de voir chez certains de mes frères, que l’on pourrait qualifier de «religieux», des orientations intellectuelles qu’il m’est impossible de partager. C’est ce que j’ai expérimenté le mois dernier lorsque le député fédéral James Lunney (2) a émis des doutes sur la validité scientifique de la théorie de l’évolution, ne voyant pas qu’il n’y a aucune contradiction entre cette dernière et la foi chrétienne (3). D’où vient donc cette facilité de discussion avec beaucoup athées que je constate dans ma propre expérience.

L’athée a donc l’avantage, contrairement à la majorité souvent superstitieuse, d’accorder à la question de Dieu un regard critique.

D’abord, il serait faux de penser que les athées n’ont pas de croyances. Définir les personnes comme croyantes ou non croyantes n’est pas un reflet authentique de la réalité. En effet, contrairement aux agnostiques qui croient ne pas pouvoir avoir de connaissances fermes en matière «métaphysique», les athées, eux, affirment la non-existence de Dieu. Toutefois, cette prétendue non-existence ne repose sur aucune démonstration ou observation tangible et, donc, scientifique. Ainsi, l’affirmation de la non-existence de Dieu étant également une croyance, elle ne bénéficie d’aucune supériorité au point de vue de la rationalité. Nous sommes donc tous des croyants, certains croient que Dieu existe, d’autres croient qu’Il n’existe pas. En ce sens, nous avons en commun la même habitude psychologique qui consiste à «croire» lorsque nous nous posons des questions existentielles.

Rejet des dieux

Il existe cependant une autre caractéristique commune aux athées et aux chrétiens: ils sont ensemble des athées de beaucoup de dieux. En effet, les chrétiens sont des athées de toutes les fausses divinités, excepté le Dieu unique. Différence majeure me direz-vous? Effectivement, mais ce commun rejet est beaucoup plus important que ce que l’on pense habituellement. Par exemple, si nous retournons aux premiers siècles, l’une des accusations que l’on portait contre les chrétiens était d’être des athées. C’est en ce sens que saint Justin, dans sa première apologie, déclarait explicitement «nous confessons que nous sommes des athées, du moins lorsque l’on parle de dieux de cette sorte (dieux romains), sauf en ce qui a trait à l’Unique Dieu Véritable» (4).

L’athée a donc l’avantage, contrairement à la majorité souvent superstitieuse, d’accorder à la question de Dieu un regard critique et de ne pas appeler «Dieu» ce qui ne peut pas, à bon droit, être nommé de la sorte. Combien, encore aujourd’hui, font appel à des supposés voyants ou consultent des horoscopes pour connaitre l’avenir?

Ainsi, on pourrait même dire, avec le professeur Stephan Bullivant, que la plupart du temps «les conceptions de Dieu que nient les athées ne s’appliquent pas au Dieu en qui les chrétiens croient réellement. Ce sont plutôt de prétendus “dieux”, des figures naïves et d’idolâtres caricatures» (5). Ce regard critique envers ce qui se présente comme portant sur le divin est commun et au christianisme, et à l’athéisme. L’athéisme peut donc se présenter comme un authentique «point de départ théologique» (6).

Loin de n’être qu’une négation du Dieu Un et Trine, l’athéisme contemporain correspond à une dimension essentielle du respect du premier commandement selon lequel nous devons «honorer qu’Un Seul Dieu». En effet, il nous rappelle que notre foi ne doit pas reposer sur une caricature, mais sur une connaissance claire de Son Identité. Ainsi, de peur que notre confiance se pose sur un Dieu qui n’existe pas objectivement, il est important de se réapproprier cet esprit critique auquel nos frères athées tiennent tant.

_________________

(1) http://www.pch.gc.ca/fra/1396266083257#a2

(2) http://www.cbc.ca/news/politics/b-c-conservative-mp-james-lunney-tweets-against-evolution-1.2978984

(3) http://w2.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_12081950_humani-generis.html; Benoît XVI :« L’évolution dans la nature ne s’oppose pas avec la notion de Création parce que l’évolution présuppose la création des êtres qui évoluent… » dans http://visnews-fr.blogspot.fr/2014/10/le-pape-sadresse-lacademie-des-sciences.html

(4) Cité dans http://www.canterburypress.co.uk/books/9781848252806/faith-and-unbelief, p.3.

(5) http://www.canterburypress.co.uk/books/9781848252806/faith-and-unbelief, p.13.

(6) Denys Turner, 2002, Faith Seeking, London : SCM Press, p.8. Cité dans http://www.canterburypress.co.uk/books/9781848252806/faith-and-unbelief, p.13.

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

5 Commentaires

  • « Nous sommes donc tous des croyants, certains croient que Dieu existe, d’autres croient qu’Il n’existe pas. » Je pense que comme catholique nous pouvons aller plus loin encore. Les athées croient que Dieu n’existe pas s’ils affirment avec certitude son inexistence qu’ils ne peuvent manifestement pas prouver. Mais est-ce que les catholiques croient de la même manière en l’existence d’un Dieu dont ils ne peuvent pas plus prouver l’existence? Au contraire, réaffirmant la déclaration solennelle du premier concile du Vatican, le Catéchisme de l’Église Catholique dit que « la Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées » et plus encore que « sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. » (CEC#36) Les preuves de l’existence de Dieu, affirme aussi l’enseignement officiel de l’Église, sont des « arguments convergents et convaincants qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes ».(CEC#31) « Ces preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine. » (CEC#35) Ainsi, comme catholique, je crois certes « en » Dieu, dans le sens où je crois à tout ce qu’il me dit et que j’adhère avec tout mon être à lui. Cependant, comme catholique, je ne crois pas à l’existence de Dieu. Au contraire, je sais avec certitude que Dieu existe et c’est parce que je sais qu’il existe que je peux croire ce qu’il me dit. « Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. » Si nous avons quelque chose en commun avec les athées c’est surtout de rejeter le fidéisme, cette hérésie condamnée par le concile qui prétend que « la Révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs et que, dès lors, les hommes doivent être poussés à la foi uniquement par leur expérience intérieure personnelle ou par une inspiration privée » (DS#3033) Avec les athées nous voulons fonder nos croyances sur des raisons certaines de croire. Avec les athées nous rejetons la superstition et la crédulité!

  • Merci beaucoup pour vos commentaires qui complètent magnifiquement mon argumentation. Il est effectivement vrai que la Constitution Dei Filius du Concile Vatican I définit qu’il est possible de connaître l’existence de Dieu par la raison seule. Il est donc vrai de dire que la seule position véritablement rationnelle soit celle qui affirme l’existence de Dieu. Pour ce faire, nous pouvons suivre avec certitudes les traditionnelles 5 preuves philosophiques de l’existence de Dieu. Cependant, mon affirmation selon laquelle « nous sommes donc tous des croyants, certains croient que Dieu existe, d’autres croient qu’Il n’existe pas. » avait plutôt pour but d’être une description de la réalité de notre société actuelle à ce sujet. En ce sens, et les croyants, et les athées croit en l’existence ou la non existence de Dieu bien que les premiers aient: 1) raison! 2) la possibilité d’avoir une connaissance certaine de cette même vérité par la raison seule. En d’autres termes, bien que les catholiques puissent prouver l’existence de Dieu, rare sont ceux qui arrivent à une telle connaissance. Ainsi la majorité se “contentent” de croire en son existence. Comme le dit Saint Thomas dans la Somme contre les gentils dans son célèbre passage de la question 4 du livre 1:

    “Il était donc nécessaire de présenter aux hommes, par la voie de la foi, une certitude bien arrêtée et une vérité sans mélange, dans le domaine des choses de Dieu. La divine miséricorde y a pourvu d’une manière salutaire en imposant de tenir par la foi cela même qui est accessible à la raison, si bien que tous peuvent avoir part facilement à la connaissance de Dieu, sans doute et sans erreur.”

    Ainsi, il n’est pas faux de dire qu’en ce moment “nous avons en commun la même habitude psychologique qui consiste à «croire» lorsque nous nous posons des questions existentielles.” Ce “nous” exclu donc, peut-être, les théologiens catholiques 😉 mais s’applique, je crois, à la majorité croyante, athées inclus.

  • Vos arguments ne tiennent pas la route. Si je dis que Dieu n’existe pas, je ne dis pas nécessairement que je ne crois pas que Dieu existe. Je dis simplement qu’il n’existe pas. Croire en Dieu est incompatible avec l’intelligence et la raison. Depuis que je suis devenu athée, je me pose beaucoup moins de questions existentielles qu’avant. Je ne me sers plus de Dieu ou de la religion comme béquille pour vaincre ma peur du néant.
    Au cours de l’Histoire, plusieurs massacres ont été perpétrés par des croyants: Hitler lui-même en était un. Je vous rappelle que Pie XII s’est acoquiné avec lui. Le Vatican, à la fin de la guerre, a protégé des criminels de guerre nazis et a facilité leur évasion en Argentine. Les tueries commises au nom de Dieu sont innombrables.
    Vous croyez en un Dieu unique, mais vous êtes incapable de me prouver son existence. Seule la science viendra bientôt expliquer le pourquoi et le comment de l’Univers. Je place l’existence de Dieu au même niveau que celui du Père Noël. Un ami imaginaire. La religion catholique, parmi d’autres, est l’une des plus grandes supercheries de l’histoire de l’humanité.
    Je pourrais vous apporter davantage d’arguments en l’inexistence de Dieu. Mais je sens que je perds mon temps. J’avoue être incapable de déprogrammer vos cerveaux, lessivés à l’eau bénite depuis votre enfance.

    • Merci de votre commentaire, je vais au moins essayer de prouver mon point qu’il est parfois plus facile de parler avec des athées qu’avec des chrétiens. Analysons votre argumentaire:

      1) “Vos arguments ne tiennent pas la route. Si je dis que Dieu n’existe pas, je ne dis pas nécessairement que je ne crois pas que Dieu existe. Je dis simplement qu’il n’existe pas.”

      – Je ne dis pas que vous ne dite pas que Dieu n’existe pas. Je dis que ce que vous prétendez être l’affirmation d’un fait est une croyance et, ce, sans me prononcer (en tout cas dans le texte), sur sa vérité ou sa fausseté.

      2)”Croire en Dieu est incompatible avec l’intelligence et la raison”

      – J’ai beau chercher dans votre réponse, je ne trouve aucun argument à l’appui de cette affirmation.

      3)” Depuis que je suis devenu athée, je me pose beaucoup moins de questions existentielles qu’avant.”

      – Je suis navré de l’apprendre. Les questions existentielles sont les plus intéressantes!

      4) « Je ne me sers plus de Dieu ou de la religion comme béquille pour vaincre ma peur du néant. »

      – Je suis, encore une fois, désolé que vous ayez peur du néant. Pourtant s’il y a bien une chose dont l’inexistence est évidente par soi c’est bien le néant. Pourquoi avoir peur d’une chose qui n’existe pas…. étrange. De plus, c’est une excellente chose de ne plus vous servir de Dieu ou de la religion, on perçoit très mal leurs natures lorsqu’on les prend sous l’angle de l’utilité.

      5) « Au cours de l’Histoire, plusieurs massacres ont été perpétrés par des croyants: Hitler lui-même en était un. Les tueries commises au nom de Dieu sont innombrables. » »

      – La célèbre Reductio ad Hitlerum fait son entrée fracassante !! Je suis d’accord avec vous que des massacres ont souvent été commis au nom des croyances. J’en veux pour preuve les centaines de millions de meurtres commis au nom de la croyance athée des régimes communistes.

      6) « Je vous rappelle que Pie XII s’est acoquiné avec lui. Le Vatican, à la fin de la guerre, a protégé des criminels de guerre nazis et a facilité leur évasion en Argentine. »

      http://www.seletlumieretv.org/program_speciales_unemainpourlapaix.php

      7) « Vous croyez en un Dieu unique, mais vous êtes incapable de me prouver son existence. »

      Ha bon… http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/ThomasD'Aquin_5PreuvesExistenceDeDieu.htm

      8) « Seule la science viendra bientôt expliquer le pourquoi et le comment de l’Univers. »

      J’ai l’impression d’entendre Auguste Comte ! Je suis d’accord qu’un peu de positivisme fait du bien lorsqu’on baigne dans une mer opiniâtre mais il faut y aller à petite dose.

      9) Je place l’existence de Dieu au même niveau que celui du Père Noël. Un ami imaginaire.

      C’est ce que j’avais cru comprendre. Merci de nous le partager. J’ajouterais qu’il vaut mieux avoir un ami imaginaire qu’un ennemi imaginaire !

      10) « La religion catholique, parmi d’autres, est l’une des plus grandes supercheries de l’histoire de l’humanité. »

      Je cherche toujours les arguments mais vous ne me facilitez pas la tâche.

      11) « Je pourrais vous apporter davantage d’arguments en l’inexistence de Dieu. »

      Si vous enlever le mot « davantage » de votre phrase je suis prêt à vous croire !

      12) « Mais je sens que je perds mon temps. »

      Mais non, votre appel est important pour nous ☺

      13) « J’avoue être incapable de déprogrammer vos cerveaux, lessivés à l’eau bénite depuis votre enfance. »

      J’avoue que vous n’avez pas déprogrammé grand chose jusqu’à maintenant mais bel essais.

      A bientôt

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