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«Le mariage, un chemin de sainteté» – Paul-Dominique Marcovits, o.p.

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Image extraite d'une vidéo youtube
Écrit par James Langlois

Le père Paul-Dominique Marcovits, o.p., était de passage au Québec la semaine dernière pour prêcher la retraite annuelle des Équipes Notre-Dame. Il s’est aussi arrêté au Montmartre pour donner une conférence sur la spiritualité conjugale du père Henri Caffarel. Si la visite du réputé prédicateur français a été très discrète, Le Verbe a tout de même saisi l’opportunité de lui poser quelques questions.

Le Verbe: Père Marcovits, merci de nous accorder cette entrevue. D’abord, pourriez-vous nous raconter votre appel à entrer chez les Dominicains?

Paul-Dominique Marcovits : Ça été mon rêve dès ma vocation – je ne suis pas normal – j’en connais bien d’autres pour qui ça été très tôt et moi ça été la veille de mes six ans!

Un de mes oncles dominicains me faisait faire ma première communion, c’est lui qui présidait la messe, et je me souviens, à l’élévation, j’ai dit : « ce sera ça ma vie ». Je suis finalement rentré chez les Dominicains à 23 ans.

En quoi consiste votre rôle de postulateur pour la cause de béatification du père Caffarel?

Pour être précis, j’ai été postulateur diocésain pendant huit ans, et après j’ai porté le dossier à Rome, à la Congrégation pour la cause des saints. C’est à la charge maintenant d’un nouveau postulateur. Le postulateur est la tête et c’est lui fait qui fait travailler les autres. Il y a des historiens, des théologiens qui étudient la cause, il fallait récolter tous les dossiers.

Maintenant, je suis rédacteur. Je rédige la cause à partir des dossiers : cinq caisses, plus au moins 6000 pages. À partir de là, il faut construire la positio (la thèse), ce qui comprend la summarium testium (la présentation des témoins et de leurs propos), la summarium documentorum (l’essentiel des documents), et la vita (la biographie et les vertus).

Vous avez donc été le premier à ouvrir la cause; est-ce à dire que vous l’avez connu personnellement?

Non pas du tout. Ce sont les Équipes Notre-Dame internationales qui ont demandé aux Dominicains de me faire postulateur, puisque j’étais conseiller spirituel national pour les Équipes. Ce que j’ai accepté; on ne fait cela qu’une fois dans une vie (rires).

On m’avait demandé d’animer un weekend sur la lecture de la Parole pour les Équipes et les responsables nationaux m’ont ensuite demandé de devenir leur conseiller spirituel national. C’est comme ça que je suis rentré. Je connaissais un peu les équipes, mais pas tellement.

Y a-t-il un lien entre Strasbourg et le père Caffarel, hormis le fait que vous y résidiez?

Non, les Équipes Notre-Dame ont commencé à Paris. Le père Caffarel était originaire de Lyon. Pour différentes raisons que je vous épargne, il a été ordonné à Paris et c’est lorsqu’il était vicaire à Saint-Augustin (là où Charles de Foucauld s’est converti) que des couples ont commencé à venir le voir.

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Pour lire l’article de Jacques Gauthier sur l’oraison selon le père Caffarel, cliquez ici.

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Caffarel

Père Henri Caffarel (1903-1996)

Il a été très longtemps vicaire, sans vraiment travailler pour la paroisse. Dès le début en 1939, l’archevêque de Paris, voyant le ministère qu’il faisait auprès des couples, a béni cela et, à la demande de ceux-ci, l’a libéré pour un apostolat auprès d’eux, à travers notamment la rédaction de L’anneau d’or, une revue qui a eu énormément de succès.

En 1945, il y a un renouveau extraordinaire de l’Église : on sort de la guerre et on a envie de vivre, dans tous les domaines, surtout spirituel et religieux, où le mariage a commencé à devenir un sujet fondamental pour les chrétiens. Avec ce renouveau des mouvements laïques (l’Action catholique), on a commencé à s’intéresser au mariage comme un chemin de sainteté – pour reprendre la phrase fondamentale du père Caffarel.

Quand des jeunes couples ont commencé à venir le voir pour lui demander de l’aide, il leur disait : « vous avez votre sacrement pour vous aider, et moi j’ai le mien, c’est ça qui doit déterminer votre vie, mais avouons-le, on le connait très mal. Donc, cherchons ensemble. »

C’est ce renouveau qui a culminé au Concile Vatican II avec le rappel de la vocation à la sainteté pour tous?

Exactement!

Le mariage est un chemin de sainteté et le sacrement est comme les rails. Et ce qui suit le mariage généralement: le veuvage. J’ai également été aumônier pour le mouvement international des veuves, fondé aussi par le père Caffarel. J’ai donc découvert le chemin du baptême jusqu’au paradis.

Au ciel, on se retrouve quand même. Dieu ne va pas séparer ceux qu’il a unis. Dieu s’est fait homme pour que chaque personne puisse se retrouver personnellement au ciel. On ne sera pas des larves dans un étang!

Comme consacré, qu’est-ce que l’œuvre du père Caffarel vous a apporté?

Elle m’a apporté beaucoup!

Ce que j’ai découvert en arrivant aux Équipes Notre-Dame, c’est qu’elle ne saluait pas n’importe qui, mais le prêtre que j’étais; c’est le prêtre qu’elles aimaient. J’étais extrêmement sensible à cela.

On est ordonné pour le salut du monde, de même qu’on se marie pour le salut du monde, pour témoigner de l’amour.

Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que les deux sacrements au service de la communion sont le mariage et l’ordre : il y a une unité fondamentale entre les deux puisqu’ils sont tous les deux des sacrements de l’amour au service du salut des autres. On est ordonné pour le salut du monde, de même qu’on se marie pour le salut du monde, pour témoigner de l’amour.

Dans la prière pour la béatification du père Caffarel, on peut lire : « Il a montré que prêtres et couples sont appelés à vivre la vocation de l’amour. »

Et c’est là que moi je me sens immédiatement en affinité, car si on n’aime pas les gens, il ne faut pas être prêtre! Il faut les aimer, avoir envie de leur dire quelque chose de Dieu.

En quoi voyez-vous la sainteté chez le père Caffarel?

Lorsque le cardinal Lustiger a dit la messe pour lui, il l’a appelé « prophète pour notre temps ». Le prophétisme n’est pas de découvrir l’avenir, c’est de voir comment Dieu agit dans les gens, les événements pour le dire et pour le montrer.

Alors, ce qu’il a vu à travers les couples qui venaient le rencontrer, c’est la volonté de Dieu : L’anneau d’or, l’accompagnement, les groupes pour les veuves, etc. Il a vu au milieu des laïcs ce que le Seigneur voulait pour eux. En les écoutant, il a vu Dieu parler à travers eux.

La deuxième chose, c’est la prière.

Souffrant d’anémie cérébrale vers 15 ans, il a dû arrêter ses études de droit pour se reposer. Il faisait une à deux heures d’oraison par jour.

Tous les matins, il était enfermé dans sa chambre, sans recevoir personne, il priait, il rédigeait. Il avait une hygiène de vie où tout était centré sur Dieu. C’est pourquoi il disait aux couples : «Dieu est au centre du mariage».

Pour lui, l’oraison est donc la source de tout. Après tout ce n’est pas original, c’est la vie chrétienne!

À propos de l'auteur

James Langlois

Jeune époux et père, James travaille pour Le Verbe comme adjoint au rédacteur en chef. Il a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer.

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