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Joyeux Noël (ou comment faire de moi un anarchiste)

Tranchée britannique dans la Somme, juillet 1916 (Wikimedia - CC)
Tranchée britannique dans la Somme, juillet 1916 (Wikimedia - CC)
Écrit par Sylvain Aubé

J’ai récemment visionné Joyeux Noël, un film paru en 2005 portant sur la Première Guerre mondiale. Lorsque je lui ai mentionné ce film, mon épouse a spontanément affirmé qu’il est dégoulinant de sentimentalisme. Je dois admettre que c’est exact. Les émotions des personnages sont à l’avant-plan du début à la fin du film ; les grands idéaux n’y sont pas abordés de façon explicite. Mais c’est aussi le film qui m’a le plus fait détester ce que l’autorité humaine peut devenir.

On y voit des hommes qui, pour la plupart, ne souhaitent rien d’autre qu’une vie humble et productive parmi les leurs. Des hommes courageux qui sont prêts à mourir pour leur pays. Des hommes qui n’ont rien à gagner dans la Grande Guerre, mais qui y sont engouffrés en masses. Des hommes qui, malgré leur patriotisme, finissent par fraterniser avec les soldats ennemis et sont disgraciés par leurs supérieurs. Mais avant d’explorer les enjeux soulevés par ce film, rappelons le contexte de la Première Guerre mondiale.

Grandiose et absurde

Des nations entières furent embrigadées dans l’effort de guerre, les hommes au front autant que les femmes dans les usines. Des régions entières furent dévastées par les nouvelles technologies militaires et prirent ainsi l’apparence de paysages lunaires. Des vagues d’hommes se ruèrent vers les tranchées ennemies pour s’y faire broyer par les obus, les mitrailleuses et les baïonnettes.

En bref, le génie scientifique et l’héroïsme moral furent conjointement mis au service d’une œuvre de mort sans précédent. Le meilleur de l’humanité s’est mis au service du pire. Les plus grandes qualités de l’être humain se vouèrent à une guerre particulièrement absurde.

C’est bel et bien ce que fut la Première Guerre mondiale.

Toutes les nations belligérantes de la Première Guerre mondiale suivaient la même idéologie…

Au-delà des explications économiques, on peut comprendre cette guerre par sa dérive idéologique. Contrairement à la Deuxième Guerre mondiale, durant laquelle des idéologies radicalement opposées animaient chaque camp, toutes les nations belligérantes de la Première Guerre mondiale suivaient la même idéologie: le nationalisme. Les Français, les Allemands, les Britanniques, les Russes, les Autrichiens et les Turcs tuaient et mouraient tous pour leur patrie.

Le pouvoir corrompt

Comment en est-on arrivé là? Comment des millions d’hommes de bonne volonté ont-ils fini par s’entredéchirer au nom d’une idéologie commune? En laissant le pouvoir politique devenir toujours plus dominant.

C’est l’exercice d’un pouvoir démesuré qui permet les boucheries les plus absurdes. Et la modernité a vu naitre des moyens techniques et sociaux permettant d’établir un pouvoir plus totalitaire que celui des empereurs de l’Antiquité.

L’homme naturel n’est pas un saint, mais le pouvoir peut faire de lui un démon.

L’homme naturel n’est pas un saint, mais le pouvoir peut faire de lui un démon. Les gens simples qui se réjouissent de partager leur vie avec leur famille et leurs amis ne peuvent pas élaborer le contexte politique abominable qui a mené à la Grande Guerre.  Seuls les ambitieux, les seigneurs du monde qui forgent le destin des multitudes, cherchent leur gloire dans l’anéantissement de ce qui leur résiste.

Ces gens existent aujourd’hui comme ils existaient il y a un siècle. Le nationalisme belliqueux et la guerre des tranchées ne risquent pas de hanter l’Occident dans l’avenir prévisible, mais nous n’avons aucune raison pour croire que ceux qui nous gouvernent sont plus bienveillants qu’ils ne l’étaient auparavant. Les puissants d’hier ont mené la civilisation jusque dans l’abime ; les puissants d’aujourd’hui ne sont pas plus vertueux.

C’est à ce danger permanent que répond l’anarchisme. Contrairement aux idées reçues, l’idéal anarchiste n’est pas un chaos social où chacun agit comme bon lui semble. L’anarchisme prône plutôt un ordre social où la seule violence légitime est défensive. Il faut se souvenir que toutes les lois coercitives dépendent de la violence, puisque notre respect de ces lois repose ultimement sur la crainte d’être violentés par les forces armées du gouvernement.

Ainsi, l’idéal anarchiste rejette toutes les obligations légales non-consenties, toutes les normes sociales imposées contre la volonté des individus, tous les « choix de société » déployés par l’État. L’anarchisme vise à minimiser le pouvoir que les gens exercent les uns sur les autres.

Je ne suis pas anarchiste mais, quand je suis exposé à un récit comme celui de Joyeux Noël, je suis tenté de me rallier à cette marge politique.

À propos de l'auteur

Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

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