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Le Cardinal Turcotte ou le courage de l’Amour

Illustration: Judith Renauld
Illustration: Judith Renauld
Écrit par Francis Denis

Nous apprenons aujourd’hui une bien triste nouvelle : celle de la perte d’un homme qui fut pour plusieurs un pasteur, un ami, un père. À l’heure où les personnalités publiques prononcent tour à tour leurs hommages, les fidèles de Montréal se rassemblent pour implorer le regard bienveillant du Seigneur en faveur de celui qui les aura accompagnés dans ce pèlerinage terrestre pendant 22 ans.

À la suite de l’annonce du décès du † Cardinal Jean-Claude Turcotte, nous nous sentons tous aujourd’hui un peu plus seuls ici bas. En effet, la mort de l’Archevêque émérite de Montréal nous rappelle que la nature de l’Église est d’être en marche. En marche vers une patrie dont l’entrée se fait un par un. Épreuve difficile pour celui qui s’y engage et qui n’épargne pas ceux qui voient la personne disparaitre à leurs yeux sensibles. Épreuve terrifiante pour celui qui n’a pas appris à voir avec les yeux de la foi. Ce regard qui nous permet d’être en présence de ceux qui dans le Christ se retrouveront au jour de la Résurrection.

Pour les croyants, la mort est donc aussi un moment d’action de grâce. Chacune de nos vies étant une manifestation concrète de la Grâce dans l’histoire, il est important de découvrir ce que Dieu voulait nous dire à travers la vie du Cardinal Turcotte. Répondre à cette question nous permettra de mieux comprendre la juste valeur de ce cadeau de Dieu que fut la vie de ce désormais défunt Prince de l’Église.

Un pasteur de proximité

Loin de moi la prétention de résumer la vie du Cardinal Jean-Claude Turcotte! Je crois que toutes les biographies du monde ne suffiront jamais à discerner la valeur de la vie d’une personne humaine. Toutefois, puisque « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8), je crois que cette parole est aussi en mesure de qualifier la vie de cet homme d’Église qui Lui a spontanément offert sa vie à l’âge de 23 ans lors de son ordination sacerdotale. Cet appel à l’Amour, il le ressentit très jeune, non pas pour le garder jalousement, mais pour le transmettre à son tour.

Ce n’est un secret pour personne, le Cardinal Turcotte fut toujours un homme près des gens, près de quiconque avait besoin d’une écoute attentive et d’un soutien pour faire face aux adversités de la vie. En ce sens, un de mes amis prêtre me confiait qu’une de ses forces était d’accompagner et de comprendre les prêtres dans leur réalité et de leur faire sentir sa proximité.

Très jeune, il s’investit, comme aumônier, auprès de la jeunesse ouvrière catholique, ce qui correspondait à son charisme propre qu’il avait perfectionné lors de ses études à Lille en France où il avait obtenu un diplôme en pastorale sociale. Pour le Cardinal Turcotte, l’engagement social des catholiques fut toujours une priorité.

Loin des illusions actuelles qui réduisent souvent l’Amour à un sentiment frivole, le cardinal Turcotte n’a jamais refusé d’assumer les sacrifices nécessaires à la fidélité au véritable Amour.

Loin des illusions actuelles qui réduisent souvent l’Amour à un sentiment frivole, le cardinal Turcotte n’a jamais refusé d’assumer les sacrifices nécessaires à la fidélité au véritable Amour. En effet, la période où il fut le guide du peuple de Dieu à Montréal pourrait être qualifiée de tout sauf de triomphante. La baisse des vocations, la réduction de l’assistance des baptisés aux Messes dominicales, l’augmentation des divorces dans une société québécoise de plus en plus ouvertement hostile à l’Institution Ecclésiale, tout cela aurait porté la plupart d’entre nous au découragement. Au contraire, le cardinal Turcotte n’a jamais perdu cette confiance en Dieu et en sa miséricorde. Confiance que cette Église en difficulté ne serait jamais abandonnée par Celui qui l’a portée avec Lui jusqu’à la croix.

Du côté des plus vulnérables

Ce courage et cet amour de la vérité s’étaient également manifestés dans ce geste simple, mais non moins symbolique qui l’avait poussé à remettre en 2008 sa médaille de l’Ordre du Canada en signe de protestation contre la décision de cette institution de récompenser le Dr Morgentaler de cette même décoration. En effet, celui qui a toujours entretenu de cordiales relations avec un univers médiatique, qui ne lui rendait pas toujours la pareille, n’a pas hésité à assumer le cout de son capital de sympathies durement gagné pour se mettre du côté des plus faibles, de ceux que l’on refuse même de considérer comme des êtres humains.

Le deuil est un processus qui se vit de différentes manières selon les personnalités. Une chose nous est commune cependant, chacun d’entre nous gardera un souvenir hautement positif de ce personnage important de l’histoire moderne de l’Église au Québec.

Pour ma part, je me souviendrai l’éloquence avec laquelle il avait prononcé l’homélie de la Messe d’action de Grâce pour la canonisation du frère André Bessette à l’église Sant’Andrea della Valle à Rome. Dans cette quasi-basilique romaine, notre défunt cardinal avait réussi à nous faire sentir à la maison. Il nous avait fait comprendre que l’Église du Québec, bien qu’actuellement plus proche du Golgotha que de l’entrée à Jérusalem, pouvait compter sur les bénédictions du ciel et sur l’intercession des saints de chez nous qui, depuis quelque temps, tendent à se multiplier…

À nous maintenant qui sommes toujours sur cette route qu’est l’histoire du salut, il incombe de nous mettre à l’école du Cardinal Turcotte, à la suite de cet homme qui fut toujours prêt à aimer, et à aimer jusqu’au bout.

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

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