fbpx
Blogue

Jean Tremblay et les bienpensants

Photo tirée de Facebook
Photo tirée de Facebook
Écrit par Michaël Fortier

Je suis de plus en plus enclin à croire que les interventions de Jean Tremblay ont la propriété de faire lever, comme on le dit d’un pain, la médiocrité des sphères soi-disant pensantes.

Le scénario est toujours le même: chaque intervention est prestement condamnée par les journalistes et les fonctionnaires de l’intelligence qui peuplent les cégeps et les facultés de sciences humaines, avant de faire l’objet de récupérations individuelles au sein de l’immense cohorte des magnanimes qui en profitent pour se faire du capital humanitaire aux dépens du maire Tremblay. C’est une symphonie de médiocrité à cinquante mouvements, brillamment interprétée par l’orchestre philharmonique du néant sonore, dont le thème principal – l’importance de « la » science, du savoir, de la pensée – est inlassablement répété dans une surenchère de lieux communs et de bonnes intentions.

À force d’exaspération, j’en suis venu à éprouver une franche sympathie pour Jean Tremblay. D’abord, pour une raison qu’on pourrait dire identitaire; le maire Tremblay étant l’une des seules figures publiques à se dire ouvertement catholique.

À travers les reproches qui lui sont adressés, on perçoit l’incohérence des critiques du catholicisme. D’un côté, on a accusé le catholicisme d’élitisme (surtout par rapport à l’enseignement catholique : cours classiques, facultés de théologie, etc.). D’un autre côté, avec le maire Tremblay, il est taxé d’obscurantisme ou d’anti-intellectualisme.

Ce paradoxe n’a rien de bien surprenant, puisque les détracteurs du catholicisme, quand bien même ils se revendiquent du côté du savoir et de « la » science (représentée ici, j’imagine, par un lobby écologiste), se soucient bien moins de la raison que de bafouer l’Église, faute de pouvoir l’anéantir complètement et redistribuer ce qu’il lui reste de richesse entre des organisations citoyennes et des multinationales de la charité.

C’est bien le catholicisme de Jean Tremblay qui lui vaut des répliques abjectes. Je pense notamment à ce texte, à l’affreux ton paternaliste et moralisateur, paru dans l’organe officiel des libres-bien-penseurs et signé Antoine Robinet d’eau tiède. Le folliculaire s’arme de tous les lieux communs de l’antichristianisme les plus rebattus, tel un conquistador pauvre en route vers un Eldorado de banalités, pour tonner contre la « croisade » du maire.

Sous l’inspiration d’une muse inconnue qui n’inspire manifestement rien de très grand, sinon des feuilles susceptibles de procurer une grande volupté au derrière de Gargantua, il réussit le tour de force d’assimiler la « démagogie » du maire à un « péché » sans passer pour un parfait abruti aux yeux de ses lecteurs, auxquels il fait appel pour combattre la « rougeole intellectuelle » dont Jean Tremblay serait le propagateur. Cette dernière métaphore, estimée poétiquement suffisante pour servir de chute au texte, donne le ton de l’ensemble.

* * *

Si j’éprouve de la sympathie envers Jean Tremblay, c’est aussi parce qu’il place ses détracteurs (les « intellectuels », et plus précisément les intellectuels de gauche) dans une bien fâcheuse posture. Je veux parler ici du rapport que ces derniers entretiennent à l’égard de ce qu’ils appellent l’anti-intellectualisme ou le populisme du maire.

« Populiste » qualifie ici tout discours visant à détourner le peuple du chemin tracé pour lui par les bienveillants intellectuels de gauche, étant entendu que ces derniers savent, mieux que le peuple, ce qui est bon pour lui. Avec un peu de temps, les intellectuels de gauche pourraient éduquer ce rustaud et l’élever à la connaissance de ses propres intérêts.

Seulement, il faudrait que les populistes de la trempe de Tremblay s’abstiennent de contrarier leurs projets en flattant les basses passions et l’« anti-intellectualisme » du peuple. Or, justement, le « peuple », cette entité dont on se fait un peu trop aisément le porte-parole, n’a pas tout à fait l’air de quémander le soutien des intellectuels de gauche; à moins que l’élection du maire Tremblay, à forte (parfois même à très forte) majorité, pendant cinq (!) mandats consécutifs, ait une signification qui me dépasse complètement.

L’intellectuel de gauche étant toujours plein de bonnes intentions, il serait surprenant qu’il en vienne à donner un peu moins de conseils et à douter un peu plus de lui-même et de son penchant à se considérer comme un exemplaire idéal d’être humain.

Il se sent identique aux autres parce qu’il se rencontre partout sur les réseaux sociaux et dans les médias. Et au lieu de se demander si ces milieux ne seraient pas, par hasard, occupés par des individus tendanciellement semblables à lui, il déduit, du faux consensus qu’il observe quotidiennement, ses représentations du « peuple » et de la réalité.

Après quoi il a beau jeu de considérer tous ceux qui s’en éloignent comme étant des imbéciles ou plutôt, des gens sous l’emprise d’idéologies perverses. Et il se conforte en voyant que tous les autres intellectuels de gauche font de même.

Il n’y a qu’une façon de sortir du cercle, c’est de vénérer un peu moins l’intelligence et de s’en servir un peu plus.

À propos de l'auteur

Michaël Fortier

Michaël Fortier détient une maitrise en littérature française. Son mémoire porte sur les écrivains catholiques français. Il poursuit des études en droit.

10 Commentaires

  • J’aime beaucoup le maire Jean Tremblay et j’admire et partage nombre de ses convictions et le courage qu’il a à les défendre.
    Cependant force m’est de constater qu’autant il a de facilité a les exprimer par écrit autant il a de difficulté à le faire en parole et surtout devant les médias.
    Je ne le suis pas moins a l’œil comme a l’oreille…

  • Le problème est que les raisons pour lesquelles on dénonce le maire Tremblay dépassent largement celles que vous évoquez ici.

    Oui, on le dénonce par le créneau du populisme contre l’élitisme. Oui, on le dénonce pour le simple fait qu’il est ouvertement catholique. Oui, l’intégrité intellectuelle de ceux qui le critiquent est parfois inférieure à la sienne. Tout cela est vrai, mais les catholiques ne devraient pas se porter à sa défense pour autant puisque ses dérives sont plus profondes

    Déclarer que “les intellectuels de ce monde” sont des adversaires, c’est effectivement encourager les tendances qui mènent vers l’obscurantisme. Si les milieux intellectuels du Québec d’aujourd’hui sont dominés par des idées hostiles au catholicisme, il faut leur faire concurrence en offrant des intellectuels rivaux qui défendent le catholicisme, pas dénoncer le statut d’intellectuel en tant que tel. Surtout dans notre contexte socioculturel, où dominent les préjugés selon lesquels le catholicisme est foncièrement anti-intellectuel, il est spécialement navrant de voir l’un des seuls porte-paroles laïcs de la foi catholique confirmer ce préjugé par une telle déclaration publique.

    Prenons l’autre gros exemple récent: le Diable est le véritable auteur des attentats contre Charlie Hebdo. Si cette affirmation peut se défendre en adoptant un point de vue théologique bien élaboré, elle est encore une fois navrante venant du seul élu québécois qui affiche sa foi. Tous les évêques français, nettement mieux placés à cet égard, ont jugé plus sage d’éviter la confusion et la colère suscitées par une telle déclaration dans ce contexte à fleur de peau. Par ailleurs, en termes d’évangélisation ou en n’importe quels autres termes, quels étaient les bienfaits escomptés de cette déclaration?

    Mon impression est que le maire Tremblay, de même que les catholiques qui se portent à sa défense, sont motivés par une frustration, ou du moins une exaspération, face un portrait injuste que les médias québécois présentent d’eux et qu’ils préfèrent leur propre caricature d’eux-mêmes à celle que l’on attribue. Si ce n’est pas de la provocation volontaire, je ne peux pas voir que ça s’inscrit dans une démarche d’évangélisation sereine. Moi aussi, j’étais sympathique au maire Tremblay pour des raisons identitaires dans le temps où je le connaissais seulement pour sa lutte en faveur de la prière au conseil municipal. Mais en accumulant les déclarations navrantes qui constituent des contre-témoignages pour de nombreux incroyants de bonne volonté, il m’est devenu une cause de désolation…

  • Ou, (1), comment passer sous-silence le fait que Tremblay est plus souvent qu’autrement critiqué pour sa gestion anti-démocratique de ville Saguenay et pour sa non-transparence.

    (2) Personnellement, je me fous de savoir si Tremblay est catholique ou non. Ce que je ne tolère pas, ce sont ses interventions publiques sans queue ni tête. Il est d’abord et avant tout un homme politique et c’est en tant que politicien qu’il doit être critiqué, pas en tant que croyant. Vous dites que « [C]’est bien le catholicisme de Jean Tremblay qui lui vaut des répliques abjectes », je vous répond que non. C’est sa bêtise.

  • Sylvain : Je suis assez d’accord avec toi. J’ai pas mal de réserves par rapport à «l’œuvre complète» du maire Tremblay; et si la défense du catholicisme doit se faire sur le plan médiatique, il va de soi que nous pouvons nous passer de tels défenseurs. Mais le fait est qu’il est là et demeure une des seules figures laïques du catholicisme au Québec. Certains préfèrent s’en distancier. D’autres, dont je suis, éprouvent de la sympathie pour lui sans partager ses opinions.

    Je ne défends ni le politicien, ni le catholique; je ne m’en prends qu’aux anti-Tremblay, par sympathie envers un politicien catholique qui fait sans cesse l’objet de campagnes de salissage médiatique. D’aucuns se fichent du catholique et n’en veulent qu’au politicien: tant mieux. Il n’empêche que dans l’imaginaire médiatique, la grenouille de bénitier et le politicien sont devenus indissociables.

    Certes, les interventions de Tremblay atteignent rarement des altitudes vertigineuses. Sur ce point, il cadre parfaitement dans la faune politique québécoise, qui n’a pas coutume de déranger les constellations. Mais si l’on critique les Bolduc, Barrette, etc. avec la même unanimité que Tremblay, on se montre rarement aussi condescendant qu’avec lui. Le lexique de la stupidité suffit généralement ; le besoin ne se fait pas aussi pressant de les infantiliser et de leur faire la morale. Et je ne vois pas d’autre explication que son côté «grenouille de bénitier».

    Maintenant, deux mots sur les intellectuels. Il y a une différence entre le substantif et l’adjectif, entre «l’intellectuel» (qui se prévaut de sa compétence spécifique pour intervenir dans d’autres sphères de la société en tant qu’intellectuel) et la vie intellectuelle. Mais là n’est pas l’important ; j’aurais peut-être dû cibler la catégorie, plus neutre et plus floue, des «bien-pensants». Les «intellectuels de gauche» ne sont pas tous des bien-pensants, loin s’en faut. J’en connais plusieurs que je serais bien en mal de ranger sous cette catégorie. J’ose espérer que mes traits ne les blessent pas trop et qu’ils veulent bien passer par-dessus mes remarques désobligeantes. 🙂

    • Michaël: Je comprends mieux ton point de vue avec tes précisions et, honnêtement, celles-ci raniment une part de mon ancienne sympathie pour le personnage. J’espère avec ferveur une meilleure défense publique de la foi (et j’applaudis tes contributions dans Le Verbe pour cette raison) ; je me désole donc en constatant les effets néfastes du maire Tremblay à cet égard. Mais je ne doute pas qu’il est bien intentionné et il est tragique qu’un frère dans la foi soit attaqué injustement (en plus des critiques justes) comme il l’est. Je n’ai donc rien à redire suite à tes précisions.

      À la vue de ton style littéraire, on comprend que le ton employé est plus enflammé que les catégories voulues. Pour ma part, bien que je sois parmi ceux qui critiquent le maire afin de s’en distancier, je ne me sentais pas spécialement insulté par tes analogies musicales cinglantes!

  • « Je ne défends ni le politicien, ni le catholique; je ne m’en prends qu’aux anti-Tremblay, par sympathie envers un politicien catholique qui fait sans cesse l’objet de campagnes de salissage médiatique. » Pardon mais Tremblay n’a pas besoin que l’on fasse campagne contre lui. Il est très bien capable de se salir tout seul et il le fait très bien. Par ailleurs, s’il avait eut ne serait-ce qu’une once de respect envers l’avis des citoyens qu’il est sensé écouter, j’aurais un peu plus de respect pour lui. Prenons seulement la question de la prière à Saguenay: il a su faire preuve d’une intransigeance inouïe et d’un refus d’écouter les voix discordantes, ce qui n’a contribué en rien à faire valoir un point de vue qui au final aurait très bien put se faire valoir. Du reste, je comprend qu’on puisse éprouver de la sympathie pour lui – en ce qui me concerne j’appellerais plutôt ça de la pitié – mais ce n’est pas un motif suffisant pour s’empêcher de critiquer, surtout quand la critique est nécessaire. Et ce n’est pas parce qu’on critique qu’on fait preuve d’intellectualisme, ce n’est pas parce qu’on exprime un désaccord qu’on est « bien-pensant ». Michaël, à la lumière de votre dernière réponse, j’aimerais bien vous demander: que reste-t-il au final du propos de votre article ?

    • Exprimer un désaccord ce n’est pas être bien-pensant, c’est exprimer un désaccord. La bien-pensance, elle, est une obligation de penser bien qu’on a intériorisée; c’est une censure intérieure fondée sur une certaine morale qui louche un peu trop vers la vertu.

      Bref, c’est à peu près le contraire de l’humilité, parce qu’elle suppose d’entrée de jeu qu’on est du côté du bien (sinon de quel droit ferait-on la morale aux autres ? Il faut une certaine altitude pour ça : on sermonne rarement d’en-bas).

  • Un beau texte de M. Fortier,

    C’est bien mais je crois qu’avec son savoir, il aurait pu développer davantage… il ne fait que dénoncer les intellos de gauches et leur raisonnement “pauvre”… Il ne fait rien de nouveau et les cathos font de même en affirmant que les autres devraient penser comme eux car nous “nous avons la vraie vérité”. D’une autre façon il dit: “Laissez le maire Tremblay tranquille car lui, il sait réfléchir sur les vrais valeurs.” Un peu comme si les gauchistes n’avaient pas de valeur. Ils n’ont simplement pas la même vision spirituelle que nous, car je me considère catholique, ayant même un BAC en théologie et un certificat en sc. des religions, mais il ont tous des options préférentielles en matière de foi… les leur demander orienterait la discussion vers un tout autre sujet, beaucoup plus constructif ! Comprendre l’autre dans ce qu’il est, chercher à savoir quel est son point de départ et pourquoi il parle ainsi, voilè ce qui ferait grandir de part et d’autres, les catholique et les gens de gauches. Ceci étant dit, très belle écriture M. Fortier que je lis pour la première fois ! Bonne continuation…

  • « D’aucuns se fichent du catholique et n’en veulent qu’au politicien: tant mieux. Il n’empêche que dans l’imaginaire médiatique, la grenouille de bénitier et le politicien sont devenus indissociables. »

    Effectivement, dans l’esprit de bien des « critiques » du maire de Saguenay, « la grenouille de bénitier et le politicien sont devenus indissociables. » Et j’ajouterais que c’est bien normal. C’est lui-même qui affiche sa foi de façon tout à fait « ostentatoire » à travers son combat pour la prière à l’Hôtel de Ville, ses entrevues, son livre, etc. Il a lui-même déjà déclaré que sa foi jouait un grand rôle dans les décisions qu’il prenait comme élu. Il s’est donc lui-même librement bâti un profil de super-catho-défenseur-de-la-foi. On ne peut s’indigner que les non-catholiques « relèvent » cet aspect du personnage dans de telles circonstances. Quant à dire que certains soient plus sévères envers lui à cause de ce fait, et bien si j’ose dire, « cela est juste est bon ». Gaétan Barrette est un grossier personnage, mais n’a jamais prétendu être le disciple d’un Dieu d’amour et de miséricorde qui pousse le pardon des péchés et l’amour des ennemis jusqu’à intercéder pour ses persécuteurs sur la Croix (« Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », Luc 23; 34). Être disciple du Christ (lequel est étrangement absent du texte de Michael Fortier), c’est accepter de témoigner de lui par tout notre être (« …et malheur à moi si je n’évangélise pas. » 1 Cor 9;16). On ne peut accepter cette responsabilité et s’attendre à être traité « comme tout le monde ». Et on ne peut pas non plus dénoncer l’ignorance et les préjugés des « bienpensants » envers le catholicisme… et en même temps trouver des excuses à un personnage qui nourrit systématiquement lesdits préjugés par ses interventions…* Et Michael Fortier parle des « contradictions » des critiques du catholicisme?

    Mais Monsieur Fortier a de la sympathie envers Jean Tremblay pour des raisons « identitaires ». C’est malheureusement exact. Or, la foi catholique n’est pas une « identité », mais un élan de confiance envers une personne et comme l’écrit l’auteur ce texte (http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/03/14/la-foi-n-est-pas-une-identite-5582639.html) « un exode hors du moi-je libéral et du nous des communautarismes… ». Jésus n’a pas dit qu’il était « l’identité », mais bien « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14;6).

    Bien sûr, ce réflexe identitaire est d’autant plus fort chez certains catholiques du fait de l’hostilité de la société contemporaine et notamment d’un certain milieu médiatique qui considèrent « les religions » comme autant de tribus étranges et suspectes. Mais l’erreur des catholiques serait justement « d’entrer dans ce jeu en se comportant comme une tribu (outragée). Ce serait étranger à la foi et contraire aux appels du pape ! » « Entrer dans ce jeu » est malheureusement ce que fait Michael Fortier quand il prend plaisir des désagréments de la tribu des « bienpensants » davantage que de se désoler du contre témoignage offert par celui qui joue le rôle de « César » à la ville de Saguenay.

    Mais, nous dit Michael Fortier, Jean Tremblay est « populaire » et a été élu à de multiples reprises. Cela devrait faire réfléchir les « bienpensants », quant à la justesse de leurs positions explique-t-il. Si l’humilité est une grande vertu chrétienne et si les bienpensants ont effectivement tendance à trop se regarder le nombril, se baser sur l’opinion publique pour évaluer la justesse d’une position est d’un point de vue chrétien un jeu pour le moins dangereux.** Dois-je rappeler ici que « le peuple » en 2015 au Québec et en Occident a massivement abandonné la pratique religieuse, est favorable au droit à l’avortement, au mariage gai, à l’euthanasie et à que sais-je encore? Les « bienpensants » se font d’ailleurs fort de rappeler à l’Église et ses fidèles à quel point ceux-ci sont « déphasés » par rapport à « l’opinion publique ». Cette vocation à aller à contre-courant, on la trouve déjà dans l’Évangile. La « côte de popularité » de Jésus ne va pas en s’améliorant à mesure que progresse son ministère. Sans doute un « bienpensant » qui n’a pas su « adapter » son message à ce que le peuple voulait… Il faut se le dire lucidement, Vox Populi Vox Dei est un mensonge.

    Je n’écris pas toutes ces choses pour accabler Jean Tremblay. Il est mon frère en Christ et c’est à ce titre que je contribue bien modestement à sa « correction fraternelle ». C’est le temps de carême, un temps de réflexion et de conversion dont nous avons tous besoin (et moi le premier…). La Nouvelle Évangélisation à laquelle nous enjoint l’Église demande de clarifier certains enjeux quant à ce que cela signifie être chrétien et catholique au Québec en 2015. Par ses (trop) nombreuses interventions, celui qui est « une des seules figures laïques du catholicisme au Québec » contribue au contraire à les embrouiller bien davantage. Si ses propres coreligionnaires ne réparent pas ses multiples dégâts, ce ne sont pas les « bienpensants » qui le feront pour eux…

    * Ainsi la dernière controverse du maire de Saguenay porte sur la question de l’environnement. Monsieur le maire déclare ainsi qu’il sortira « par la fenêtre » les militants de Green Peace qui voudrait venir le rencontrer à son bureau pour discuter avec lui. Imagine-t-on Jésus dire une chose pareille? Jamais celui-ci n’a refusé de rencontrer personne, même les « scribes et les pharisiens » (les « bienpensants » de l’époque) qu’il fustigeait. Contrastons cette attitude avec celle du Pape Benoit XVI. En 2011 au Bundestag de Berlin, celui-ci fit l’éloge de l’arrivée de l’écologie politique dans les années 1970 alors même que les députés verts allemands boycottaient son discours. C’est ce qui s’appelle « aimer son ennemi ». Un amour des ennemis qu’on ne perçoit pas souvent chez le maire de Saguenay***… Posons la question franchement, qu’est-ce qu’un non-catholique ne connaissant pas les positions très fermes de l’Église sur la défense de l’écologie aura tendance à penser à partir de cette controverse?

    ** Pour être juste, ce n’est pas exactement ce que fait Michael Fortier, mais sa rhétorique flirte dangereusement avec cette idée…

    *** Entre d’innombrables exemples, à l’été 2014, il s’est moqué de l’accident de bicyclette du député péquiste de Jonquière alors que ce dernier était encore à l’hôpital. Jean Tremblay a-t-il lu Mathieu (25; 36) sur l’obligation de visiter les malades pour avoir la vie éternelle?

  • Merci François d’avoir pris le temps de formuler cette rétroaction juste et bien sentie. Elle donne à réfléchir. J’aimerais pouvoir y répondre plus longuement, mais il me faudrait sûrement écrire un autre article. Quelques mots seulement, pour ne pas la laisser en plan.

    Permets-moi de limiter ma réponse à ton commentaire sur le rapport entre foi et identité. Tu as raison de rappeler que la foi n’est pas une identité. Cependant mon intention n’était pas de proposer une réflexion sur ce que « signifie être chrétien et catholique au Québec en 2015 ». Mon texte ne prétend pas être « positivement » catholique (d’où l’« étrange absence » du Christ que tu signales) ; c’est un texte plutôt politique que spirituel.

    Je m’en prends au discours anti-catholique sous-jacent au discours anti-Tremblay. Et si j’évoque une certaine sympathie « identitaire » (entre guillemets) pour Tremblay, c’est dans la mesure où le catholicisme (je dis bien : le catholicisme, et non : la foi catholique) peut être le support d’une identité. Je pense moins à un quelconque « communautarisme » religieux qu’à une certaine idée du Québec ou même de l’Occident. Cette idée, cette identité, Jean Tremblay les représente bien mal, mais il est un des seuls à les représenter dans l’espace public.

    Certes, il y en a qui peuvent s’atteler à « réparer » les « multiples dégâts » du maire ; mais d’autres, qui ne croient pas trop à la compatibilité du catholicisme et du marketing, peuvent aussi s’employer à poser des mines sur le terrain de l’héritage bien-pensant de la « Révolution tranquille ». L’un n’empêche pas l’autre ; et je crois même qu’il s’agit d’un travail complémentaire.

Laisser un commentaire