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Qu’est-ce que les parents connaissent au sexe?

Photo: Scott Broome (unsplash.com).
Photo: Scott Broome (unsplash.com).
Écrit par Gabriel Bisson

Dans la déferlante actuelle contre l’Archidiocèse de Montréal, qui a indirectement osé s’inviter dans le débat sur l’éducation sexuelle des enfants, une question implicite a été soulevée et mérite qu’on s’y attarde. Elle pourrait se formuler ainsi : qu’est-ce qu’une institution peut avoir à dire sur le sexe? Surtout lorsqu’il s’agit d’une institution dont on ne compte plus les péchés sexuels de certains de ses membres et dont l’enseignement est en décalage complet avec les mœurs d’aujourd’hui. Selon Gabriel Bisson, un réel appel à une sexualité intégrale mérite un plus large écho.

Semble-t-il qu’on ait, dans le processus, oublié que l’objet de la discussion était un cours sur la sexualité, conçu et élaboré par le Ministère de l’Éducation en réponse à un dérèglement des mœurs actuelles en matière de galanterie – dérapages magnifiquement illustrés par l’Archi-dièse #metoo ou #balancetonporc.

Le cursus comprend une vision de la sexualité, des objectifs d’apprentissage, une brochette de valeurs à transmettre et trois-quatre mises en garde. Il couvrira entre autres la connaissance du corps, l’image corporelle, il abordera les stéréotypes sexuels et, finalement, discutera du sentiment amoureux (ah oui, c’est mieux quand on s’aime).

On devine déjà la profondeur du propos.

On imagine aussi les hordes d’étudiants, impatients de mettre en pratique le contenu de leurs manuels scolaires, se jeter dans les bras les uns des autres pour tester la sexualité de fonctionnaires qu’on leur aura inculquée.

Et si le problème du nouveau cours n’était pas qu’il en dise trop, mais qu’il n’en dise pas assez?

Et si le problème du nouveau cours n’était pas qu’il en dise trop, mais qu’il n’en dise pas assez? Ou qu’il amoindrisse le sujet? Et si l’amour n’était pas un attribut du sexe, mais son terroir, son écosystème?

Faire la bête à deux dos n’est pas, après tout, un geste banal qu’on peut rapetisser à sa composante physiologique. Une formule gouvernementale ne peut qu’avoir l’un de ces deux défauts : amincir le mystère à sa matière consensuelle, c’est-à-dire faire dans la rectitude morale, ou piger dans les préconceptions à la mode.

Bref, on dessine dans des teintes de beige.

Chérie, j’ai réduit le sexe…

Une vraie discussion sur le sexe, au contraire, l’éclate, le charge de tout son sens existentiel et le rétablit dans le don total de soi-même qu’il suppose et qui lui donne sa saveur. Elle déploie ses conséquences et lui redonne sa radicalité. Elle parle du dégout de soi causé par la marchandisation du corps. Elle est un dialogue, une rencontre. On en a fait un programme.

Une vraie discussion sur le sexe est un dialogue, une rencontre. On en a fait un programme.

Le document pédagogique proposé par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur n’a pas, et ne peut avoir, la portée d’une expérience vécue.

Parler d’amour, et non de ses substituts résiduels que sont le respect* et le consentement, exige une proximité et un engagement personnel que n’aura jamais l’État. Faire de celui-ci le porteur par excellence du projet éducatif de l’enfant en matière de sexualité révèle plus l’inconfort d’une génération dite libérée face à la sexualité déchainée du 21esiècle qu’une réelle compétence gouvernementale en matière de sexe.

Il semblerait donc que le problème, finalement, ne soit pas tellement qu’une poignée de parents fanatiques aient la prétention d’être, pour leur enfant, de meilleurs éducateurs à la sexualité qu’un prof de math semi-formé, mais plutôt que tous les autres parents n’aient pas, eux aussi, cette prétention.

________

Note:

* On peut critiquer le peu de cas qui est fait des notions de respect et de consentement dans ce texte. Loin de moi l’idée de manquer de respect au respect, ou de suggérer que l’amour, c’est de forcer la main de l’autre. L’idée est de dénoncer le remplacement de mystères profonds par des concepts que l’on peut mettre en poche.

On vit dans un monde qui a assimilé la logique capitaliste au point où on lui emprunte son vocabulaire pour parler de sexualité. Respect. Consentement. Certains parlent même de bénéfices… Ces termes sont pourtant inaptes à exprimer la grandeur de l’amour véritable. On respecte un contrat. On consent à se faire retirer les dents de sagesse.

L’échange, la transaction, le commerce, sont contraires au don. Il y a donc déjà, dans cette façon de parler, une rupture entre sexe et amour.

D’où le problème.

[NDLR: Cette note a été ajoutée par l’auteur deux jours après la publication originale de l’article, soit le 17 janvier 2019.]

 

À propos de l'auteur

Gabriel Bisson

Physiquement bellâtre, intellectuellement ambitieux, socialement responsable, moralement innovateur et récemment marié à une jeune critique musicale. Gabriel croit aux choses qu'on peut prouver, mais aussi à certaines choses qu'on peine parfois à rationaliser. Si l'on ajoute à cette description, son amour pour le dessin, on comprend mieux ce qui l'a conduit à mettre son talent au service de notre publication.

4 Commentaires

  • J’ai un peu de difficulté à suivre la logique de cet argumentaire.

    Certes, le sexe dépasse les considérations prudentielles qui seront mises de l’avant dans ce cours. Certes, les parents sont mieux placés afin pour valoir l’importance de l’amour dans le sexe, et tous les parents devraient être en mesure de bien en parler avec leurs enfants. Mais même si tous les parents en parlaient bien avec leurs enfants, est-ce qu’une instruction scolaire sur les considérations prudentielles nuira aux enfants? Et dans la mesure où des parents (peut-être très nombreux) n’ont pas l’aise pour dire quoi que ce soit de significatif au sujet du sexe à leurs enfants, cette instruction prudentielle ne peut-elle pas éviter de grandes souffrances?

    Même si les valeurs derrière ce cours sont éloignées de la sacralité du sexe que l’on souhaite transmettre à nos enfants, elles demeurent plus humanisantes que la pornographie et l’hypersexualisation qui dominent la culture populaire.

  • Sylvain,
    Merci pour votre commentaire.
    Vous comprendrez mieux ma logique si je vous dis que je ne suis pas contre le cours en tant que tel, je suis contre son absolutisation et la diabolisation de ceux qui osent s’en écarter. Le parent, dans toute cette histoire, est traité en moins que rien, alors qu’il a une compétence intrinsèque que rien ne peut lui enlever.

  • Au delà des contenus transmis, que ce soit par un cours d’éducation à la sexualité, ou par ce que les parents vont leur dire, la vision de la sexualité des enfants se forme en grande partie par osmose, en fonction du style de vie des parents et par la vision du monde qui est diffusée au sein de la cellule familiale . Puisque “tout est lié” ,comme dirait le pape, les enfants et adolescents vont développer un rapport à la sexualité qui sera en fonction de la perception qu’ils ont du monde et du rôle de l’être humain en lien avec la création. Un parent qui conçoit son conjoint comme un instrument au service de son épanouissement personnel aura de la difficulté à expliquer à ses enfants des notions liées au don de soi et de l’engagement. Même chose pour un parent dépendant affectif.

    Mais personnellement, ce qui me laisse perplexe dans tout cet imbroglio, c’est qu’on occulte totalement les différences entre les garçons et les filles, comme si la même approche pouvait convenir aux deux sexes, alors qu’en réalité on parle de deux manières totalement différentes de ressentir les choses en terme de sexualité.

  • Oui, au lieu d’avoir le consentement par définition (dans une relation comme un mariage, où les deux se sont unis dans une relation d’amour) on donne le consentement à l’instant, selon ses “préférences” ou gouts acquis. Mais l’idée du consentement, il devient apparent, n’a rien a voir ici avec des enfants qui devraient pouvoir se défendre contre des avances non désirées. Au contraire – c’est pour permettre aux adultes (ou leurs ainés de par beaucoup) de les abuser, vu qu’ils auront “consenti” aux relations sexuelles. On finit par comprendre que l’education “complète” à la sexualité est ce que le nom dit = une motivation à une sexualité précoce, avec qui que ce soit : https://correctmaple.blogspot.com/2019/01/nouveau-curriculum-deducation-la.html

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