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Les études universitaires: un exercice spirituel

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Photo: Nathan Dumlao/Unsplash

Un texte du père Francesco Vermigli, traduit de l’italien par Laurence Godin-Tremblay

Comme je fréquente le monde universitaire, je rencontre quotidiennement des étudiants de toute provenance. J’ai donc l’occasion de percevoir toujours plus distinctement les aspirations que ceux-ci nourrissent, notamment leur soif de découvrir plus clairement le sens des études qu’ils ont entreprises.

Dans un monde liquide, peuvent également être liquides les raisons pour lesquelles on accède à la vie universitaire, on y vit et on en sort.

Par liquide, j’entends le fait d’entrer à l’université avec un certain but en tête — pas toujours bien défini — et de le voir subir des sollicitations contraires tout au long du cheminement.

Dès lors, il arrive parfois qu’on termine son parcours universitaire avec des visées fort différentes de celles qu’on avait au départ. Il peut même arriver qu’on quitte finalement l’université en n’ayant plus aucun objectif déterminé.

Et on se retrouve alors dans une indétermination totale !

L’université de l’existence

Ici se mesure le drame de l’existence des jeunes, auxquels on demande souvent des comptes, des décisions, des actes de volonté et de fidélité, des clarifications, etc.

Ils ne peuvent pourtant garantir tout cela.

Écoutez ici le témoignage de Laurence à On n’est pas du monde sur son expérience spirituelle en Italie  :

Pas parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce que personne ne leur a jamais fourni les instruments pour le faire, ni même ne les a encouragés à les chercher ni ne les a accompagnés pour les trouver.

Dans ces quelques lignes, je ne prétends pas pouvoir résoudre un problème aussi radical. Plus humblement, je veux simplement faire prendre conscience du caractère déterminant de la période universitaire.

Un antique principe de la vie spirituelle énonce que le futur se construit à partir du présent. Or, il apparait souvent que les questions de l’étudiant le projettent vers l’avenir. Par exemple « quels débouchés m’ouvrira ce programme d’études? » ou « serai-je en mesure de m’accomplir? »

Cependant, si ces questions, d’un côté, révèlent un juste désir de complétude, elles peuvent aussi générer, d’un autre côté, anxiété et perte de confiance. En effet, si l’aspiration pour la vie future ne se trouve pas éduquée et ordonnée chaque jour, l’étudiant s’épuisera devant les efforts et les incertitudes du quotidien.

Un étudiant qui se projette seulement vers le futur finit par se décentrer de l’aujourd’hui, dans lequel il est appelé pourtant à vivre pleinement sa propre existence.

Plutôt que de se questionner uniquement sur son futur métier, il devrait se demander : « que m’est-il demandé en ce moment? » et « en quoi consiste mon bien aujourd’hui, pour cette période de ma vie? ».

Vouloir le présent

On ne peut normalement renoncer au premier principe de la vie universitaire. Pourtant, c’est justement dans celui-ci que beaucoup trébuchent, comme s’ils étaient déchirés entre le passé qui n’est plus et le futur qui n’est pas encore.

Voici donc ledit premier principe : si tu veux le futur, tu dois vouloir avant le présent.

Vouloir le présent universitaire signifie de s’y impliquer, d’y exprimer sa propre responsabilité et sa propre constance.

Désirer le présent signifie surtout mettre de l’ordre dans sa vie, c’est-à-dire chercher le bien qui est possible dans l’aujourd’hui, sans « fantasmagorer » au sujet d’un bien futur, imaginaire et impossible.

Vouloir le présent est réellement une œuvre de l’esprit, qui implique tout notre être.

Vouloir le présent veut dire patienter, combattre les tentations de la résignation et du désespoir, relancer sa propre vie d’études, dans la fidélité aux engagements pris au départ ou, au moins, qu’on a recalibrés tout au long du parcours universitaire.

Accepter l’aujourd’hui dans la vie universitaire est réellement une œuvre de l’esprit, qui implique tout notre être. Ainsi, nous pouvons et devons affirmer que l’étude est une forme d’exercice spirituel.

L’étude et les autres vertus

Je voudrais terminer ce billet en soulevant deux derniers points.

Si l’étude est comme un exercice spirituel, alors il en découle que la vie de l’étudiant universitaire doit être soumise à un discernement continu, à un jugement prudentiel rendant capable de donner la priorité à certains biens et d’en écarter d’autres.

L’étudiant doit savoir se laisser conseiller et porter l’étude dans sa vie et sa vie dans l’étude, et ce, selon un juste équilibre.

Encore, si l’étude est bel et bien un exercice spirituel, alors elle a aussi besoin d’un guide, qui sera surtout celui des compagnons de classe. Ces derniers sauvent l’étudiant individuel du danger que constitue le solipsisme intellectuel, l’isolément de la pensée.

Mais l’étudiant aura aussi besoin de la sage guidance de quelqu’un qui, par expérience spirituel, se trouve en mesure de lui faire comprendre les dynamiques de sa propre conscience.

Il profitera en effet d’un dialogue avec une figure paternelle capable d’illuminer la fatigue de l’étude à la lumière de la Parole de Dieu et d’aider à distinguer les mouvements complexes de l’âme humaine.

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