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Marche pour le climat: la peur de perdre

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Photo: Valérie Laflamme-Caron

J’arrive à la marche pour le climat en même temps qu’un cortège du cégep François-Xavier-Garneau. Une cinquantaine de vieux ados chantent en chœur « ceux qui aiment la planète tapent des mains ».

Une militante bondit en s’écriant : « j’suis contente »! Alors que, dans les médias, on donne aux militants écologiques le visage d’élèves du secondaire, je peine à les trouver.

Autour de moi, je vois des jeunes familles, des groupes syndicaux, des représentants autochtones, des universitaires et même une église protestante.

Je tombe finalement sur un premier groupe de jeunes filles âgées de quatorze et quinze ans. Un parent les accompagne. Comme la vingtaine de militants à qui je parlerai ce jour-là, elles vivent leur première manifestation :

« Avant, on était trop jeune pour prendre la décision de manquer de l’école. Je crois que les gens s’intéressent de plus en plus à l’écologie à cause des médias sociaux, comme Instagram.

« Ça nous rejoint, car nous réalisons qu’il s’agit de notre avenir et de celui de nos enfants. Nous traversons une période où nous pourrions tout détruire. C’est pourquoi il faut agir maintenant.

« Avec internet, les informations sont accessibles. Les individus posent des gestes concrets, mais le gouvernement ne se mobilise pas. Quand on s’informe, on découvre des choses qui peuvent nous rendre tristes ou anxieux. Il y en a donc qui préfèrent tout ignorer.

« Quant aux autres, ceux au pouvoir qui ont accès aux informations, ils sont avides et préfèrent l’argent.  C’est pour ça que mon amie a écrit sur sa pancarte : “tu ne pourras pas manger de l’argent quand il ne restera plus de nourriture” ».

Une pensée informée

Certains groupes sont encadrés par un adulte de leur école. D’autres pas. Certains seront punis pour avoir participé à la manifestation. D’autres pas.

Ils ont tous en commun d’être bien structurés et articulés. À travers leur engagement pour la sauvegarde de la nature, ils ont appris à travailler ensemble pour atteindre leurs objectifs.

Une représentante de l’escouade verte d’une école privée explique :

L’escouade verte a dû négocier avec la direction de l’école pour pouvoir être ici. On nous a demandé d’expliquer le but de notre action et de démontrer que la manifestation allait se dérouler pacifiquement. On a ensuite négocié pour que tous les élèves qui le désirent puissent y participer, pas juste les membres de l’escouade verte. L’environnement, ça concerne tout le monde.

Une élève d’une polyvalente de banlieue renchérit :

« Avant, on ne connaissait pas le réchauffement climatique et ses conséquences. Maintenant, on sait que ça existe. Lorsqu’ils sont en campagne électorale, les politiciens font semblant qu’ils sont intéressés. Quand ils arrivent au pouvoir, ils laissent ça de côté. On vit dans une société capitaliste où l’argent passe en premier. C’est vieux comme le monde.

« On a écrasé des sociétés au complet, ici et en Afrique, pour faire de l’argent. Je sais que le monde idéal n’existe pas. On appelle ça une utopie. Mais si l’idéal ne peut être atteint, on peut quand même tenter de s’en rapprocher et de s’améliorer. Les gens disent que les jeunes n’ont rien à dire. Ceux qui nous regardent de haut ont déjà été jeunes eux aussi ».

La racine du mal

L’argent, encore l’argent.

C’est cette réponse qu’ils me donneront tous quand je leur demanderai comment ils expliquent l’inaction des politiciens.

Autour de nous, je lis des pancartes qui empruntent au registre théologique : « non aux gens méchants », « fin du monde, fin du mois, même combat ». Même si les militants revendiquent des changements techniques comme l’abandon du pétrole, c’est contre un certain mode de vie qu’ils en ont. 

Tous ces jeunes ont été confrontés à la question du mal et de la souffrance à travers les portraits répétés de forêts incendiées, de villages asséchés et de visages affamés.

Parce qu’ils n’ont rien à perdre, ils ne se privent pas de dénoncer les injustices qu’ils observent.

Au lendemain de la marche mondiale pour le climat, deux journalistes se questionnent à la radio :

Est-on prêt à souffrir pour être cohérent ?

Ils évoquent les contradictions des signataires du Pacte pour l’environnement et des étudiants qui ont pris la rue.

Candides, ces derniers m’ont dit que c’est l’éducation qui leur permettrait, une fois adulte, de rester fidèle à leurs convictions. Ils m’ont garanti qu’ils se contenteraient d’une mode de vie minimaliste, axé sur la communauté.

***

Si j’avais porté mon chapeau d’animatrice de pastorale, je leur aurais dit qu’apprendre à perdre, c’est bien le combat d’une vie, et que dans ce domaine, rien n’est jamais gagné.

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À propos de l'auteur

Valérie Laflamme-Caron

Valérie Laflamme-Caron est une jeune femme dynamique formée en anthropologie. Elle anime présentement la pastorale dans une école secondaire de la région de Québec. Elle s’efforce de traiter des enjeux qui traversent le Québec contemporain à travers un langage qui mobilise l’apport des sciences sociales à sa posture croyante.

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