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Identité et puissance des médias

Comment devient-on soi-même ? Quelles sont les réalités qui jouent un rôle important dans la formation de notre identité ? La réflexion sur ces deux questions est au centre du nouveau roman d’Antony Doerr (prix Pulitzer 2015): Toute la lumière que nous ne pouvons voir (All the Light We Cannot See).

Ce livre s’ouvre sur deux citations. La première est celle de Philip Beck : lors de la libération de la France en Août 1944, la ville de Saint-Malo gardera seulement 182 de ses 865 bâtiments intramuros.

La deuxième citation n’est rien d’autre que la phrase du ministre de la propagande du troisième Reich, Joseph Goebbels :

Il n’aurait pas été possible pour nous de prendre le pouvoir ou de l’utiliser de la manière dont nous l’avons fait sans la radio.

Ces deux phrases nous placent devant une évidence, celle du poids des médias dans la société ; ces médias qui sont forts comme les armes les plus puissantes, qui bâtissent ou détruisent les structures de notre vie.

Les ténèbres de la vie

L’histoire qui traverse ce livre est à la fois facile à comprendre et complexe à parcourir. Elle débute dans les années trente. Marie-Laure Leblanc est une française qui a perdu la vue à l’âge de 6 ans, à la suite de complications d’une cataracte. Son père, le serrurier du Musée national de l’Histoire naturelle de France, à Paris, lui apprend à voir dans les ténèbres qui l’entourent.

Werner Pfennig, 8 ans, un allemand orphelin, se retrouve dans les ténèbres de l’enfance, devant un sombre avenir. Plus tard, il deviendra mineur et perdra progressivement la vue à cause de son travail dans les mines.

On a l’impression que « Toute existence n’est jamais qu’une lueur brève dans des ténèbres impénétrables ». Ou, comme le dit l’auteur : « C’est quoi être aveugle ? Là où devrait être le mur, ses mains ne trouvent rien. Là où devrait être le vide, un pied de table la blesse au tibia ».

Tous les deux, Marie-Laure et Werner devront apprendre à écouter et à voir avec leurs oreilles, branchés sur leur vie intérieure.

Voir la lumière

Marie-Laure et Werner, progressivement, découvrent que le monde qui se construit dans notre esprit est lumineux, qu’il déborde de couleur et de vie.

Marie-Laure découvre cela grâce à la patience de l’amour paternel. Cette patience fait grandir en elle la reconnaissance et la gratitude vis-à-vis de tout être humain.

Werner découvre des rayons de lumière au plus profond de son âme grâce à la radio. Au milieu des carences affectives Werner, avec sa sœur Jutta, connaissent la chaleur du lien de l’amitié qui peut rapprocher les êtres humains.

Marie-Laure et Werner nous sont présentés par Anthony Doerr comme deux merveilleuses pierres précieuses, comme deux diamants .

Un diamant véritable n’est jamais tout à fait exempt d’inclusions, un diamant véritable n’est jamais parfait.

L’épreuve de la Bonté

Cette imperfection de la perfection sera mise à l’épreuve lors de la seconde guerre mondiale alors que Marie-Laure et Werner se retrouvent dans des camps opposés.

Marie-Laure se retire à Saint-Malo avec son père.  Elle cache aussi un des diamants les plus précieux convoité par les nazis.

Devenue membre de la Résistance française, elle est recherchée par Werner, officié de l’armée nazie. Toutefois, leurs vies sont liées par un fil fragile, presqu’imperceptible, mais un fil d’acier, celui des ondes radiophoniques.

Tous les deux devront résister à l’épreuve de lire l’Histoire comme une sélection naturelle où il n’y a que des vainqueurs et des vaincus.

Anthony Doerr nous lance une question stupéfiante : « Tu sais quelle est la plus grande leçon de l’Histoire ? C’est qu’elle est toujours écrite par les vainqueurs. La voilà, la leçon. Celui qui juge, c’est le vainqueur ».

Voici, en effet, la grande tentation des médias : être toujours des vainqueurs et réécrire à leur guise l’Histoire et la Vérité, au lieu de s’appliquer à sauver des vies et à transfigurer les histoires blessées.

Ce livre nous invite à ouvrir les yeux afin de percevoir la vérité et la beauté.  Puissions-nous toujours choisir ce qui donne un sens à la vie, même si c’est un chemin pavé de difficultés.

À propos de l'auteur

Édouard Shatov, a.a.

Edouard Shatov, jeune prêtre Augustin de l'Assomption, d'origine russe et issu d'une famille orthodoxe. Directeur du programme pastoral au Montmartre, à Québec.

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