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Le temps des fruits

Photo: Oratoire Saint-Joseph (Wikimedia-CC).
Photo: Oratoire Saint-Joseph (Wikimedia-CC).
Écrit par Antoine Malenfant

L’attaque au couteau de ce matin à l’Oratoire Saint-Joseph est affligeante. Je suis soulagé d’apprendre que le père Grou est hors de danger et je prie pour son prompt rétablissement.

Sans aucun doute, cet évènement fera couler beaucoup d’encre dans les prochains jours. On essaiera, collectivement et individuellement, de réfléchir aux motifs de l’agresseur, de décortiquer la séquence de ses actions.

Toutes ces démarches sont parfaitement légitimes.

Je crains toutefois que l’on passe à côté de la réelle portée d’un tel évènement si on réduit notre analyse aux éléments idéologiques, sociologiques ou même psychiatriques de l’affaire.

La descente

La première lecture, proclamée ce matin à l’Oratoire et dans toutes les églises du monde, racontait l’histoire de Joseph, fils de Jacob, maltraité par ses frères, jeté dans un puits avant d’être vendu aux Égyptiens.

L’épreuve – physique et spirituelle – vécue par l’une des plus fidèles préfigurations christiques de l’Ancien Testament a mené au salut d’une multitude alors que Joseph est devenu l’intendant prévoyant du pharaon.

Face au mal, la signature de Dieu est de tirer un bien encore plus grand.

Les chrétiens le savent : face au mal, la signature de Dieu est de tirer un bien encore plus grand que la situation antérieure à la faute.

Pas de réserves de blé dans les greniers égyptiens aux temps de sècheresse sans la perfidie des frères de Joseph. Pas de résurrection possible au matin de Pâques sans la trahison de Judas qui a mené au Calvaire. Pas d’Église sans le sang des martyrs d’hier et d’aujourd’hui.

Hors du passage par la kénose, point de salut.

L’automne dernier, mon collègue Alex La Salle rappelait dans nos pages que « Dieu nous dit son amour à travers le langage de la croix ».

Or, si nous disons que nous voulons suivre le Christ et être ses disciples, c’est à l’apprentissage de ce langage que nous sommes appelés nous aussi : dire l’amour de Dieu au monde entier par cette incarnation du mystère pascal dans chacune de nos vies.

La tentation

La tentation sera forte, dans les prochaines semaines : il se trouvera surement un marchand d’assurances ou une compagnie de sécurité pour aller offrir une meilleure protection pour les prêtres et les fidèles célébrant ensemble. Le nombre croissant de profanations et d’actes de vandalisme dans les églises françaises pourrait même servir d’argument de vente supplémentaire.

Il sera très difficile de résister à ce penchant sécuritaire. Mais, à mon avis, céder à cette tentation serait une erreur.

Je crois que la meilleure réponse serait d’ouvrir encore plus grandes les portes des églises.

Paradoxalement, je crois que la meilleure réponse à cet acte de violence et de folie (quels qu’en soient les motifs), serait d’ouvrir encore plus grandes les portes des églises… et les cœurs des fidèles.

*

Je l’écrivais plus haut : du plus grand mal, Dieu peut tirer un bien encore plus éclatant.

Je peux témoigner bien humblement qu’à la messe à laquelle j’ai assisté ce midi, j’ai pu constater une gravité dans les visages et les attitudes d’une beauté inhabituelle.

Si, déjà, cet évènement tragique a pour conséquence directe de nous sortir de notre routine et de notre tiédeur liturgique, il y a lieu d’y voir, peut-être, les prémices des fruits que le Seigneur veut nous donner à travers ce drame.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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