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Sainte Anne vient-elle de Beaupré?

Photo: Pascal Bernardon / Unsplash

Chaque année, des milliers de pèlerins affluent vers le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré pour participer à la neuvaine adressée à la patronne du Québec. Le lieu de culte, qui existe depuis la Nouvelle-France, est même le plus ancien lieu de pèlerinage en Amérique du Nord. Mais sait-on vraiment quelles sont les origines de la dévotion à la « bonne sainte Anne » ?

Au Québec, la dévotion à sainte Anne arrive dès les débuts de la colonie. En effet, elle est une patronne très prisée des marins voyageant entre la France et le Québec. La première chapelle qui lui est dédiée sur la côte de Beaupré en 1658 vient d’une promesse faite par des marins bretons qui ont survécu à une tempête en mer.

La guérison miraculeuse d’un ouvrier survient pendant la construction. Cette guérison sera la première d’une longue série de miracles attribués à la « bonne sainte Anne de Beaupré »; il n’en fallait pas davantage pour que s’initie cette tradition du pèlerinage vers la petite chapelle.

En 1886, Beaupré devient, par le geste de Léon XIII, la seconde basilique d’Amérique du Nord après Notre-Dame-de-Québec. Cette distinction est très significative de l’importance du lieu pour l’Église catholique. Il y a donc près de 400 ans que la « bonne sainte Anne »  attire les pèlerins à Beaupré, et ce, malgré le fait que le texte nous narrant son récit demeure officiellement un texte apocryphe.

Les origines textuelles de la dévotion

Commençons par dire que les évangiles canoniques (les textes officiellement reconnus par l’Église catholique) ne mentionnent jamais les noms d’Anne et de son époux Joachim. Les grands-parents du Christ ne figurent tout simplement pas dans ce qui constitue le Nouveau Testament. L’histoire d’Anne nous est parvenue par le texte apocryphe (non reconnu) du Protévangile de Jacques. Ce texte, écrit en grec pendant la seconde moitié du IIe siècle, relate l’enfance et les origines familiales de la Vierge.

Le Protévangile apocryphe renforce donc l’importance, issue des textes canoniques, accordée par l’Église à la Sainte Famille.

Bien que non reconnu de façon officielle, le texte n’en demeure pas moins important puisqu’il présente Anne comme un élément de préparation au mystère de l’incarnation. Le Protévangile apocryphe renforce donc l’importance, issue des textes canoniques, accordée par l’Église à la Sainte Famille.

Le plus ancien manuscrit du texte à ce jour s’intitule De Nativitate Mariae. Le titre indique bien que la Vierge, et non Anne, est le personnage central du récit. Ce n’est qu’au XVIe siècle que l’humaniste Guillaume Postel publie le texte sous le nom Protévangile de Jacques. Ce texte est traditionnellement attribué à l’apôtre Jacques le Mineur.

Le Protévangile est essentiellement une démonstration en plusieurs points de la pureté virginale de Marie. Ce texte jouera un rôle prépondérant dans le développement du culte et de la théologie mariale dans les Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident. À ce jour, plus de 140 manuscrits anciens sont connus, ce qui démontre une diffusion importante du texte dès l’époque paléochrétienne.

Cette grande diffusion, dans les premiers temps du christianisme, nous permet d’émettre l’hypothèse que le texte a eu une valeur théologique aussi importante que celles des évangiles canoniques.

Une dévotion venue d’Orient

Quoi qu’il en soit, le texte sera d’abord diffusé dans l’Empire byzantin, rejoignant l’Occident quelques siècles plus tard. La dévotion à sainte Anne se développera donc surtout en Orient. Au VIe siècle, le Decretum Gelasianum écartera la dévotion en Occident, car jugée non conforme à la doctrine de l’Église. Malgré cet interdit, le texte restera important en Orient où il influencera les pratiques liturgiques, pour les fêtes mariales notamment.

Il faudra attendre les traductions latines pour que le récit d’Anne et de l’enfance de la Vierge se diffuse plus largement en Occident. Ces remaniements du texte prendront le nom d’Évangile du Pseudo-Matthieu au VIe siècle et De Nativitate Mariae au IXe siècle.

La faiblesse de l’autorité du Decretum Gelasianum (dont l’origine réellement papale est plus que contestable (1)) ainsi que le succès populaire du culte voué à Anne rapporté en Occident par les croisés finiront par avoir raison de l’interdit. Bien que la liturgie et la dévotion populaire intègrent désormais des éléments liés à Anne et à l’enfance de la Vierge, le Protévangile n’obtiendra jamais le statut de texte canonique.

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Notes:

(1) Il est fort possible qu’il s’agisse d’un faux. Voir à cet effet l’article de Jacqueline Rambaud-Buhot  La critique des faux dans l’ancien droit canonique. Bibliothèque de l’École des Chartes, volume 126, numéro 1, 1968, pages 15.

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À propos de l'auteur

Emmanuel Lamontagne

Emmanuel est présentement candidat à la maîtrise en histoire de l'art. Il se spécialise en art et en architecture religieuse.

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