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Les derniers moines bénédictins d’Écosse

Photo: Jeffrey Déragon
Photo: Jeffrey Déragon
Écrit par Jeffrey Déragon

Des deux côtés du wagon, des centaines de taches blanches éparpillées au milieu de contrées vertes défilent sous les yeux fatigués des quelques passagers qui se rendent à Aberdeen en cette fin d’après-midi. Le train file à vive allure dans les terres du comté de Moray, où l’on compte depuis toujours deux fois plus de moutons que d’êtres humains. Récit de mon séjour à l’abbaye Pluscarden.

À Pluscarden, je trouverai vingt hommes, dont l’âge va de 35 à 80 ans. Certains sont diplômés de l’université, d’autres étaient travailleurs. Tous ont eu ce désir, cet appel, à un moment ou à un autre, de donner un nouveau sens à leur vie.

«The next stop is Elgin», annonce une voix féminine au microphone pendant qu’on voit se dessiner au loin le clocher d’une église. Le train ralentit puis s’immobilise devant une gare modeste où s’entassent déjà, le long du débarcadère, quatre ou cinq taxis. Avec ses 25 000 habitants, ses magasins et ses industries, Elgin ressemble à une ville perdue au milieu d’un champ.

Le chauffeur qui me conduit à l’abbaye ne s’attend visiblement pas à recevoir un client à cette heure-ci. Couché sur son siège, il lit un exemplaire du Scottish Sun en avalant de généreuses gorgées d’Irn Bru, une sorte d’Orange Crush écossais. Ses dentiers baignent dans un gobelet d’eau déposé sur son tableau de bord. «To the Pluscarden Abbey please.» Le chauffeur vide son gobelet d’un trait, puis me fait signe de monter.

En quittant Elgin, le taxi emprunte une route qui, au bout de quelques minutes, rétrécit pour n’être praticable qu’une voiture à la fois. Sur ces chemins, la courtoisie règne, et le chauffeur ne manque pas de saluer de la main chaque passant que nous croisons. Le trajet dure une vingtaine de minutes et me coûte 16 livres (environ 30 $).

Huit siècles d’histoire

À l’entrée du site de l’abbaye, une mère, ses parents et sa fille font sécher leurs vêtements sur une corde accrochée à une muraille de pierre. À droite, au bout d’un chemin qui débouche sur un champ de labours, se trouve la résidence St. Scholastica (Scholastique), nommée en l’honneur de la sœur jumelle de saint Benoît. Le bâtiment, qui a été construit au début des années 1990, sert à héberger les femmes qui viennent séjourner le temps d’une retraite sur le site.

À gauche, un chemin qui serpente sur les flancs d’une colline de feuillus débouche devant la chapelle de l’abbaye. Construite en 1230 sous l’ordre d’Alexandre II, roi des Scots, l’abbaye est ravagée et profanée au fil des siècles suivants lors des raids de l’armée anglaise et lors des batailles de clans locaux avant d’être abandonnée à la fin du 16e siècle. Racheté par le 3e marquis de Bute en 1897, le bâtiment est offert en don à la communauté bénédictine de Gloucestershire, qui le réintègre en 1948.

Face à l’église, on croise un cimetière où trônent des dizaines de croix en bois rongées par des champignons turquoise. Sur chacune d’elle est gravé le nom d’un moine décédé. Un peu à l’écart, un quadrilatère de quelques mètres entourant un bouquet de bouleaux sert de lieu de repos à des enfants nés «endormis». Des jardins, des serres et un verger complètent le domaine, qui est ceinturé par un mur de pierre haut de trois mètres.

Accueil et silence

Je continue mon chemin tandis qu’un homme vêtu d’une tunique blanche s’avance vers moi. Il tire de sa manche une liste de noms calligraphiés tout en me scrutant du coin de l’œil. «Je vous souhaite la bienvenue à l’abbaye Pluscarden», dit-il en me tendant sa main. Conscient de la surprise qu’il a provoquée, le moine m’explique qu’il a fait des études en français avant d’entrer au monastère. «J’ai même déjà fait un court séjour à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac [NDLR: en Estrie, au Québec].»

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À propos de l'auteur

Jeffrey Déragon

Passionné par l’être humain et par son histoire, Jeffrey termine son baccalauréat en journalisme à l’UQAM. Quand il n’est pas dans les livres ou au cinéma, c’est à moto ou sur ses deux pattes qu’il parcourt les routes que la vie veut bien placer sur son chemin. Dans ces moments privilégiés, il aime bien partir à la rencontre de l’autre, s’immiscer un instant dans le quotidien des gens, avec son appareil photo pour compagnon.

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