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Le zoo de Granby version O.D.

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Photo: Christopher Windus/Unsplash
Écrit par Florence Malenfant

Cet été, on a décidé de ne pas faire de gros projets pour les vacances. On s’est dit qu’on ferait ça simplement. Il y avait juste une sortie qui me tenait à cœur : amener les enfants au zoo. Leur faire voir les animaux exotiques, leur payer la traite de poils, de plumes et d’écailles.

On s’est loué un spot pour dormir pas trop loin de Granby, et on les y a amenés, au zoo.

Gros soleil, grosse foule, grosse bouffe, gros animaux, gros fun.

Sincèrement, on en a presque eu pour notre argent (parce que, faut se le dire, ça coute une maudite beurrée!).

Mais je dois avouer que, malgré l’excitation et le bonheur pur dans la face de mes trois gars à la vue des éléphants, des girafes, des hippos et compagnie, j’ai éprouvé un certain malaise éthique ou moral en voyant toutes ces bêtes prises dans leurs enclos, avec leurs petits étangs, leurs faux rochers et leurs arbres plus ou moins feuillus…

Ils ont beau ne pas être maltraités, ces animaux, on est quand même loin des habitats luxurieux que nous présentent toutes les séries de la BBC.

La chasse à l’homme

Depuis quelques semaines déjà, la nouvelle saison d’Occupation Double est diffusée 5 soirs par semaine dans les télés québécoises.

Le concept de l’émission est assez simple : on envoie des gars et des filles, sélectionnés avec soin par l’équipe de production, dans un pays exotique (cette année, par exemple, c’est l’Afrique du Sud).

Le phénomène attire des centaines de milliers de téléspectateurs chaque soir.

Rendus là, on enferme les gars dans une maison et les filles dans une autre (ou deux, nouvelle twist de cette édition 2019).

Chaque maison a une cour délimitée par un mur qui rendrait Trump jaloux.

De cette manière, aucun contact n’est possible entre les candidats et les candidates, sauf lors d’activités organisées par la production. Elle choisit qui fait quoi, et quand.

Chaque semaine, des éliminations ont lieu, lors desquelles les gars renvoient une fille au Québec, ou l’inverse.

Ah oui! Petit détail : « le couple gagnant » a 450 000 $ de prix à gagner à la fin de l’aventure. En fait, pour le gars et la fille qui auront su convaincre le public de voter pour eux à la fin de tout ça.

Le phénomène attire des centaines de milliers de téléspectateurs chaque soir.

On en discute sur les réseaux sociaux, regarde les émissions connexes, les entrevues des « exclus », les coulisses, les moments inédits, coupés au montage. Même les bars se remplissent pour projeter l’épisode du dimanche soir, celui de l’élimination qui dure 1 h 30 au lieu de la maigre demi-heure de semaine.

Ça soulève les passions, tout ça. Comme on dit, le « plaisir coupable » de milliers de Québécois.

Des cages en or

Alors que les programmes sur les animaux envahissent les ondes télévisuelles, pas surprenant qu’Occupation Double soit si populaire…

Sous des apparences de speed dating glamour et médiatisé, OD n’est en réalité ni plus moral ni plus propre qu’un zoo. Peut-être que ça sent plus le parfum… et encore!

En cette ère post-metoo, il n’y a rien de bien chic à observer les gars parler des filles comme des affamés qui voient passer des steaks.

En cette ère post-metoo, il n’y a rien de bien chic à observer les gars parler des filles comme des affamés qui voient passer des steaks.

Rien d’édifiant non plus à constater l’hystérie de certaines quand leur « boy » fait une activité avec une de leurs rivales/besties. Parce qu’ils ont beau vivre ensemble 24 h sur 24 et développer des amitiés avec leurs colocs, tout ça reste une compétition, un « jeu »…

Privés de technologie, de sorties, de liberté, disons-le, et épiés par des centaines de caméras disposées un peu partout dans les maisons, les participants frenchent, magouillent, « jouent » stratégique, vivent des « vraies » peines d’amour, alouette.

Leur isolement les rend vraisemblablement fous. Tout ce qu’ils vivent est exacerbé. Tout est plus intense : les joies, les déceptions, mais aussi la cruise, l’ « amour », la jalousie. Il y a quelque chose d’extrêmement malaisant à les voir aller…

L’expérience qui tourne mal

Le concept me rappelle tristement celui de l’Experiment.

Vous savez, cette expérience qu’un scientifique a menée dans les années 70, où l’on a enfermé des hommes dans une prison, la moitié de ceux-ci dans le rôle des prisonniers, l’autre moitié dans celui des gardiens. C’était à peu près les seuls règlements.

Ai-je besoin de vous dire que l’histoire a mal viré? Pour tout dire, on a dû arrêter l’expérience après 6 jours, au lieu des deux semaines prévues…

Évidemment, le projet de recherche a été fortement critiqué. On a dénoncé son manque d’éthique, de rigueur scientifique. Mais on continue de développer et de diffuser des émissions comme OD.

Sérieux?

On les encourage, on les commandite, on les commente, on y auditionne, on y participe. On les consomme surtout.

Ça dure des semaines.

Et ça coute moins cher que le zoo.

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À propos de l'auteur

Florence Malenfant

Curieuse démesurée, fascinée pour le monde qui l'entoure, doublé d'un intérêt croissant pour l'"autre", la jeune Florence a une affection particulière pour le bouillon de poulet et un faible pour la littérature russe! Détentrice d'un baccalauréat en histoire de l'art à l'université Laval, elle est fraîchement mariée à un incroyable illustrateur et bédéiste dans une revue catho...

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