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La prise du pouvoir par les sans-calottes

Photo: Galen Crout (unsplash.com / CC).
Photo: Galen Crout (unsplash.com / CC).
Écrit par Alex La Salle

Si l’art de la controverse s’est perdu (quelque part entre les deux guerres), Alex La Salle s’affaire à maintenir en vie ce type de joute littéraire qui, au risque de froisser quelques surplis bien repassés et quelques t-shirts fluos de « JÉSUS », a au moins l’avantage de nous servir la langue de Bloy comme remède à la langue de bois.

*

“Si une erreur s’introduit dans les esprits, c’est grâce toujours à quelque vérité qu’elle déforme. Il doit y avoir au coeur de la Réforme luthérienne quelque illusion foncière qu’il importe de rechercher. Pour cela, il n’est pas de meilleure méthode que d’interroger les réformés eux-mêmes.

Que nous disent-ils? Ils nous disent que l’essence de la Réforme, c’est d’élever l’Esprit contre l’Autorité, l’énergie de l’homme maitre de son jugement contre des idées mortes et des conventions mensongères imposées du dehors.”

– Jacques Maritain, Trois réformateurs (1925)

 

La vieille Église catholique d’avant Vatican II est bien morte. En quelques décennies, nous sommes passés de la crispation autoritaire de la hiérarchie antimoderne à la collégialité faussement ouverte des équipes pastorales progressistes; du vieux cardinal réactionnaire et infatué, enrubanné dans sa cape et son rochet, au bon gros curé social-démocrate à bedaine et chandail de laine; du rigorisme guindé d’un clergé souvent inculte, imbécile et inquisiteur à la mise au rencart du concept de péché par des franciscains à guitare; de la défense paniquée du dogme par un épiscopat au bord de la syncope à l’institutionnalisation de la dissidence et de l’hérésie dans les facultés de théologie; enfin, des onze vicaires surnuméraires pour seconder monsieur le curé aux onze villages éparpillés pour finir de l’épuiser.

Des séquelles et des sectaires

La vieille Église revêche est bien morte. Seuls quelques bastions d’intégristes pris par la fièvre obsidionale essaient d’en perpétuer le souvenir de manière pittoresque, en jouant à la messe tridentine. Réfugiés derrière le cordon sanitaire d’une peur de la vie maquillée en amour de la morale, ils observent avec un mélange de contentement et d’effroi la décomposition du monde sans Dieu. Gracieusement dotés par le Très-Haut d’une suffisance de cathare, ils cultivent entre eux et pour eux leur pureté. Le cœur corseté jusqu’à la suffocation par les prêches de leurs pasteurs, ils tirent leur maigre joie du fait que les flammes de l’enfer ont trouvé refuge dans leur communauté, après avoir été bannies de « l’Église conciliaire ». À force d’obéir fièrement au surmoi qui leur sert de dieu, ils se laissent momifier par l’orgueil spirituel en appelant ça la sainteté.

L’Église vermoulue d’avant Vatican II est bien morte. Mais elle survit toutefois comme un spectre dans la psyché traumatisée de ses victimes ou dans l’imaginaire des hommes élevés en batterie dans le petit enclos de la modernité. Ces derniers forment une cohorte de zombis idéologiquement possédés, de fashion victims intellectuelles qui carburent au mythe de la grande noirceur et qui s’imaginent que la Pentecôte a eu lieu vers 1960.

Victimes réelles et fashion victims sont parfois les mêmes, mais pas toujours. Les premières restent hantées, et c’est compréhensible, par un passé où le conformisme social et la violence psychologique avaient le visage de la religion catholique. Les seconds, nourris au petit lait de l’égalitarisme contestataire, sont littéralement obsédés par la persistance de toute trace de Tradition.

Ces fashion victims ont d’ailleurs fait de la détestation de « l’Église-Institution » leur fonds de commerce idéologique.

Les seconds ont d’ailleurs fait de la détestation de « l’Église-Institution », garante de la Tradition, leur fonds de commerce idéologique et ils montent aux barricades dès que le dogme, le droit canon ou la discipline des sacrements font obstacle à leur infatigable furie réformiste.

Un semblant de définition claire, un reste de solennité dans la liturgie, un confessionnal qui ne sert toujours pas d’armoire à balais ou encore un évêque qui persiste à prendre des décisions, tout peut faire pousser des cris d’orfraie aux militants du sensus fidei et de la prêtrise pour tous.

C’est ainsi que certains vocables honnis, trop lourdement connotés à leur gout, en viennent à déclencher chez eux des réactions épileptiques. Entre toutes, la prononciation du mot « hiérarchie » (yark caca!) est la plus propice à faire pousser des boutons à nos luthériens en retard de cinq siècles (1).

Étude de cas

La valeur pédagogique de l’exemple n’étant plus à démontrer, nous allons à présent nous pencher sur un cas concret.

On voit poindre ce pestilentiel esprit d’aversion et même d’exécration pour tout ce qui rappelle la verticalité, la hiérarchie et l’autorité en Église, dans une courte chronique publiée en janvier dernier sur le site du journal saguenéen Le Quotidien (2). Comme tout le monde, son auteur, par ailleurs professeur de théologie, y constate le déclin vertigineux du catholicisme occidental, particulièrement marqué au Québec. Mais du constat de fait le plus banal on glisse rapidement vers la présentation d’un nouveau modèle ecclésial intégrant l’équipe d’animation locale (ÉAL). Ce dispositif structurel a du potentiel, mais il excite l’imagination des séditieux qui rêvent d’en faire une sorte de version pastorale des soviets. D’une présentation des ÉAL faussée par l’esprit factieux, on aboutit donc, dans l’article, à la promotion pas très subtile d’un nouveau modèle à répandre et pérenniser, en raison de ses vertus prétendument évidentes, comme celle d’exhaler l’amour fraternel.

On sait qu’en lui-même l’état laïc confère à l’être humain cette vertu d’humilité que le col romain, une fois revêtu, fait disparaitre.

Mais qu’a-t-il de si formidable, ce modèle contrefait? En quoi constitue-t-il pour nous, catholiques, une « pousse d’espérance », comme nous aimons à dire dans notre sabir pastoral affreusement cul-cul?  Vous l’avez deviné, il a le grand, l’énorme, l’immense mérite de n’être pas (ou si peu) hiérarchique! Il se fonde sur l’abolition des privilèges sacerdotaux! Et bien qu’il ne parvienne pas à faire du sacerdoce une chose purement décorative, aussi accessoire qu’un surplis, il rend au moins les prêtres comptables de leur gestion des ustensiles sacrés devant le Tiers état laïc.

En clair, il consacre la fin de l’Ancien régime clérical et la prise du pouvoir par les sans-calottes, cette classe ecclésiale maintenue trop longtemps dans la servitude, mais appelée aujourd’hui à briser le joug des soutanes tyranniques pour instaurer un leadership « plus humble ». (On sait qu’en lui-même l’état laïc confère à l’être humain cette vertu d’humilité que le col romain, une fois revêtu, fait disparaître immédiatement du cœur des hommes.)

En somme, c’est le rêve d’une nuit du 4 aout catholique aboutissant à l’alignement ecclésiologique sur la United Church. Original.

Refus de la compulsion contestataire

Je pense qu’il n’est pas besoin de gloser sur ces idées de réforme faisandées pour en faire voir l’abyssale niaiserie et platitude. Mais c’est une niaiserie qui flatte le démocratisme puéril et compulsif de certains, et qui pour cette raison risque de faire florès auprès des nouvelles générations de catholiques progressistes à l’esprit parasité par les paradigmes politiques de la gauche. (Verrons-nous un jour la fin de ce déluge idéologique progressiste qui donne à l’orthodoxie catholique, à l’intérieur même de l’Église, l’allure d’une arche minuscule, violemment ballotée par les flots?)

Si nous voulons des petits groupes d’évangélisation, nous devons nous appuyer sur la complémentarité des états de vie, qui est une grâce pour notre Église.

Qu’on me permette en tout cas de dire ceci: le projet d’implantation d’équipes d’animation locale dirigées par les laïcs n’a nullement besoin, pour être promue, d’être artificiellement couplé à l’anticléricalisme le plus primaire et le plus éculé. Et il n’a pas à servir de remorque à un idéal contestataire pouet pouet.

Si nous voulons des équipes d’animation et des petits groupes de vie fraternelle et d’évangélisation dignes de ce nom, nous n’avons qu’une chose à faire: nous appuyer sur la complémentarité des états de vie, qui est une grâce pour notre Église.

Cette grâce fait notre richesse et notre splendeur. Elle permet de déployer la plénitude des moyens de la mission, en coordonnant l’action agile de l’infanterie légère (le laïcat) avec la force de frappe de l’artillerie lourde (les sacrements qui sortent des mains des prêtres).

Enfin, détail de l’histoire, cette grâce trouve son origine dans la volonté du Christ d’avoir à son service des personnes qui se sont faites eunuques pour le Royaume. Mais par souci d’égalité on nous dira, j’imagine, que Jésus, qui se la joue un peu trop depuis l’Ascension, n’a pas plus voix au chapitre qu’un autre. Il peut bien avoir le Verbe haut celui-là, il ne doit pas pour autant abuser de son droit de Parole.

*

La vieille Église catholique d’avant Vatican II est bien morte. Elle est morte depuis longtemps. Tellement longtemps qu’il n’est plus possible que ce soit elle qui meurt encore aujourd’hui, sous nos yeux éperdus.

Non, l’Église qui se décompose devant nous comme une lépreuse n’est pas la vieille Église préconciliaire, avec ses manies de vieille fille picosseuse et acariâtre. C’est celle de ceux qui n’ont eu de cesse de dépecer le corps mystique depuis cinquante ans, en rêvant d’un Vatican III, IV ou V.

Aujourd’hui, ils voient leur « œuvre » pourrir sur pied sans avoir porté un fruit qui demeure.

 

[Sur le même sujet: « La distinction et les rebellocrates », d’Antoine Malenfant.]

 

__________

Notes :

(1) Pour tous ceux qui ne sont pas familiers avec la rhétorique catho-progressiste dégoulinante de bons sentiments, spécifions que l’adjectif « hiérarchique », mais aussi le substantif « dogme » ou le syntagme « Église institution », sont des termes utilisés comme repoussoir par les contestataires qui les vocifèrent pour dénoncer la structure traditionnelle de l’Église et promouvoir un modèle ecclésiologique de rechange, censé nous rapprocher de l’idéal apostolique de Ac 2, 42s. En vérité, leur bucolique utopie pastorale n’a pas grand-chose à voir à avec le modèle néotestamentaire. En revanche, elle a (relativement à ses sources philosophiques et à sa phraséologie de songe-creux) de frappantes ressemblances avec l’idéal hippie de la commune de poteux, dont elle ne diffère en vérité qu’au plan olfactif, les chrétiens préférant la fumée d’encens à celle du chanvre enchanté.

On peut penser que j’exagère, que je pousse un peu loin mon humour de cabotin. Mais n’est-il pas vrai que les promoteurs de l’un et l’autre éden cultivent un même idéal niveleur, qu’ils communient tous dans une même détestation profonde envers la société traditionnelle et l’Église catholique? Cette dernière en particulier concentre sur elle toutes les haines, en raison de sa prétention séculaire, qui la leur rend odieuse, à former une « société humano-divine hiérarchisée [ouach!] constituée du clergé (ceux qui gouvernent) et des laïcs (les gouvernés) ». On l’aura compris, la matrice commune à tous ces paradis chimériques qui ressortissent à l’eschatologie gauchiste et que l’on imagine pleins de vallons délicieux et de frais coteaux, c’est la passion moderne pour l’égalité, donc pour une de ces idées chrétiennes devenues folles (je paraphrase Gilbert. K. Chesterton qui parle de “vertus chrétiennes”).

Si nous en avions le loisir, il serait instructif de remonter jusqu’aux fumisteries de Charles Fourier sur l’harmonie universelle, et plus loin encore jusqu’aux élucubrations faites à partir des thèses de Joachim de Flore concernant le règne du Saint Esprit, pour faire la généalogie de ces conceptions utopiques des rapports entre les hommes. Mais il est vrai que, dans le cas choisi pour notre étude, le chroniqueur n’abolit pas toute forme d’autorité. Dans les « petites communautés » qu’il appelle de ses vœux, il y a « une nouvelle forme de leadership, plus humble, plus ajusté à la réalité d’aujourd’hui, reconnaissant que tous et toutes possèdent un sens de la foi qui trouve son inspiration dans l’Esprit Saint et dans l’Évangile. » Chose fascinante: il suffit de lire Lumen Gentium n° 12 pour s’apercevoir que c’est déjà ce que l’Église vit et enseigne! Mais on ne lit plus les documents de Vatican II. C’est trop réac!

Si on s’aventurait pourtant à lire cette constitution dogmatique, on s’apercevrait par ailleurs que les pères du Concile n’ont pas omis de mentionner deux éléments sans lesquels l’Église n’est plus l’Église, à savoir “les vérités concernant la foi et les moeurs” et “la conduite du magistère sacré” – autrement dit le dogme et l’autorité ecclésiale, supportés par le principe hiérarchique. Est-il besoin de le dire? Ce principe a son fondement dans l’autorité apostolique, instituée par le Christ. Il faudrait donc rompre une fois pour toutes avec nos manies d’adolescents rétifs et comprendre que la hiérarchie est non seulement un principe de vie nécessaire au développement des sociétés, c’est aussi, pour ceux qui vivent dans le giron de l’Église, un don de Dieu. À ce sujet, il faut lire Lumen Gentium n° 4, qui parle des diverses grâces reçues de l’Esprit Saint, dont  les “dons hiérarchiques”. En méditant ce passage, on va peut-être enfin commencer à croire que la hiérarchie a vraiment été voulue par Dieu, et pas seulement par Constantin.

(2) Cet esprit s’étale de manière encore plus flagrante dans cette chronique d’aout 2018 qui détaille une sorte de plan de réforme d’inspiration bolchévique passant par la prêtrise pour tous, le mariages des ministres consacrés, mais surtout la prise du Palais d’hiver par les laïcs.

Version augmentée le 18-02-19 à 19:58 et mise à jour le 20-02-19 à 16:08, puis le 24-02-19 à 1:53.

À propos de l'auteur

Alex La Salle

Alex La Salle a étudié en philosophie, en théologie et détient une maîtrise en études françaises. Il travaille en pastorale au diocèse de Saint-Jean-Longueuil.

9 Commentaires

  • Je considère généralement que la publication d’un texte sur une plateforme est une invitation pour quiconque veut débattre à le faire normalement sur le lieu où il est publié. Il arrive généralement que cela se passe plutôt sur Facebook, Twitter ou autre, lorsqu’un auteur ou un lecteur partage la publication. Mais de reprendre quelques-uns des textes d’un auteur afin de fanfaronner sur une autre plateforme me paraît moins délicat. C’est pourtant le choix que vous avez fait, comme bien d’autres de mes détracteurs qui se goinfrent d’un vocabulaire pompeux et affecté pour dire des choses assez simplistes sur leurs forums, et tout aussi bien que vous.
    Mais puisque votre rédacteur en chef a pris la peine de m’inviter à vous lire et à débattre, je veux bien jouer le jeu…
    Tout d’abord une réaction sur la forme. Il est si facile de décrier les autres en les qualifiant de toutes les épithètes péjoratives et d’user d’un style englobant qui donne à penser que ces « sans-calottes » sont du même acabit et qu’ils mangent tous et toutes à la même table. Vous me comptez donc parmi « des hommes élevés en batterie dans le petit enclos de la modernité », au sein d’une « cohorte de zombis possédés », de « fashion victims » qui croiraient que le monde a commencé en 1960. Et vous ajoutez, comme si cela n’était pas assez, que « nous » serions « nourris au petit lait de l’égalitarisme contestataire », « obsédés par la persistance de la Tradition », que notre « détestation de l’Église-institution » ne serait, en fait, qu’un « fonds de commerce idéologique », comme si nous avions quelque chose à vendre et que vous identifiez à notre « infatigable furie réformiste ». Et bien avant d’avoir commencé à proposer quoi que ce soit, vous poursuivez votre attaque : nous ne serions que des « militants du sensus fidei et de la prêtrise pour tous », d’« épileptiques » dont le déclencheur viendrait de la seule évocation du mot hiérarchie. Vous enchaînez avec ce qui vous paraît être l’insulte suprême (!) de « luthériens arriérés »… C’est alors que, prenant mon cas personnel comme exemple de tout ce que vous « nous » prêtez comme péchés, vous poursuivez dans la même veine, ne sachant pas mettre une idée sans une injure que vous saupoudrez abondamment avec la prétention de pouvoir comprendre les idées que je défends, laissant vos lecteurs apprécier « l’étendue » de votre éloquence et plus encore de votre mépris.
    Je vois difficilement comment débuter plus mal un débat sur des idées auquel votre rédacteur en chef me convie!
    Relisant votre « analyse », j’en arrive à déterrer un ou deux arguments sur lesquels nous pourrions éventuellement débattre…
    Tout d’abord, faut-il absolument lier « un anticléricalisme primaire et éculé » au développement des « équipes d’animation locale »? Bien sûr que non. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais… Dans ce texte que vous citez, je me permets de valoriser l’engagement de baptisés, femmes et hommes, qui prennent à bout de bras des paroisses délabrées, tentant de maintenir des services, de l’animation, des célébrations, du soutien aux malades et j’en passe, alors que les « permanents » ne peuvent plus assumer parce qu’ils sont récupérés pour les urgences structurelles, sacramentelles et les funérailles. Ce texte se voulait explicitement une tape dans le dos de toutes ces personnes, souvent très âgées, qui tentent de comprendre ce qu’on attend d’elles alors que rien ne les a préparé à un tel sauvetage. En décrivant que ces équipes étaient sans prêtre, vous en déduisez que mon constat contribue à dévaluer le rôle de ces derniers. Or il n’en est rien. Et j’endosse parfaitement votre affirmation à l’effet que « Si nous voulons des petits groupes d’évangélisation, nous devons nous appuyer sur la complémentarité des états de vie, qui est une grâce pour notre Église. » Ça vous bouche un coin? Comment un anti-hiérarchie peut-il admettre une telle complémentarité? Tout simplement parce que je travaille avec des prêtres, des diacres, au moins un évêque et que je ne joue pas à ce jeu de dévaluer le rôle de quiconque. Et aussi que je sais reconnaître la bonté, le don de soi, le charisme et le témoignage de tous ces disciples du Christ que la vie a mis sur ma route.
    Je relis le reste de votre texte et je ne trouve, finalement, aucune autre idée à débattre. On pourrait bien arguer sur « les eunuques » et regarder le témoignage de bon nombre d’entre eux… Il serait alors possible d’imaginer un Jésus reprendre sa parole en se demandant, comme Yahvé avec Isaïe, qui pourrait-il bien envoyer vers le peuple, et ne trouver que des laïcs à la bouche impure! Mais cela serait un autre sujet.
    Vous m’attaquez, mais plus encore, vous attaquez un courant de fond qui peut, je le crois, constituer l’un de ces signes des temps dont la scrutation est devenue un devoir de l’Église, selon Gaudium et Spes (oui, j’ai lu les décrets conciliaires, imaginez-vous). « L’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique. » Cette Église est-elle en phase avec son devoir ou se contente-elle d’être à la remorque d’un Évangile qui se révèle et se répand « malgré elle » dans le monde?
    Est-ce que je me prends pour un interprète de l’Esprit Saint? Pas du tout… Mais ma voix se joint à celle de tant de baptisés qui n’ont pas quitté le Christ et encore moins l’Évangile, mais qui n’arrivent plus à voir dans le visage de l’institution et du cléricalisme qu’elle entretient (ça y est, j’utilise les mots qui vous font vociférer) telle qu’elle se présente depuis le Concile, souvent rigide, cléricale, moralisatrice, le visage de Jésus, le Vivant, le doux et humble, le Chemin et la Vérité sans omettre son cœur miséricordieux.
    Pour terminer, puisque vous vous arrogez le droit de me juger publiquement, parmi d’autres que vous ne nommez pas, voyant dans mes positions des « niaiseries démocratistes puériles et compulsives », je me permettrai simplement de vous renvoyer à votre manque flagrant du sens de la communication le plus élémentaire. Vous savez aligner des superlatifs plus insignifiants les uns que les autres. Ceci est à la portée de n’importe quel autodidacte qui sait lire un dictionnaire… Mais cela ne vous rend pas intelligent pour autant, surtout au niveau du cœur, là où se trouve le véritable centre de la relation avec Dieu, avec les autres et avec vous-même. Vos mots sortent peut-être de votre tête, mais ne semblent en rien connectés à votre être… Et si je me trompe, alors ce serait encore pire… Car « ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » (Cf. Marc 7, 15)
    Voilà pour l’invitation qui m’était faite et à laquelle j’ai répondu, à contre-coeur… Sur ce, je retourne m’occuper à bâtir une Église qui survivra, si c’est la volonté divine, aux temps présents…

    • “Est-ce que je me prends pour un interprète de l’Esprit Saint? Pas du tout… Mais ma voix se joint à celle de tant de baptisés qui n’ont pas quitté le Christ et encore moins l’Évangile, mais qui n’arrivent plus à voir dans le visage de l’institution et du cléricalisme qu’elle entretient (ça y est, j’utilise les mots qui vous font vociférer) telle qu’elle se présente depuis le Concile, souvent rigide, cléricale, moralisatrice, le visage de Jésus, le Vivant, le doux et humble, le Chemin et la Vérité sans omettre son cœur miséricordieux.” Votre voix, monsieur, n’est plus celle des nouveaux baptisés qui rejoignent le Christ pour se sauver d’un monde ou la licence morale fait des ravages. Ce que vous appelez le “moralisme” et la “rigidité” de l’Église est, pour une nouvelle génération de baptisés, simplement une morale cohérente et qui rend libre, une parole qui contraste fortement avec notre monde triste. Cette cohérence est pour nous, jeunes chrétiens rescapés, petits enfants malheureux de votre « révolution sexuelle », une promesse à laquelle nous ne sommes pas près de renoncer. En fait, la voix dont vous vous faites le porte-parole est en train de s’éteindre avec votre génération et c’est pour le mieux. Elle a déjà fait assez de dommages à l’Église du Christ.

    • Bonjour M. Girard. Merci pour votre réponse. Je vous représente, sous une autre forme, moins abrasive, ma lecture de vos deux articles (en citant d’abord longuement Lumen Gentium, au bénéfice de tous).

      *

      Lumen Gentium parle de “la constitution divine et hiérarchique de l’Église” (n° 43)

      Au chapitre III, intitulé “La constitution hiérarchique et l’épiscopat”, on lit:

      Le Seigneur Jésus, après avoir longuement prié son Père, appela à lui ceux qu’il voulut et en institua douze pour en faire ses compagnons et les envoyer prêcher le Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 13-19 ; Mt 10, 1-42) ; à cette institution des Apôtres (cf. Lc 6, 13), il donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux (cf. Jn 21, 15-17). Il les envoya aux fils d’Israël d’abord et à toutes les nations (cf. Rm 1, 16) pour que, participant à son pouvoir, ils fassent de tous les peuples ses disciples, pour qu’ils les sanctifient et les gouvernent (cf. Mt 28, 16-20 ; Mc 16, 15 ; Lc 24, 45-48 ; Jn 20, 21-23), propageant ainsi l’Église et remplissant à son égard, sous la conduite du Seigneur, le service pastoral tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. (n°19)

      Un peu plus loin, les Pères du Concile expliquent le caractère surnaturel du pouvoir reçu du Christ:

      Pour remplir de si hautes charges, les Apôtres furent enrichis par le Christ d’une effusion de l’Esprit Saint descendant sur eux (cf. Ac 1, 8 ; 2, 4 ; Jn 20, 22-23) ; eux-mêmes, par l’imposition des mains, transmirent à leurs collaborateurs le don spirituel (cf. 1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6-7) qui s’est communiqué jusqu’à nous à travers la consécration épiscopale. Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale [54], est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, que la coutume liturgique de l’Église et la voix des saints Pères désignent en effet sous le nom de sacerdoce suprême, la réalité totale du ministère sacré.” (n° 21)

      En vertu de ce pouvoir auquel il leur est donné de participer par volonté divine, les évêques exercent, de façon permanente, jusqu’à la fin des temps, une autorité spirituelle à trois volets:

      Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté [47]. Ils président à la place de Dieu le troupeau [48], dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement [49]. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux Apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge à exercer sans interruption par l’ordre sacré des évêques [50]. C’est pourquoi le saint Concile enseigne que les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux Apôtres [51], comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ (cf. Lc 10, 16) [52]. (n° 20)

      Enfin, Lumen Gentium fait du collège épiscopal uni au pape le dépositaire du “pouvoir suprême” sur toute l’Église:

      L’ordre des évêques, qui succède au collège apostolique dans le magistère et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel le corps apostolique se perpétue sans interruption constitue, lui aussi, en union avec le Pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église [63], pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain. (n°22)

      Or, dans un des articles de M. Girard, on lit:

      “Il subsiste évidemment des petits groupes attachés à la vision sociétaire et à la structure hiérarchique de l’Église.”

      Ici, le syntagme “structure hiérarchique” est connoté négativement.

      En douterions-nous? Pour dissiper toute équivoque quant au fait que “la structure hiérarchique de l’Église” n’a pas l’heur de plaire à M. Girard, il suffit de lire ceci:

      “[…] il faut repenser la structure pyramidale qui condense le pouvoir vers le haut. Le statut clérical est un système vétuste qui accorde des privilèges et des pouvoirs à certains membres de l’Église pouvant aller jusqu’à les rendre non imputables (sic).”

      Est-ce que M. Girard serait ici en train de nous dire que c’est en vertu de leur pouvoir que les évêques sont rendus ‘’non imputables” (sic). Non, ce n’est pas possible. Car cela reviendrait à dire que Jésus a placé des hommes dans des positions de pouvoir qui leur permettent, de droit divin, tous les passe-droits. Des passe-droits dont peuvent ensuite se prévaloir impunément les pires crapules.

      Ce que M. Girard veut nous faire comprendre, assurément, c’est que des hommes puissants, protégés par un appareil, peuvent être intouchables, dans certaines situations sociales et culturelles, du fait de leur prestige, de leur mensonge et de leur manigance. Or, s’il s’agit simplement de dire que parfois les puissants sont intouchables, nous ne sommes pas là devant une grande découverte. L’histoire de l’Église est toujours un peu, en parallèle, l’histoire de sa corruption – et de sa corruption impunie.

      Reste à lutter contre cette corruption. Quelle devrait être la solution, selon M. Girard? Dépouiller de leur pouvoir les individus fautifs? Non, ce n’est pas assez pour lui. Il faut plutôt transférer le pouvoir des clercs vers le peuple de Dieu. Lisons encore M. Girard:

      “Dans sa dimension d’organisation humaine et sociale, l’Église est […] appelée à la plus grande réforme de son histoire. […] Ainsi la hiérarchie et le clergé ne pourraient plus fonctionner de manière indépendante du Peuple, mais plutôt en lui, se rendant imputables (sic) tant à Dieu qu’à la communauté des baptisés qu’ils doivent servir.

      “[La communauté locale] doit être soutenue dans son droit d’être reconnue pleinement Église du Christ en se dotant de ses propres ministres – formés et reconnus – qui lui seront redevables en toutes circonstances.”

      D’abord, pour bien lire M. Girard, il est nécessaire de savoir ce qui, pour lui, relève de l’organisation humaine et sociale et ce qui relève de la volonté fondatrice du Christ. Ainsi, il faudrait savoir si, pour lui, la hiérarchie, fondée sur la succession apostolique et qu’il appelle “le modèle clérico-hiérarchique”, est une réalité qui trouve son origine en Dieu ou en l’homme. Or, d’après un passage déjà cité, il semble assez clair qu’à ses yeux le fait “clérico-hiérarchique” relève de l’organisation humaine, puisqu’il est prêt à le jeter aux orties. Relisons:

      “[…] il faut repenser la structure pyramidale qui condense le pouvoir vers le haut. Le statut clérical est un système vétuste qui accorde des privilèges et des pouvoirs à certains membres de l’Église pouvant aller jusqu’à les rendre non imputables (sic).”

      Repenser un système vétuste, réformer l’Église, c’est bien. Mais quand réformer l’Église consiste à subordonner l’autorité de la hiérarchie épiscopale à celle du peuple de Dieu, on attaque la fondation divine de l’Église. Et pourquoi donc? Parce qu’on pense à partir des catégories politiques modernes au lieu de s’appuyer sur celle de la théologie catholique.

      C’est ici, en effet, dans ce revirement, que le paradigme moderne vient remplacer le paradigme chrétien. C’est ici que joue à plein, depuis les couches profondes de la psyché moderne, la référence luthéro-sans-culottesque à laquelle j’impute la dérive intellectuelle épinglée dans “La prise du pouvoir par les sans-calottes”.

      Le schéma d’analyse employé par l’esprit moderniste provient en effet de deux sources principales:

      1) l’immanentisme luthérien, qui non seulement fait primer l’intériorité de la conscience inspirée sur l’extériorité du cadre communautaire, mais oppose l’expérience spirituelle intérieure aux lois et aux structures “imposées” de l’extérieur par les Institutions, comme si les cadres extérieurs étaient par définition des réalités aliénantes pour la personne humaine.

      2) le romantisme révolutionnaire qui fait du peuple des humbles le dépositaire du seul véritable esprit d’amour, de l’authentique esprit d’équité, et donc le seul agent social moralement pur, le seul interprète autorisé de la volonté générale et le détenteur légitime du pouvoir, par opposition aux “cadres sociaux”, extérieurs aux peuples et qui l’oppriment en abusant de leur privilège.

      Indépendamment du fait que l’agent du changement soit un sujet individuel (la conscience indignée) ou collectif (le peuple insurgé), c’est toujours la même dichotomie (intérieur/extérieur) qui est convoqué pour justifier l’insurrection et qui sert de critère suprême pour distribuer les éloges et les blâmes.

      S’ébauche ainsi tranquillement une compréhension du monde manichéenne, qui interprète tout à travers le prisme du pouvoir, celui qu’on subit de l’extérieur ou celui que l’Esprit (de l’homme ou du peuple) parvient à faire triompher. Les catholiques nourris aux mamelles de la modernité n’ont évidemment pas manqué d’appliquer cette grille d’analyse à la réalité ecclésiale.

      À travers diverses expériences contestataires ou révolutionnaires, les modernes ont rêvé de faire du politique le premier principe de transformation du corps social. L’Église est-elle confrontée à son tour à de graves problèmes d’abus et de corruption? Spontanément, la solution qui vient en tête concerne, non pas la vie interne du peuple pur, mais les cadres hiérarchiques impurs. La solution est donc “politique”: renversons les vieilles structures, remplaçons-les par de nouvelles! Abattons les élites, mobilisons le peuple (de Dieu)! Abolissons les lois, faisons surgir l’Esprit!

      Ainsi, pour résoudre des problèmes relatifs aux mœurs, on met de l’avant une solution “politique”, de type révolutionnaire, en dépouillant les élites de leurs “privilèges” et en faisant du peuple de Dieu le nouveau dépositaire de la souveraineté spirituelle (plus que le dépositaire, il en devient concrètement la source authentique – et c’est ça l’immanentisme, bien défini par Maritain dans Trois réformateurs). L’idée de restaurer la vie spirituelle pour se réapproprier une théologie digne de ce nom, et donc une vision de Dieu qui augmente notre amour pour lui, ne vient pas à l’esprit du moderne. La solution n’est pas, pour le moderne, contemplative. Elle est toujours administrative.

      Qu’on me comprenne bien ici. Je ne préconise pas une réponse purement spiritualiste aux problèmes actuels rencontrés par l’Église (corruption et abus). Je dis qu’on ne semble pas reconnaître, de façon générale, avec les lunettes modernes (et je ne présume en rien de ce que M. Girard pense sur le sujet) que la carence spirituelle dont souffre la culture ecclésiale est une des sources du problème, et probablement la principale, car tout part de cet abandon de Dieu.

      Je peux parfaitement imaginer que les clercs, informés par l’expérience récente, inspirés par les sciences de la gestion, et conscients du caractère sournois du mal auquel ils s’attaquent, s’adjoignent des laïcs pour constituer de nouvelles instances de contrôles qui empêcheraient la cléricature d’évoluer en vase clos. Un peu d’air frais amené par le laïcat favoriserait certainement la dissipation de cette culture du secret qui rend les structures actuelles étanches à la lumière.
      Mais la grande réforme que M. Girard préconise va bien au-delà de cette collaboration accrue, de cette ‘’complémentarité des états de vie” dans le gouvernement et la régulation de la vie de l’Église. Dans le discours qu’il nous offre, il y a fixation sur le “pouvoir” des clercs et sur la nécessité de le subordonner à celui de la communauté, donc, en clair, de subalterniser les clercs, de les dépouiller de ce “pouvoir suprême et plénier” (LG, n° 22) qu’ils exercent depuis l’âge des pères apostoliques et de leurs successeurs immédiats.

      Mais de quel droit pourrait-on dépouiller ainsi la hiérarchie cléricale de son pouvoir, quand on sait (parce qu’on vient de le lire dans Lumen Gentium longuement cité) que ce pouvoir leur a été octroyé par Jésus, à travers la succession apostolique?

      Si M. Girard pense qu’on peut transférer le pouvoir du collège apostolique aux communautés locales, c’est ou bien parce qu’il ne reconnaît pas l’origine divine du pouvoir, ou bien parce qu’il donne à l’autorité spirituelle des communautés locales préséance sur celles des clercs.

      Par méthode, faisons prévaloir la deuxième hypothèse, plus généreuse. C’est un choix judicieux, car cette hypothèse semble trouver confirmation quand on lit son scénario ecclésiologique de prédilection, déjà évoqué:

      “Ainsi la hiérarchie et le clergé ne pourraient plus fonctionner de manière indépendante du Peuple, mais plutôt en lui, se rendant imputables (sic) tant à Dieu qu’à la communauté des baptisés qu’ils doivent servir.”

      Si on lit bien, on comprend que ce n’est plus le laïc qui est comptable de son activité missionnaire devant le clerc, c’est le clerc qui l’est devant le laïc… et devant Dieu. Mais on ne sait pas qui se porte garant de la conformité des clercs au dessein de Dieu. Qui décide que Dieu est satisfait des clercs ou non? Sont-ce les clercs eux-mêmes, par autorégulation (ce qui n’exclut pas la participation des laïcs)? Ou sont-ce les laïcs?
      Si, comme l’affirme le théologien, “La solution passe forcément par le retour au droit primordial de la communauté locale”, on est autorisé à penser qu’il répondra à ces questions en disant que ce sont primordialement les laïcs, en tant que peuple de baptisés dépositaire de l’Esprit. Et c’est ici qu’on retourne à la posture immanentiste que j’appelle ludiquement le luthéro-sans-calottisme.

      Il faut vraiment se poser la question: M. Girard pense-t-il que le pouvoir et l’autorité en Église viennent de Dieu ou des hommes? En tout cas lorsqu’il écrit que “Le statut clérical est un système vétuste qui accorde des privilèges et des pouvoirs”, on a bien l’impression que le pouvoir dont il est question ne vient pas de Dieu, mais d’un “système”, donc d’une amanchure humaine. Et si nous avons amanché les choses humainement il y a des siècles, je comprends que M. Girard se sente la liberté de les amancher autrement aujourd’hui.

      Le seul problème, c’est que ce n’est pas “le système” qui a donné des pouvoirs à la hiérarchie, c’est Jésus-Christ. C’est écrit dans Lumen Gentium, un important document de Vatican-seulement-II.

      De même, ce n’est pas la communauté qui s’est dotée d’une hiérarchie, c’est la hiérarchie qui, in persona christi, continue à faire naître surnaturellement la communauté, à travers les sacrements, voies ordinaires de la grâce. Ensuite, bien sûr, de nouveaux responsables émergent de la communauté, par appel de Dieu, mais dans le mouvement circulaire qui va de la communauté habitée par l’Esprit à l’émergence des vocations, puis des vocations sacerdotales au renouvellement de la communauté, c’est toujours le principe sacramentel qui est premier. C’est le pouvoir de Jésus-Christ partagé avec ses prêtres qui est premier. Ainsi, il est bien vrai que la communauté fait l’eucharistie, mais c’est d’abord l’eucharistie (Jésus-Christ réellement présent dans les saintes espèces) qui fait la communauté grâce au pouvoir des ministres consacrés par l’onction.

      Les beautés et les vertus de l’ecclésiologie de communion si chère aux théologiens d’aujourd’hui ne doit pas nous faire oublier Celui qui est au principe de cette communion (Jésus-Christ) et par quels moyens Il entend d’abord la préserver et l’étendre (la succession apostolique et le ministère des évêques, chargés de l’évangélisation, de l’administration des sacrements, du gouvernement de l’Église).

      Il ne faudrait pas en tout cas se laisser entraîner sur la pente glissante de la contestation et de la revendication “populaire” au point de s’opposer au Christ en poussant l’absurde jusqu’à le faire au nom de l’Esprit, et aux cris de: “Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves” (Ps 2). Celui qui règne dans les cieux s’en amuserait certes, mais après un moment il nous dirait évidemment qu’il est temps de revenir aux choses sérieuses.

  • Ce que je déplore des propos de ce groupe plus ou moins structuré de l’Église au Québec, c’est cette volonté de plier la doctrine aux mœurs et valeurs contemporaines plutôt que de reconnaître qu’il nous faut y puiser pour faire cesser le transhumanisme ambiant, lequel ne correspond pas nécessairement à la nature humaine telle que voulue par Dieu. Je fais référence à des prises de position très claires dans lesquelles il est proposé de modifier la doctrine pour faciliter l’avortement, le divorce, la reconnaissance des actes homosexuels, etc. Ces gens veulent le beurre et l’argent du beurre: une Église qui permette tout ce qu’ils jugent, eux, convenir au bien-être des gens sans égard à la véritable essence de leur nature humaine.

  • Personne ne veut vivre sa foi dans une communauté de foi psycho-rigide régie par un cléricalisme tyrannique et autoritaire tout comme personne ne veut la vivre dans une communauté hippie. Mais il faut admettre que celui qui critique l’Église institutionnelle a le beau rôle, même si c’est le rôle le plus facile à jouer tandis que celui qui en appelle à l’unité de l’Église à travers l’obéissance à sa hiérarchie et à ses enseignements en arrache pour faire valoir son point.

    Cela dit, je voulais juste remarquer deux choses:
    – Le cléricalisme dont le pape François fait la critique existe bel et bien dans l’Église Universelle mais ses manifestations s’observent ailleurs dans le monde et pas ici. Au Québec,j’ai l’impression, à cause de notre passé, qu’on fantasme un supposé pouvoir excessif des prêtres dans nos communautés qui n’existe simplement plus.

    – Dans ma compréhension de l’histoire de l’Église depuis 2000 ans, je ne suis pas capable de nommer un seul renouvellement de celle-ci ou une nouvelle ferveur qui aurait été causé par moins de morale ou un relâchement des mœurs. Le renouveau de l’Église vient toujours avec un esprit de sacrifice, de pauvreté, de volonté de prendre sa croix, de conversion, de pauvreté, de lutte contre le péché, parfois de durcissement moral et/ou doctrinal; mais jamais – à l’exception de Vatican II selon l’interprétation qu’on en fait (rupture ou continuité)- sur la base d’un compromis avec l’esprit du Monde.

  • À tirer de tous bords toutes tendances, on en viens à ne plus savoir quel partis vous prenez m. La Salle. Voilà un style qui dessert plus qu’il ne sert votre cause; j’en viens à subçonner que tel est le but de l’exercice.

    À trop user de l’ironie et du sarcasme, vous donner à croire que vous ne savez plus vous même où vous en êtes, car il faudrait m’expliquer ce que veut dire ce dernier commentaire, après avoir défendu la hiérarchie dans l’église catholique : “Encore un peu et on va commencer à croire que la hiérarchie a vraiment été voulue par Dieu et pas seulement par Constantin.”???

    Est-ce moi, ou vous seriez tenté par le sophisme? À quoi ça rime tout ça? Moi qui appréciais cette critique de l’enlignement avec l’église unie…

  • Je préfère le commentaire d’Alex ci-haut que son article, même si le style pamphlétaire est permis. Il faut de toute façon accepter que ce style donne des libertés de gonflement, ce qu’Alex reconnait lui-même en se présentant comme “cabotin”. Il faut faire la part du style boursoufflé pour une juste appréciation. Léon Bloy n’est pas Jean Vanier.
    En revanche Alex a en gros raison sur le fond même si Girard n’est pas aussi affreux, juste plutôt bébête et mondain. Car, par exemple, pourquoi la décadence des progressistes ne serait-elle pas un signe des temps? Les séminaires tradis pleins? La relative très bonne tenue de l’opus dei? La décadence/mort du diocèse de Girard? Signes des temps va dans toutes les directions.
    Ensuite dire que l’église est trop moralisatrice c’est évidemment la petite relizion cucu et une distorsion perceptive, très bien vue par Alex. Quand ca fait 50 ans que les mots péché mortel sont censurés, il est évident que c’est l’antimoralisme, donc Girard lui-même, qui est le problème, surtout quand on songe à son poste (dans un diocèse qui a de bonnes chances de mourir il est vrai – signe des temps?). Quand on parle moralisme c’est l’observation empirique des homélies, de la confession, de l’expiation au niveau local qui comptent avant tout.

    Mais plutôt que d’aller dans les détails on peut se limiter à l’allure des textes en gros. Dans le contexte de décadence postconciliaire québécoise et des troupeaux postrévolutionnaires tranquilles faisant pression sur l’église il est très important de considérer l’effet apologétique ou contre-apologétique. Or il est évident que Girard, même sans le vouloir, ajoute de la pression à celle des troupeaux donc entretien la contre-apologétique, probablement le comble de l’inadaptation dans le contexte, tandis qu’Alex avec ses outrances a un excellent effet apologétique dont il doit être remercié. Je lui fait remarquer toutefois que sa description du passé préconciliaire est tout aussi scandaleuse que ses outrances dans l’autre sens et qu’il ne comprend visiblement rien à la forme extraordinaire du rite romain.

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