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« Je suis ton père »

Image: Fotolia
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Écrit par Sylvain Aubé

Avec la sortie du nouveau Star Wars, on reprend le fil des épopées des familles Skywalker et Solo. Cet univers adoré par tous accorde une immense importance à la filiation biologique. Pourtant, notre société n’admet pas cette importance lorsque vient le temps de prendre des décisions éthiques ou politiques. En effet, les lois actuelles entourant la procréation assistée occultent toute valeur à la filiation biologique.

L’intrigue de ce film nous ramène à la célèbre phrase que Dark Vador adresse à Luke Skywalker : « Je suis ton père ».

Lorsque Dark Vador prononce cette phrase, le public est choqué. Nous sommes époustouflés d’apprendre que le héros fut engendré par le tyran. Nous sommes troublés à l’idée que les origines d’un homme noble se rattachent à un homme cruel. Nous sommes peinés par le désarroi du fils qui aurait voulu aimer son père et qui souffre d’avoir été maintenu dans l’ignorance jusque-là.

Paternité insignifiante ?

Personne ne ricane en affirmant que la paternité de Dark Vador est insignifiante. Personne ne déplore l’importance indue accordée à la filiation biologique. Personne ne se hâte de préciser que les parents adoptifs sont les seuls vrais parents d’un enfant séparé de ses géniteurs.

Pourtant, il s’agit de l’attitude dominante lorsque l’on débat de la procréation assistée impliquant un tiers. On banalise la filiation biologique en la réduisant à une simple considération technique.

Les donneurs de sperme ne sont pas des pères, ni même des géniteurs, ils sont des fournisseurs de matière première. Ils n’ont aucun droit sur les enfants dont ils sont l’origine, et ces enfants n’ont pas le droit de connaitre l’identité de leur père biologique.

Cette contradiction est flagrante. D’un côté, l’importance de la filiation biologique est une évidence intuitive. Après tout, ce désir de filiation biologique est précisément le motif pour lequel les couples infertiles préfèrent la procréation assistée à l’adoption. De l’autre côté, les techniques modernes nous permettent de l’écarter comme si elle n’importait pas.

Le « Je suis ton père » de Dark Vador est puissant parce qu’il évoque l’un des enjeux les plus intimes de la vie réelle.

Pourtant, la filiation biologique ne peut pas être une banalité dans la réalité pratique et une révélation dans les récits fictifs. Les récits fictifs n’inventent pas l’importance des enjeux, ils l’évoquent. Le « Je suis ton père » de Dark Vador est puissant parce qu’il évoque l’un des enjeux les plus intimes de la vie réelle ; toute personne peut se reconnaitre dans les tourments qu’il révèle.

Le drame des origines

La quête des origines est un thème classique dans la littérature et au cinéma. Il s’agit de l’un des thèmes les plus communs des récits tragiques.

Dans la réalité pratique, les histoires sont moins épiques, mais elles ne sont pas moins dramatiques. Les enfants qui ignorent l’identité de leurs parents biologiques sont privés d’une part importante de leur propre identité. Il n’est donc pas rare que, à l’adolescence ou à l’âge adulte, les enfants adoptés entreprennent la quête de leurs origines.

L’obstacle empêchant l’enfant de découvrir ses origines n’est pas un malheur circonstanciel, il s’agit d’un anonymat protégé par la loi.

La procréation assistée, lorsqu’elle implique l’insémination du sperme d’un donneur anonyme, suscite une quête des origines bien particulière. La séparation entre l’enfant et son père n’est pas due à un accident regrettable, elle est le fruit d’un plan délibéré. L’obstacle empêchant l’enfant de découvrir ses origines n’est pas un malheur circonstanciel, il s’agit d’un anonymat protégé par la loi.

Voici le choix de société que nous faisons : nous engendrons des enfants séparés de leur père avant même leur naissance et, lorsqu’ils demandent à en connaitre l’identité, nous leur répondons qu’ils n’ont pas ce droit.

Ainsi, nous continuons à promouvoir la création d’enfants qui ne pourront rien connaitre au sujet de leur père, à l’exception du fait qu’il s’est masturbé dans une banque de sperme.

Il ne faut pas banaliser la souffrance des couples infertiles, mais il ne faut pas non plus banaliser la souffrance des enfants engendrés sans possibilité de connaitre leur père biologique.

Et si le principe est que la loi doit protéger les plus vulnérables, ce sont surtout les enfants qui doivent être protégés.

À propos de l'auteur

Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

2 Commentaires

  • Peut-être que vous le saviez déjà mais la marque Campbell joue justement sur cette ambiguïté dans une publicité de soupe où figure deux pères homosexuels citant la célèbre réplique de Dark Vador à leurs fils. La dite publicité a fait polémique.

  • Je crois que de s’inspirer de films pour la vie de tous les jours serait une grave erreur, et j’estime que la quantité de relations malsaines qu’on y voit n’aide pas à l’éducation psychologique de chacun. Cela étant dit, je suis d’accord avec la conclusion de l’article, le bien-être de l’enfant, bien qu’il ne soit pas en corrélation directe et automatique avec la connaissance de sa paternité, devrait primer sur celle des parents adoptifs, quitte à permettre une relation spéciale avec le père biologique. Autant il ne faut pas banaliser le désir de l’enfant de connaître tous ses parents, autant il importe de l’accompagner dans tout le processus, afin de s’assurer de ne pas le troubler outre-mesure et qu’il sache à quoi s’attendre.

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