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La crèche, ça chlingue

Photo: Sophie Dale (unsplash.com).
Photo: Sophie Dale (unsplash.com).

Le tapage publicitaire, le bruit partout des cantiques sirupeux, et le chapelet de partys en décembre sont-ils une préparation pour une fête ou plutôt un maquillage pour masquer notre désespérance ? Petite méditation en odorama sur le mystère de l’Incarnation.

Tout comme la Parole, l’Espérance nait dans le silence. En marge de tout ce tourbillon.

Et Noël, c’est le Verbe divin qui prend chair dans le silence de la nuit. Pas à midi, au zénith ; pas à l’heure où les boites de comm envoient généralement leurs communiqués de presse. Pas à l’heure du bulletin de nouvelles non plus.

Ce point central de l’histoire, cet axe qui fait tout basculer, se déroule la nuit : ce moment durant lequel on est le plus vulnérable, pas vraiment conscient de ce qui se passe ; ce moment où les insomniaques angoissent à l’idée de demain et où les bébés font des dents.

Pensez au Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli. Au moment de la Nativité, l’action se déroule dans une étable aussi sombre que les aisselles d’un ours noir.

Détails olfactifs

Le film de Zeffirelli a imprimé dans notre esprit de bien belles images représentant l’Incarnation. Mais justement, qui dit incarnation, dit chair. Et qui dit chair, dit odeurs.

Et c’est là la limite des jolies représentations de Noël : il manque l’odorama.

(Je ne parle pas de l’odeur de la buche dans le foyer, du sapin dans le salon, de la tourtière de grand-maman dans le four… et encore moins de la toute nouvelle fragrance de Glade.)

Qu’il s’agisse d’une étable ou d’une grotte (ou pire, d’une étable dans une grotte), le niveau d’humidex amplifie les parfums. Et quand je parle de parfums, il ne s’agit pas uniquement de l’odeur de sainteté de Notre Dame. Je parle de tout ce qu’il pouvait y avoir dans le foin, hormis le petit Jésus.

Vous voyez ? Ou plutôt : vous humez ?

Or, il me semble que toute la bonne nouvelle se situe précisément ici.

La scène de la crèche est parfaite. Du moins… elle semble parfaite.

Les bergers oublient, un instant, qu’ils appartiennent à une classe sociale misérable. Le bœuf est bien peigné. Et l’âne, pour une fois, n’a pas fait à sa tête.

Bien sûr, il y a Marie qui, comme c’est le cas depuis le jour de son immaculée conception, ne fait rien de travers.

Puis, il y a Joseph (dont le nom signifie à peu près « Dieu en rajoute une couche ») qui se prépare mentalement à changer sa première Huggies.

Aussi, on retrouve les anges sur le party et leur ensemble de cuivres qui jazzent un Hosanna. Les bergers qui oublient, un instant, qu’ils appartiennent à une classe sociale misérable. Le bœuf : bien peigné. L’âne qui, pour une fois, n’a pas fait à sa tête. L’étoile – qui a le sens du timing – s’est arrêtée juste au bon endroit, au bon moment.

Sans compter les mages qui se pointent avec leurs trouvailles du dernier #BlackFriday !

La scène est parfaite. Ou presque.

Comme une étrange prophétie anticipant toutes les prochaines naissances du Messie dans nos vies, les odeurs nous rappellent que le Seigneur choisit de venir spécialement là où ça sent mauvais.

Déranger nos plans

Enfin, Dieu se pointe dans nos vies comme un enfant. Ce n’est pas un détail et encore moins un hasard.

L’enfant est toujours celui qui déjoue nos plans.

Il dérange, tôt ou tard. Et déranger, c’est faire le désordre dans ce qui est bien « rangé ». Bien rangé comme une Palestine sous occupation romaine, avec ses soldats en lignes bien droites, avec sa bureaucratie provinciale, etc.

Ça, c’est pas mal nos vies – ou nos désirs bourgeois de vie organisée. En tout cas, ces jours-ci, c’est mon petit rêve à moi : dormir huit heures par nuit, caresser un fonds de retraite bien garni, avoir des enfants obéissants, etc.

C’est précisément là qu’il me rencontre : dans ma crèche, dans le berceau de ce qui est le plus vulnérable chez moi.

Mais Dieu-qui-se-pointe, c’est Dieu-qui-me-dérange.

L’iconographie orientale n’est pas chiche en exemples nous rapportant le parallélisme entre le bois de la mangeoire et celui de la croix ; le berceau du Messie y est étonnamment semblable à un cercueil.

D’ailleurs, c’est précisément là qu’il me rencontre : dans ma crèche, dans le berceau de ce qui est le plus vulnérable chez moi, dans ma croix.

Et la Nativité du Christ – en ce qu’elle contient déjà l’annonce de sa Passion et de sa Résurrection – ouvre sur la promesse de transformer ce qui, en moi, chlingue fort la crèche.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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