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Je crois pour comprendre et je comprends pour croire

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"Citant Dawkins en introduction de son texte, Sébastien Lévesque semble nous dire qu’il est absurde de penser qu’un jardinier précède à l’existence d’un beau jardin." Photo: Armand Khoury (unsplash.com).
Écrit par James Langlois

Dans un billet publié plus tôt cette semaine – octave de Pâques – Sébastien Lévesque pose la question : peut-on croire en Dieu? Je tiens à souligner les bienfaits et la nécessité d’une telle réflexion dans l’espace public. Le catholique que je suis, ayant de surcroit étudié la philosophie et la théologie, tenait néanmoins à apporter un éclairage complémentaire à la posture du chroniqueur.

Dans notre société moderne, caractérisée par un esprit scientifique, matérialiste et rationaliste, tous conviennent qu’il est absurde de croire à quelque chose ou en quelqu’un sans motifs suffisants et crédibles. Connaître une réalité par le biais du témoignage d’un tiers, c’est ce qu’on appelle la foi : croire à quelque chose, croire quelqu’un, croire en quelqu’un.

Or, comme l’a déjà très bien expliqué le collègue Sylvain Aubé, la foi humaine sert dans tous les palais de justice et plusieurs de nos connaissances procèdent par celles-ci : nous croyons le médecin, nos professeurs, les scientifiques, seulement parce que nous leur faisons confiance. Nous n’avons pas l’évidence de la plupart des choses que nous pensons savoir.

Quand on arrive à la foi qui porte sur Dieu ou sur des sujets spirituels ou surnaturels, la foi a mauvaise réputation : elle est vue comme suspecte, douteuse, voire stupide. Je pense de fait comme M. Lévesque que c’est faire injure à l’intelligence humaine que de croire à des choses de manière aveugle et sans fondements : c’est ce qu’on appelle du fidéisme ou de la crédulité, et ce n’est pas la conception chrétienne, ou du moins catholique, de la foi.

Raison et révélation

Faisons d’ores et déjà la distinction entre la philosophie, qui concerne la raison, et la religion, ou la foi en Dieu, qui exige une révélation : pour avoir foi en Dieu ou en sa parole, il faut d’abord qu’il ait parlé; la foi est la réponse à cette révélation.

Quand, dès lors, on parle de théisme (ou de déisme/panthéisme,etc.), c’est avant tout une position philosophique, donc rationnelle. Appuyée par certains arguments, cette position postule l’existence d’un être intelligent, d’un principe ordonnateur de la nature, transcendant ou non, qui intervient ou pas dans le monde. La philosophie, la raison, ne prétend pas croire en, elle tente d’affirmer, de prouver. C’est ce que fait Aristote dans sa Métaphysique, Thomas d’Aquin dans les premières questions de sa Somme Théologique ou René Descartes dans ses Méditations.

Dans la théologie catholique, foi et raison ne s’opposent pas.

Le mystère chrétien de l’incarnation et de la rédemption – auxquels le chroniqueur fait référence – ainsi que la possibilité d’une dimension surnaturelle, concerne un Dieu qui se révèle et qui, par le fait même, veut donner à connaître des réalités qui surpassent la raison humaine. On quitte la raison pour entrer dans la foi.

Dans la théologie catholique, foi et raison ne s’opposent pas : Dieu, qui est le créateur de l’intelligence et de la réalité, ne demanderait pas de croire en des vérités qui contrediraient ce que la raison pourrait découvrir par elle-même. Inversement, la foi ne nie pas l’intelligence, mais elle la suppose: il faut bien quelques motifs de crédibilité pour donner son assentiment à une parole ou à des réalités dont nous ne pouvons pas avoir l’évidence.

Croire ou ne pas croire

La foi donc, qu’elle soit en des êtres humains, en Dieu ou en des témoins qui rapportent leur expérience de Dieu, et même si elle ne repose pas sur une évidence scientifique ou sensible, n’est pas pour le moins irrationnelle.

Au lieu de nous demander, comme le chroniqueur, «est-il raisonnable de croire en Dieu?» (ce qui voudrait dire croire en sa parole) je poserais la question ainsi : est-il raisonnable de penser que Dieu existe? Car sa formulation suppose  que l’idée d’une cause intelligente à l’origine de notre monde ne peut pas être rationnelle, qu’elle ne peut que reposer sur un saut aveugle dans la foi, qui vient d’une adhésion personnelle.

Croire ce n’est pas voir, que ce soit avec les yeux du corps ou de l’intelligence. Sous cet angle, la foi est l’opposée de l’évidence.

Quand M. Lévesque demande, au final, «est-ce bien raisonnable de croire en quelque chose dont nous n’avons aucune preuve?», la question est tordue dans son principe : quand nous avons des preuves, nous n’avons pas besoin de croire. Il faudrait plutôt se demander : «est-ce bien raisonnable de croire à quelque chose pour lequel nous n’avons aucun motif crédible?»

Un jardin sans jardinier?

Citant Dawkins en introduction de son texte, le chroniqueur semble nous dire qu’il est absurde de penser qu’un jardinier précède à l’existence d’un beau jardin. Qui, en voyant un magnifique jardin ordonné, ne déduirait pas d’emblée qu’il s’agit là d’une oeuvre intentionnelle? Quand nous voyons de la fumée monter au-delà de l’horizon, doutons-nous qu’il y ait un feu ou avons-nous besoin de le voir pour en avoir la certitude?

Jésus le Christ n’est pas un concept, mais un être personnel.

L’ordre implacable et toute la beauté de la nature, de notre ADN jusqu’aux galaxies, me suffisent à penser, comme nombre de scientifiques dans l’histoire, qu’il existe une intelligence derrière cette création. Il me semble de ce fait beaucoup plus irrationnel et absurde de croire que nous venons du néant et que nous y retournons.

Quant à Jésus le Christ et au Dieu chrétien, il n’est pas un concept, mais un être personnel que nous pouvons rencontrer de plusieurs manières. En ce temps de Pâques, ceux qui ont expérimenté le passage de la mort à la vie célèbrent Celui qui, le premier, a ouvert le chemin d’une Bonne Nouvelle témoignée depuis maintenant plus de 2000 ans.

À propos de l'auteur

James Langlois

James a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer. Il est rédacteur en chef adjoint au Verbe depuis juin 2016.

11 Commentaires

  • James,

    Franchement, je vous trouve bien aimable d’avoir pris la peine d’avoir répondu à monsieur Lévesque. D’abord, en lisant son billet, j’avais l’impression d’être face à un texte écrit par un étudiant de CEGEP à son premier cours de philosophie. Si ce monsieur avait fait la moindre recherche préalable, il aurait trouvé une montagne d’arguments contre sa position. Cela dit, son texte méritait une réponse car son “opinion” est malheureusement celle de beaucoup quoique sa définition de l’athéisme ressemble plus à celle de l’agnostique; les véritables athées “savent” que Dieu n’existe pas et ils sont dans le registre de la croyance.

      • Bonjour M. Lévesque,

        Merci d’avoir pris le temps de me lire et de vouloir continuer la discussion.

        Un premier mot d’abord sur le lien youtube auquel vous faites référence :

        Lorsqu’une personne demande «Est-ce que tu crois en Dieu?», comme je tentais de l’expliquer dans mon texte, cette question est ambiguë : ou bien le fait de «croire en» réfère à la confiance qu’on a pour quelqu’un, voire pour Dieu, ou bien cela réfère au fait de penser que Dieu existe, mais qu’il est strictement un objet de foi. Cela renvoie directement à une révélation ou à un monde surnaturel qui ne repose que sur des raisons de croire et non sur quelque chose de strictement rationnel, et c’est ce qui vous fait dire avec raison «L’athéisme, c’est tout simplement le refus de croire sans preuve suffisante.»

        Quand la personne rétorque une fois de plus «Donc tu crois que Dieu n’existe pas», le terme «croire» ici prend un autre sens que le «croire en» de la première question, c’est une discussion dont les termes sont équivoques, il est donc impossible d’arriver à des définitions et des réponses justes.

        *

        Je pense qu’il conviendrait, si vous le voulez bien, d’occulter pour un moment la question de croire ou ne pas croire : je pense que c’est une notion qui vient brouiller ici la question et la définition, car elle réfère à la foi. Et j’essayais précisément de montrer dans mon texte comment cette définition suppose en elle-même une conception du théisme uniquement sous l’angle de la foi, de la révélation.

        Or, si on se pose uniquement sur le terrain de la raison, le théisme, qui postule l’existence d’une cause transcendante et intelligente (appelons-la Dieu), soutient un argumentaire qui veut démontrer cette existence. En ce cas-ci, l’athéisme ne peut plus se définir comme le fait de croire ou de ne pas croire, mais postule lui aussi, inversement, la non-existence de Dieu avec ses preuves. Il prend donc position, il affirme que Dieu n’existe pas.

        Si, en troisième lieu, quelqu’un affirme qu’il n’est pas possible de répondre à cette question, qu’à défaut de preuves suffisantes il préfère suspendre son jugement et ne pas affirmer ni infirmer, on dirait qu’il s’agit d’un agnostique.

        En bref, l’athéisme ne peut pas se définir de la même manière devant un théisme qui repose sur la révélation et un théisme qui repose sur la raison.

        Êtes-vous d’accord avec mes distinctions?

        • En tant qu’athée, je ne puis affirmer avec certitude que Dieu n’existe pas, mais j’avance en revanche qu’en l’absence de preuve suffisante, je n’ai aucune raison d’y croire, tout comme je n’ai aucune raison de « croire » en l’homéopathie ou en la télépathie. Tout cela est objet de connaissance, donc doit être soumis à l’analyse rationnelle.
          Mais le fardeau de la preuve repose évidemment sur celles et ceux qui postulent son existence, c’est ainsi que nous procédons en science (sur la base de la pensée rationnelle et critique). Du reste, le fait que nous devions suspendre notre jugement sur la question ne signifie pas que toutes les hypothèses soient équiprobables.

          Et à mon sens, les « preuves » de l’existence de Dieu sont suffisamment faibles pour que je me permette de classer cette hypothèse dans la catégorie des croyances irrationnelles hautement improbables et invraisemblables.

          Quand on échoue suffisamment longtemps et souvent à démontrer la véracité d’une hypothèse et que cette dernière entre en contradiction avec à peu près tout ce que nous savons déjà, il devient raisonnable d’en douter fortement. Mais je demeure ouvert d’esprit, donc je ne me ferme pas complètement à la possibilité qu’une preuve puisse me faire changer d’avis

          • Merci encore une fois pour votre réponse.
            Bien d’accord avec la première partie de celle-ci.
            Or, il me semble que votre jugement des arguments théistes est très sévère.
            Je ne crois pas qu’Hitchens ou Dawkins auraient débattu si longuement et si ardemment avec John Lennox et William Lane Craig, pour ne nommer que ceux-là, si leur position était si faible, hautement improbablable et invraisemblable. De même que la plupart des philosophes jusqu’à Kant qui ont argumenté en faveur de Dieu ne sont pas nécessairement aujourd’hui classés comme des formulateurs de croyances irrationnelles.

            Mon humble avis est que vous exigez de la philosophie ce que vous exigez de la science (ou une certaine vision de la science). Pour faire boutade, il faut faire attention à ce qu’a dit Eddington: «Aucun des inventeurs de l’athéisme ne fut un homme de science, tous ne furent que de très médiocres philosophes.»

            Sur ce, je m’apprête à me taper ce long texte qui pourrait certainement nous être utile à tous deux:
            https://www.thenewatlantis.com/publications/the-folly-of-scientism?fbclid=IwAR3W7CWvHUjyteRgwHfS5aNeVGCqK133i6Lub9xIw4L8cuAxBPJjUw3nSxA

            Bien à vous,

  • Au sujet de l’argument physico-théologique, par exemple, il me semble que le caractère immanent de l’ordre, de l’harmonie et de la complexité de la nature a été largement démontré, notamment par le biais de la théorie de l’évolution, mais aussi par l’essentiel de la physique moderne.

  • Les distinctions de James vont dans ma compréhension de l’athéisme. L’extrait YouTube est intéressant mais quand même arbitraire; on pourrait décider de faire un vidéo en miroir inversé et convenir une définition de l’athéisme basé sur la vision générale des croyants. Selon moi, le fait de juger ne pas avoir de preuves suffisantes pour croire mais être ouvert d’esprit est une posture agnostique; l’athée, pour se définir comme tel, devrait avoir assez de raisons et de preuves (souvent philosophiques; parfois imparfaites) pour pouvoir postuler l’inexistence de Dieu. Mais attention, un athée n’est pas habité par une croyance mais par une conviction.

    Il y a aussi une sorte d’athée qu’il ne faut pas oublier même si ce type ne fait pas l’objet de la discussion, c’est celui qui affirme que l’être humain n’a pas à régler sa propre conduite devant Dieu, peu importe que Dieu existe ou non.

  • Bonjour à vous et merci.
    Ne possédant les compétences académiques pour répondre autant à monsieur Langlois qu’aux autres commentateurs, je me limiterai à ceci. Je crois parce que j’en ressens un viscéral et essentiel besoin. Une fois l’étape du besoin franchie, je crois par goûts. « Parlant » de goûts…si c’est le cas et que vous avez aussi un temps pour lire une série de quatre courts articles que j’ai les privilèges de publier dans le journal « Montréal Campus » de l’Université du Québec à Montréal et dont voici le lien : https://montrealcampus.atavist.com/chroniques-dun-ex-detenu?fbclid=IwAR2AY9ksJUArKweHXQvdsAhJik0GgDqnta40zbQX94bb0Jb1OLGrTM9ls2s
    vous serez certes en mesure d’évaluer pourquoi je crois ? ou encore sur Google : « Montreal Campus – Societe – Chroniques d’un ex-détenu
    Il va de soi que je vous suis disponible pour répondre à tout questionnement ou commentaire pouvant émerger. Gaston Bourdages Saint-Mathieu-de-Rioux au Bas Saint-Laurent à l’adresse courriel : unpublic@gastonbourdages.com

  • Ouf! James, excellent ton vidéo d’une heure! Je retiens la fin: depuis des dizaines d’années la recherche résumait le monde à matière et énergie. Aujourd’hui, un troisième élément est incontournable: l’information (dans le sens d’intelligence dans le monde qu’on appréhende). Une intelligence créatrice qui sous-tend tout phénomène vivant. Darwin perd des plumes car, à priori, aucune intelligence ne prévaut dans le monde du vivant. Que ça fait du bien de voir cette Intelligence comme une Main bien intentionnée qui me porte seconde après seconde, jour après jour selon une Intention juste. Je suis porté par l’Intention Suprême. Et, mon bonheur c’est que j’ai pu expérimenter dans toutes les parties de mon être que cette Intention Suprême porte un nom: Trinité. Père, Fils Esprit-Saint. Mouvement perpétuel intentionnel d’Amour absolu. Ouf!

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