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Divorcés-remariés : dissiper la confusion

Photo: Fotolia
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Écrit par Simon Lessard

En réponse à l’intérêt suscité par le dernier article de notre blogueur Simon-Pierre Lessard, nous avons jugé pertinent de publier ici cet entretien afin de préciser quelques points et d’approfondir la réflexion autour de la dernière exhortation apostolique Amoris Laetitia. En voici le compte-rendu.

Le Verbe : Dans un article publié sur notre site web, vous affirmez qu’il faut lire les écrits du Pape François selon les principes d’une herméneutique de la continuité. Toutefois, dans la récente Exhortation apostolique Amoris Laetitia plusieurs personnes semblent trouver difficile de faire une telle lecture au sujet de la discipline de l’Église envers les divorcés-remariés. Comment lisez-vous ce texte?

Frère Simon-Pierre Lessard : Pour ma part, je pense que l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia peut et doit être comprise selon une optique de la continuité. Je pense même qu’il n’est pas si difficile d’interpréter Amoris Laetitia de cette manière. D’ailleurs, il est frappant de voir à quel point le Pape a enraciné ses considérations dans l’enseignement de ses prédécesseurs et de saint Thomas d’Aquin. Je fais miennes les paroles du frère dominicain Thomas Michelet :

« Les documents du magistère doivent être toujours lus et interprétés à la lumière de la doctrine catholique. Si un enseignement précédent n’est pas rappelé, on ne peut pas supposer qu’il est rejeté. Au contraire, si tel était le cas, il faudrait un texte explicite pour l’établir. Et quand bien même, nous devrions alors nous efforcer de le comprendre non pas comme un changement, mais comme un approfondissement, un développement dans l’ordre de l’explicitation de ce que l’Église a toujours cru. »

Le Verbe : Mais le Pape ne change-t-il pas l’enseignement de l’Église quand il affirme : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. » (AL # 301)

Simon-Pierre : Pas du tout ! Le Pape ne dit certainement pas que l’on peut divorcer et contracter une nouvelle union sans pécher gravement. Cela serait manifestement contraire à ce qu’affirme le Catéchisme (CEC #2384). Le Pape rappelle plutôt que des circonstances peuvent atténuer la responsabilité d’un péché et que l’on ne peut dès lors jamais juger l’âme d’autrui seulement à partir d’une situation de vie extérieure. Le Pape nous exhorte donc comme Jésus à ne pas juger ni condamner notre prochain.

Le Verbe : Mais justement, si une personne dans sa conscience ne pense pas pécher, pense honnêtement être en état de grâce, ne peut-elle pas alors communier?

Simon-Pierre : Selon le canon 915, l’Église n’admet pas à la communion les personnes qui s’obstinent à demeurer dans une situation qui implique de péché gravement et manifestement. Remarquez que l’Église ne demande pas aux prêtres de lire dans les âmes des fidèles pour voir s’ils sont ou non en état de grâce. Cela Dieu seul peut le voir !

Ainsi, même si certaines personnes dans une situation matrimoniale irrégulière se pensaient en conscience (à tort ou à raison) être en état de grâce, elles ne pourraient tout de même pas communier à cause de leur situation au for externe, c’est-à-dire observable par tous. Une discipline semblable s’applique pour les croyants qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique, comme pour les orthodoxes et les protestants.

Cette norme n’a aucun caractère punitif ni certes discriminatoire à l’égard des divorcés-remariés, mais elle exprime plutôt une situation objective qui par elle-même rend impossible l’accès à la Communion.

Même si nos frères séparés peuvent être en état de grâce, ils ne peuvent pas communier tant qu’extérieurement ils ne signifient pas être en pleine communion avec l’Église catholique. En 1994, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié un texte signé par le cardinal Joseph Ratzinger dans lequel elle manifestait que la communion eucharistique n’est pas possible pour les divorcés-remariés parce que, objectivement, ils vont à l’encontre de la signification même de l’Eucharistie. Que ces personnes soient ou non en état de péché mortel ne change rien à cette contradiction :

« Cette norme n’a aucun caractère punitif ni certes discriminatoire à l’égard des divorcés-remariés, mais elle exprime plutôt une situation objective qui par elle-même rend impossible l’accès à la Communion eucharistique:

« “Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis, car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage”. »

Le Verbe : Mais l’Église ne pourrait-elle pas changer cette discipline pour les divorcés-remariés ?

Simon-Pierre : Je ne pense pas puisqu’au numéro 5 de cette même lettre, la Congrégation affirme que cette discipline ne peut pas changer, car elle est fondée sur la Parole de Dieu et la pratique constante et universelle de l’Église :

« La doctrine et la discipline de l’Église en la matière ont été amplement exposées durant la période postconciliaire dans l’Exhortation apostolique Familiaris consortio. L’Exhortation rappelle, entre autres, aux pasteurs que, par amour de la vérité, ils sont tenus à bien discerner les diverses situations; elle les exhorte à encourager la participation des divorcés-remariés à divers moments de la vie de l’Église.

« En même temps, elle rappelle la pratique constante et universelle, “fondée sur la Sainte Écriture, de ne pas admettre à la Communion eucharistique les divorcés-remariés”, en indiquant les motifs. La structure de l’Exhortation et la teneur de ses paroles font comprendre clairement que cette pratique, présentée comme obligatoire, ne peut être changée sur la base des différentes situations. »

Le Verbe : Pourtant suite à sa publication, plusieurs spécialistes ont affirmé que l’Exhortation apostolique du Pape François porte une intention implicite de changer cette discipline.

Simon-Pierre : Encore une fois, il faut se fier au Pape et non aux supposés «spécialistes». Que dit le Pape exactement? Comment lui-même comprend-il ce qu’il a écrit? Or, dans une récente conférence de presse, le Pape François demande lui-même de se référer à la présentation du cardinal Schönborn pour préciser le sens d’Amoris Laetitia.

Or, que dit le cardinal Schönborn dans un entretien  visant à préciser le sens de l’exhortation? Il dit explicitement : « N’attendez pas un changement de la discipline de l’Église. » Il n’y a donc pas de changement dans la discipline de l’Église telle qu’elle est clairement énoncée dans le Catéchisme et au no 84 de Familairis Consortio.

Le Verbe : Mais le Pape ne dit-il pas quelque part que les divorcés-remariés peuvent recevoir l’aide des sacrements ?

Simon-Pierre : Le cardinal Shönborn dit à ce propos : «Et alors, la question des sacrements, elle peut venir, mais elle vient plutôt à la fin d’un vrai cheminement. Et le Pape le dit dans une note, une petite note, il dit : «L’aide de l’Église peut aussi être dans certains cas l’aide des sacrements. Il n’en dit pas plus.»

Pour ma part, il me semble peu honnête intellectuellement de se baser sur cette petite note de bas de page pour affirmer que le Pape remet en cause la discipline traditionnelle de l’Église. «La question des sacrements peut venir» … «à la fin d’un vrai cheminement». «Dans certains cas», précise le Pape. On peut donc facilement comprendre cette note dans l’esprit de Familiaris Consortio.

Que dit cette autre Exhortation apostolique du saint Pape Jean-Paul II ?

Elle dit que les divorcés-remariés qui, au terme d’un vrai cheminement, décident de vivre en frère et sœur, peuvent alors recevoir l’absolution et la communion. À l’époque, cela représentait un changement de la discipline de l’Église, car avant Familiaris Consortio, même les divorcés-remariés qui vivaient comme frères et sœurs ne pouvaient pas avoir accès aux sacrements. En effet, le code de droit canonique de 1917 (valide jusqu’en 1983) prévoyait même l’excommunication (non-automatique) des divorcés-remariés.

Il y a donc eu une véritable pastorale de la miséricorde qui s’est développée autour de ces situations difficiles.

Le Verbe : Vous ne pensez donc pas que cette note autorise de donner la communion aux divorcés-remariés?

Simon-Pierre : Absolument pas. Il faut éviter de faire dire à un texte ce que l’on voudrait qu’il dise. Remarquez que nulle part il n’est fait mention de la communion.

Remarquez aussi que nulle part le Pape n’affirme avoir l’intention de modifier la discipline de l’Église. S’il voulait le faire, il ne le ferait certainement pas d’une manière presque cachée, indirecte et ambiguë, dans une note de bas de page. Un tel changement, à supposer qu’il soit possible, impliquerait une déclaration claire du Pape dans un langage à caractère juridique et accompagnée d’explications. Le Pape devrait aussi faire modifier le Code de droit canonique et le Cathéchisme de l’Église Catholique.

La juste manière d’interpréter cette Exhortation apostolique demeure donc celle qui est en continuité avec Familiaris consortio et en harmonie avec le Code et le Catéchisme.

Le Verbe : Mais le Pape ne dit-il pas que les évêques peuvent suivre des solutions propres mieux adaptées à leur culture et situation ? Les évêques du Canada ne pourraient-ils pas proposer une discipline différente ?

Simon-Pierre : C’est le propre du sens pastoral que d’adapter concrètement à la manière de vivre les vérités de la foi dans une culture donnée. Mais jamais le sens pastoral, même venant d’une conférence épiscopale, ne peut légitimer d’adopter une pratique contraire à la doctrine ou à la discipline de l’Église. On ne peut pas non plus légitimer une pratique différente en invoquant le principe selon lequel il peut y avoir des exceptions à des lois générales.

À ce sujet, le cardinal Müller, actuel préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, affirmait dans un texte fort lumineux :

« La doctrine de l’epicheia, selon laquelle une loi est certes valable en termes généraux, mais ne recouvre pas toujours adéquatement l’agir humain concret, ne peut pas non plus être appliquée dans ce cas, car l’indissolubilité du mariage sacramentel est une norme de droit divin, qui n’est pas à la disposition du pouvoir discrétionnaire de l’Église. »

Le Verbe : Amoris Laetitia n’apporterait donc rien de nouveau ?

Simon-Pierre : Quelle drame si nous sommes réduit à voir les choses ainsi ! Je pense au contraire qu’Amoris Laetitia est un grand texte qui peut beaucoup aider les familles. C’est un texte riche et vivant qui nous fait contempler l’éternelle nouveauté de l’Évangile.

C’est une réelle « Bonne nouvelle » pour les familles !

Sur plus de 250 pages, un seul chapitre de moins de 25 pages est consacré aux questions sur les situations fragiles et irrégulières. Les 8 autres chapitres abordent toutes les dimensions du mariage et de la famille : la vocation au mariage, l’amour des époux, les enfants et leur éducation, la spiritualité matrimoniale et même la sexualité !

Amoris Laetitia est une rafraichissante nouveauté pour ceux qui cherchent des bases solides sur lesquelles fonder leur mariage.

Dans un monde si hostile à la famille, qui n’offre ni repère ni espérance, Amoris Laetitia est une rafraichissante nouveauté pour ceux qui cherchent des bases solides sur lesquelles fonder leur mariage. Je ne peux pas imaginer une meilleure préparation au mariage que de lire et discuter tranquillement cette Exhortation entre futurs époux.

Quant au sujet des divorcés-remariés, s’il y a une certaine nouveauté dans ce texte elle se trouve à mon avis dans une attitude pastorale amorcée par Jean-Paul II et Benoît XVI. Cette attitude se résume par les trois mots clés : accompagner, discerner et intégrer. Elle est un juste milieu entre les deux écueils du laxisme et du rigorisme. Je reprendrais encore ici les mots du frère Thomas Michelet :

« le Pape a donné une ligne de conduite : on ne peut plus se contenter d’une approche purement “objectiviste”, qui jette à la face du fidèle infidèle la « situation objectivement désordonnée » dans laquelle il se trouve “en vérité” ; pas plus que d’une approche purement “subjectiviste” qui s’en tient à l’appréciation de la personne “en conscience”, sans relever que cette conscience peut être erronée, ce qui suppose une loi objective comme étalon pour l’éclairer et la corriger.

« Ces deux lignes voient bien chacune un aspect de la vérité de foi, autrement elles n’auraient pas chacune des partisans. Elles ont aussi chacune leurs limites. Le Pape nous invite donc à dépasser l’opposition et les limites, à faire une synthèse complète vraiment catholique. »

Le Verbe : Si aucun changement explicite n’est proposé, ne pourrions-nous pas au moins dire qu’il y a une certaine confusion ?

Simon-Pierre : Je ne suis pas d’accord. On ne rend pas justice au Pape François en soutenant qu’il est le Pape de la confusion. Je pense qu’il n’y a aucune crainte à avoir concernant le Pape François. Le Christ nous l’a donné pour qu’il paisse ses brebis. Je me fie entièrement à lui comme, d’ailleurs, à Gaudium et Spes et au Concile Vatican II.

Je pense que la confusion est davantage dans l’esprit des lecteurs que dans l’esprit de l’auteur.

Peut-être que dans les prochaines semaines le Vatican jugera pertinent de clarifier certaines choses ; non pas parce que le texte du Pape est confus, mais parce que de mauvais «spécialistes» dans plusieurs médias ont réussi eux à jeter de la confusion dans l’esprit de nombreux fidèles. J’aimerais vous laisser sur ces paroles de Mgr Chaput, archevêque de Philadelphie, qui n’est généralement pas considéré comme un évêque «conservateur» :

« Amoris lætitia est une sérieuse et large réflexion sur ce qu’est le mariage chrétien. Alors qu’il ne change pas l’enseignement et la discipline de l’Église, le texte souligne l’importance de la sensibilité pastorale face à la situation difficile de nombreux couples mariés. […]

« [C’est] est un document d’une taille inhabituelle – plus de 250 pages – et le Saint-Père lui-même nous avertit de le lire avec patience et attention. C’est un conseil judicieux, surtout dans le brouhaha des interprétations particulières qui entourent toujours ces interventions importantes. »

À propos de l'auteur

Simon Lessard

Fourmillant d’idées novatrices, Simon s’est joint à notre équipe de rédaction pour faire grandir Le Verbe en taille et en grâce. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité. Toute son essence est distillée en son totem scout renard amical et son personnage Disney fétiche : Timon!

10 Commentaires

  • Je crois qu’il est assez évident, si on a suivi toute la saga depuis le début, que le pape est personnellement favorable à la communion des divorcés remariés. Il ne s’attendait peut-être pas à une résistance aussi féroce de certains cardinaux, et il n’allait quand même pas risquer un schisme sur cette question.

    Cette fameuse note en bas de page est une façon de garder la question ouverte pour son successeur, et de faire un clin d’oeil aux prêtres qui admettent déjà les remariés à la communion.

    • !!! Avez-vous lu le texte du Frère Simon-Pierre, monsieur? … On dirait que non.
      Vous connaissez le for intérieur et les intentions cachées du pape?

      Vous m’aidez à mieux comprendre cette parole de Jérémie : « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles, et n’entendent pas.»
      Ne le prenez pas mal lorsque je vous écris cela, monsieur; je ne vous accuse pas, je vous invite à la réflexion.
      Si un pape peut errer en cette matière (ou si la Tradition a pu le faire avant lui), dites-moi, monsieur, « à qui irions-nous? » et que signifieraient ces paroles du Seigneur : « j’ai prié pour que ta foi ne défaille pas » et « la puissance de la mort ne l’emportera pas sur Elle »?

      Que le Seigneur vous bénisse et que son Esprit Saint vous éclaire.
      Paix à vous.
      M.B.

    • Il n’est pas “favorable”, il ne juge pas mais il s’en remet à la conscience de celui qui veut se convertir vraiment pour pouvoir recevoir les sacrements sans se moquer de l’amour de Dieu pour lui-même.

  • En écoutant de nouveau la conférence de presse du Pape François dans l’avion de retour de l’île de Lesbos, je trouve que ses dernières paroles montrent bien quelle était sa véritable intention en écrivant cette encyclique : sauver la famille qui est en crise!

    Il semble même irrité que les médias ramènent toujours la question des divorcés-remariés civilement. Remarquez que cette petite note qui est devenue le centre d’intérêt des médias semble si peu importante aux yeux du Saint-Père qu’il ne s’en rappelle même pas précisément. Il affirme aussi que si cela est dans une note, c’est qu’il ne peut s’agir d’un enseignement nouveau, mais au contraire, c’est une référence à ce qu’il avait déjà dit dans son autre Exhortation apostolique Evangelii gaudium.

    « Question du journaliste :

    J’avais la même question, mais c’est une question complémentaire, car on n’a pas compris pourquoi vous avez écrit cette fameuse note dans Amoris laetitia sur les problèmes des divorcés remariés – la note 351. Pourquoi une chose si importante dans une petite note ? Vous avez prévu des oppositions ou vous avez voulu dire que ce point n’est pas si important ?

    Réponse du pape François :

    Écoutez, l’un des derniers Papes, en parlant du Concile, a dit qu’il y avait deux Conciles : celui du Vatican II, qui se faisait dans la Basilique Saint Pierre, et l’autre le ‘‘Concile des media’’. Lorsque j’ai convoqué le premier Synode, la grande préoccupation de la majorité des media était : les divorcés remariés pourront-ils recevoir la communion ? Et puisque moi, je ne suis pas un saint, cela m’a un peu agacé, et aussi un peu attristé. Parce que je pense : mais ce media qui dit ça, ça, ça, il ne se rend pas compte que ce n’est pas cela le problème important ? Il ne se rend pas compte que la famille dans le monde entier, est en crise ? Et la famille est la base de la société ! Il ne se rend pas compte que les jeunes ne veulent plus se marier ? Il ne se rend pas compte que la baisse de natalité en Europe fait pleurer ? Il ne se rend pas compte que le manque de travail et que les possibilités de travail font que le papa et la maman prennent deux travails et les enfants grandissent seuls et n’apprennent pas à grandir en dialogue avec le papa et la maman ? Voilà les grands problèmes ! Je ne me rappelle pas cette note, mais certainement si une chose de ce genre est en note c’est parce qu’elle a été dite dans Evangelii gaudium. Certainement ! Ce doit être une citation d’Evangelii gaudium. Je ne me rappelle pas le numéro, mais c’est certain. »

    Référence :
    (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2016/april/documents/papa-francesco_20160416_lesvos-volo-ritorno.html)

    • Mais si les médias sont obsédés par cette question des divorcés-remariés, c’est entièrement à cause… du pape! C’est lui qui a choisi le cardinal Kasper pour donner le coup d’envoi, et il aurait pu à tout moment mettre un terme à la controverse, comme il n’a eu aucune difficulté à le faire pour la question de l’ordination des femmes, en disant “la question a été tranchée par mes prédecesseurs”.

  • Premièrement, la majorité de votre argumentation se base sur un principe herméneutique que l’on peut résumer ainsi :
    Tout ce qui est écrit par les papes est en accord avec le Magistère de l’Église
    L’exhortation apostolique est un écrit des papes
    L’exhortation apostolique est en accord avec le Magistère de l’Église

    La mineure est bonne, mais il existe deux lacunes dans la majeure.
    1. Voici ce que dit Vatican II, Lumen Gentium #25 au sujet du Magistère : Cet assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence est dû, à un titre singulier, au Souverain Pontife en son magistère authentique, même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, ce qui implique la reconnaissance respectueuse de son suprême magistère, et l’adhésion sincère à ses affirmations, en conformité à ce qu’il manifeste de sa pensée et de sa volonté et que l’on peut déduire en particulier du caractère des documents, ou de l’insistance à proposer une certaine doctrine, ou de la manière même de s’exprimer.
    Rien n’indique que le pape a parlé ex cathedra dans cette exhortation apostolique. Le cardinal Burke a même été dire que ce n’était pas un document magistériel. Je n’irais peut-être pas jusque là, mais il est clair que les conditions pour que le Pape parle ex cathedra ne sont pas réunies. Dans ce cas, il faut respecter le magistère du pape, c’est bien sûr, mais ce magistère n’est pas garanti infaillible et n’est pas donc pas nécessairement exempt d’erreurs.

    2. Ces erreurs du magistère se sont manifestées dans l’histoire de l’Église. Dès les premiers temps de l’Église, voici ce qui est arrivé : Galates 2, 14 :
    Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Evangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser

    Est-ce que saint Paul a interprété la pensée et les agissements de saint Pierre comme étant en accord avec la vérité ? Non, mais il l’a repris avec charité.

    Au 3e concile de Constantinople, il y a aussi la condamnation du pape Honorius 1er :
    Citation du DENZINGER : http://catho.org/9.php?d=g0
    Condamnation des monothélètes et du pape Honorius Ier
    550
    Après avoir examiné les lettres dogmatiques écrites par Serge, jadis patriarche de cette ville impériale et confiée à la protection de Dieu, à Cyrus, alors évêque de Phasis, ainsi qu’à Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, comme aussi 1a lettre écrite par celui-ci, Honorius, en réponse à ce même Serge 487 , et après avoir trouvé qu’elles contredisent totalement les enseignements apostoliques et les commandements des saints conciles et de tous les saints Pères reconnus, et qu’elles suivent bien plutôt les fausses doctrines des hérétiques, nous les rejetons totalement et nous les abominons comme dommageables pour les âmes.

    551
    Quant à ceux c’est-à-dire ceux-là même dont nous rejetons les doctrines impies, nous avons jugé que leurs noms également devaient être bannis de la sainte Eglise, à savoir les noms de Serge… qui a commencé à écrire au sujet de cette doctrine impie, de Cyrus d’Alexandrie, de Pyrrhus, de Paul et de Pierre, et de ceux qui ont présidé sur le siège de cette ville confiée à la protection de Dieu et qui ont pensé comme ceux-là ; ensuite également celui de Théodore, jadis évêque de Pharan ; toutes ces personnes ont été mentionnées par Agathon, le pape très saint et trois fois bienheureux de l’ancienne Rome, dans sa lettre à… l’empereur 542-545 et rejetées par lui comme ayant pensé contrairement à notre foi orthodoxe ; et nous décrétons que ceux- là sont également soumis à l’anathème.

    552
    Mais avec eux nous sommes d’avis de bannir aussi de la sainte Eglise de Dieu Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, et de le frapper d’anathème, parce que nous avons trouvé dans la lettre écrite par lui à Serge qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a confirmé ses enseignements.

    Ainsi, même s’il faut accorder le bénéfice du tout au Pape, il est possible qu’il se trompe. Comme l’a dit le concile Vatican I :
    3070
    Car le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les vénérables pères, vénérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes ; ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurerait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : “J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères” Lc 22,32.

    Ainsi, pour bien interpréter l’exhortation apostolique, il faut également tenir compte du contexte du contexte du synode et de l’idée folle de vouloir admettre à la communion les divorcés-remariés vivants en état de péché.

    Quand on a questionné le pape, voici ce qu’il a répondu
    Q. – (Francis Rocca, Wall Street Journal) Certains prétendent que rien n’a changé en ce qui concerne la réglementation régissant l’accès aux sacrements des divorcés remariés et que la loi et la pratique pastorale ainsi bien sûr que la doctrine demeurent inchangés. D’autres soutiennent que beaucoup a changé et qu’il y a désormais de nombreuses ouvertures et possibilités. La question concerne une personne, un catholique, qui veut savoir ce qu’il en est : existe-t-il, oui ou non, de nouvelles possibilités concrètes qui n’existaient pas avant la publication de l’exhortation ?

    R. – Je peux dire «oui», et point final. Mais ce serait une réponse trop courte. Je recommande à tous de lire la présentation faite par le cardinal Schönborn, qui est un grand théologien. Il est membre de la congrégation pour la doctrine de la foi et connaît la doctrine de l’Eglise. Dans cette présentation se trouve la réponse à votre question.

    Pourquoi cela a-t-il changé ?

    Laissons parler l’encyclique :

    À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église.[351]

    [351] Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (Ibid., n. 47 : p. 1039).

    Cela est la morale de situation et affirme une erreur grave au niveau philosophique et théologique. Certains papes sont tombés dans l’erreur morale et étaient en punition et non pas voulu dans un sens strict par Dieu. Le pape est celui justement de la confusion, car il est incapable d’affirmer clairement la vérité catholique dans un texte de 260 pages. Cela se voit par les multiples interprétations, par les débats que cela suscite. On ne peut pas se fermer les yeux et rester aveugle sur ces agissements. La vérité est simple et on n’a pas besoin de devoir connaître 10 documents antérieurs de l’Église pour la connaître. Le Pape doit simplement la rappeler et il ne le fait pas et mène les âmes en enfer.

    Vous pouvez lire ces deux nouveaux textes au sujet de la confusion du pape :

    http://leblogdejeannesmits.blogspot.ca/2016/04/le-philosophe-robert-spaemann-voit-dans.html

    http://leblogdejeannesmits.blogspot.ca/2016/04/mgr-athanasius-schneider-reagit-amoris.html

  • En passant, une censure doctrinale vise une assertion, non la personne qui l’a proférée. Elle n’a pas nécessairement à tenir compte des justifications qu’apporte son auteur (sinon par manière de considérant) ; elle vise en effet premièrement le sens obvie que tout un chacun lui donne à telle époque et dans telle région. Et pourquoi cela ? Parce que c’est ce sens obvie qui est dangereux pour la foi des simples et non pas les justifications souvent alambiquées par lesquelles un théologien peut prétendre justifier telle assertion choquante pour les fidèles.

  • Même si on peut admettre que la confusion se situe dans l’esprit des lecteurs de l’exhortation, il faut rappeler que la communication est un processus ou les deux interlocuteurs ont une responsabilité. Je pense que le pape souhaite une confusion qui permettra aux fidèles dépasseront les clivages du tout est objectif et du tout est subjectif. Mais les pasteurs qui feront une analyse stricte du document afin d’en tirer des orientations pastorales ne pourront qu’arriver à la conclusion que le pape autorise la communion pour les mariés-divorcés.

  • Intéressant !! Le cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, confirme qu’il faut comprendre « Amoris Laetitia » dans une optique de la continuité… y compris pour la note 351.
    « Cardinal Müller reminded those present that the “Church has no power to change the Divine Law” and that “not even a pope or council can change that.” He also said that it is a “misreading” of the Pope’s exhortation to say it has been the cause of polemics. »
    http://www.ncregister.com/blog/edward-pentin/cardinal-mller-magisterium-unchanged-by-amoris-laetitia

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