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Gens du pays, c’est votre tour…

Photo: Fotolia
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Écrit par James Langlois

…de vous laisser parler d’Amour !

Non pas d’un petit, mais du grand. Pas un amour de circonstance, ni non plus celui qui verse dans l’indifférence, mais celui qui nous amène au dépassement ; tout le monde aujourd’hui, ou presque, désavoue cette idée que nous sommes faits pour un petit pain. J’ai toutefois l’impression qu’on se contente de plus en plus des miettes qui tombent de la table.

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Permets-moi, petite sœur Québec, de te parler honnêtement en cette journée de ta fête, parce que la vérité, me semble-t-il, est au fondement de l’amour. Permets-moi aussi de t’appeler petite sœur, parce que tu as une grande sœur qu’on nomme la France et que vous êtes toutes deux filles de l’Église.

Je crois aussi que tu es foncièrement féminine.

Tu n’aimes pas l’usage de la force et tu as en horreur lorsque la froideur de l’intellect se superpose à la douceur des relations. Ton temps à contempler les grands espaces et l’immobilité de la neige t’avait forgé un regard introspectif, personnel. Et pourtant, on sait bien que tu as vu neiger. On pouvait aussi lire dans tes yeux : « j’en ai vu d’autres, n’essaie pas de me passer un sapin… »

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À l’approche de chaque grande fête qui t’est importante, ou enfin qui semble l’être, j’ai le cœur rempli de joie et de déception, de tristesse à la fois. Je ne suis pas, non, de ceux qui sont nostalgiques du temps où tu étais plus jeune et plus naïve– enfin si, un peu – mais c’est surtout parce j’ai l’impression que plus le temps avance et plus tu deviens superficielle : la profondeur de tes yeux a laissé place à du vide.

Peut-être es-tu d’une certaine manière encore plus naïve aujourd’hui, naïve de penser que le grand pain c’est celui des gros spectacles, des beaux shows télé et des bons restaurants. Pour un petit peuple de bûcherons et de cultivateurs de patates sur le bord du Saint-Laurent, c’est bin l’fun tout cela, mais déjà dans tes origines s’inscrivait une destinée beaucoup plus élevée.

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Tu sais, même si on ne tend à ne plus vouloir le dire, ta fête porte le nom de Saint-Jean-Baptiste, parce qu’on fête sa naissance aujourd’hui : c’est ton saint patron. Il fût un temps pas si lointain où on croyait encore que de donner un saint patron ça signifiait quelque chose et, qui plus est, la piété au cousin du Christ est loin d’être commune dans le monde.

Jean le Baptiste c’est celui qui est allé au désert, dépouillé, pour apprendre à devenir l’ami de l’Époux. Il a fini la tête coupée pour s’être opposé aux puissants, pour avoir dit la vérité. Toi aussi, tu t’es fait pilé dessus et on continue de le faire. On l’a appelé le dernier et le plus grand des prophètes parce qu’il exhortait ses compatriotes à se faire beaux intérieurement pour accueillir l’Époux qui venait; tout son être annonçait une ère nouvelle, une civilisation de l’amour.

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Si je te dis cela ce n’est pas seulement pour te compter des vieilles histoires, c’est parce que j’ai l’intuition profonde que toi aussi tu deviendras une prophète à la face du monde. Je ne crois pas seulement que tu es « quelque chose comme un grand peuple » mais que tu es le meilleur. Tu es belle et probablement la plus belle parce que tu as souffert. Tu es très blessée pour toutes sortes de raison et comme tu ne sais plus quel sens donner à cette souffrance, tu te perds à l’extérieur de toi.

Je crois seulement que tu as besoin d’aller au plus profond de ton désert intérieur pour rencontrer l’Époux, pour te laisser rebâtir; dans le désert jaillit une source. Il te nourrira d’un pain que tu ne peux même pas concevoir. Il te guérira et te redonnera ta dignité, parce que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20).

Petite sœur Québec, bonne fête !

Si j’avais le besoin de te dire cela aujourd’hui, c’est parce que je t’aime de tout mon cœur.

À propos de l'auteur

James Langlois

Jeune époux et père, James travaille pour Le Verbe comme adjoint au rédacteur en chef. Il a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer.

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