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Dinde de Noël et respect des animaux

Photo: Tim Bish (unsplash.com).
Photo: Tim Bish (unsplash.com).
Écrit par Francis Denis

Dans quelques jours, nous serons tous réunis avec nos familles respectives pour vivre un moment fraternel autour d’un bon repas. Des tables pleines des meilleurs mets défileront devant nos yeux pour le plus grand plaisir de nos papilles. Au centre de la présentation, une dinde bien rôtie trouvera, comme chaque année, une place de choix. Arrêtons-nous quelques instants sur cette scène féérique. Au moment même où nous célébrons la naissance de la Vie, ne sommes-nous pas également rassemblés autour de la mort?

La mort de cette dinde sacrifiée au bucher du bon gout dans nos bouches n’est-elle pas le passage nécessaire à la célébration de la vie?

Vous pensez me voir venir, mais vous n’y êtes pas du tout…

Cela m’amène plutôt à vous parler d’une querelle intellectuelle et sociétale qui a fait parler beaucoup cette année. En France comme partout ailleurs, le mouvement de l’extrémisme végane (à ne pas confondre avec le régime alimentaire végétalien) ou, en d’autres termes, les « anti-spécistes »,a pris beaucoup d’ampleur et fait parler de lui en s’attaquant à des petits bouchers sur l’ensemble du territoire de l’Hexagone et au Québec.

Pour résumer leur idéologie, les disciples éloignés de Peter Singer (qu’il traite malgré tout de « fanatiques ») affirment une égalité ontologique de tous les êtres vivants pouvant ressentir (donc ayant une certaine connaissance de leur individualité).

Nous vivrions donc dans un monde « spéciste », utilisant des concepts abstraits pour forcer une distinction de nature et non seulement de degré entre les hommes et les autres espèces animales. De cela découleraient une volonté toute puissante de l’humanité et la maltraitance animale.

C’est ainsi que, convaincus de leur supériorité morale, les extrémistes véganes légitimisent l’emploi de la violence mettant de l’avant l’étendard de la libération animale. Ce qui serait, selon eux, le dernier stade du combat contre les aliénations. 

Mauvaise idée pour un vrai problème

Ce n’est un secret pour personne, les industriels agroalimentaires n’ont bien souvent que très peu de respect pour les animaux.

Participant d’une vision à court-terme cherchant à maximiser les profits du prochain trimestre, les industries n’ont parfois que très peu d’estime pour les « variables éthiques » et pour ces précautions qui, puisque non requises par la loi stricto sensu, ne font que peu de poids contre la pression des actionnaires.

En ce sens, je vous invite à lire l’analyse pertinente d’Alain Finkielkraut telle que publiée dans son ouvrage intitulé Des animaux et des hommes. Selon ce dernier, l’élevage industriel ne respecterait pas les conditions d’une sorte de pacte implicite que nous avons avec les animaux (3 :50). L’industrialisation suffit-elle à expliquer la maltraitance inhérente à l’élevage intensif ou procède-t-elle d’une autre cause?

Une confusion fondamentale

Personnellement, le fait de faire porter le chapeau de la « barbarie des fermes à 1000 vaches » à l’industrialisation m’apparait exagéré du seul fait que l’industrialisation fait partie du décor depuis plus de deux siècles tandis qu’on a ici affaire à un phénomène nouveau. 

En ce sens, il est aujourd’hui commun de faire porter le poids de cet irrespect aux versets de la Genèse : « Soyez les maitres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. ». Le verset Genèse 1, 28 serait donc le sceau divin révélant la domination de l’homme sur la nature. Or, une interprétation authentique manifeste la responsabilité intrinsèquement liée à l’exercice même de cette autorité : 

Cette responsabilité vis-à-vis d’une terre qui est à Dieu implique que l’être humain, doué d’intelligence, respecte les lois de la nature et les délicats équilibres entre les êtres de ce monde, parce que « lui commanda, eux furent créés, il les posa pour toujours et à jamais sous une loi qui jamais ne passera » (Ps 148, 5b-6). (LS, no68)

Faire porter le poids de la maltraitance animale sur la Parole de Dieu est donc le résultat de la confusion entre les concepts d’autorité et de domination. Du point de vue chrétien, la question n’est donc pas tant celle de la critique de la domination que celle des raisons d’une déresponsabilisation de ceux qui sont en position d’autorité. 

Comment en est-on arrivé là?

Comme nous venons de le dire, l’exercice de la responsabilité du respect des animaux découle de la place de l’homme dans la hiérarchie des êtres. Retournons aux anti-spécistes puisque les idéologies du moment sont souvent bien représentatives des pathologies culturelles.

En effet, ils peuvent nous éclairer en ce que leur indignation procède des mêmes principes que ceux qu’ils combattent. Prêt à attaquer théoriquement et pratiquement leurs frères et sœurs en humanité, l’extrémisme anti-spéciste montre bien son dédain, à la fois pour les personnes humaines concrètes et la nature humaine elle-même. « Dieu se rit de ceux qui déplorent des effets dont ils chérissent les causes » disait Bossuet. En ce sens, les activistes des droits des animaux et l’industrie agro-industrielle sont des partenaires s’encourageant indirectement l’un l’autre.

Dénigrer la nature humaine n’est-ce pas le même fondement anthropologique dont procède les abus de l’industrie agroalimentaire? Ne sont-ils pas eux aussi prêts à nourrir l’humanité de composés chimiques sans véritables études à long terme?

En ce sens, ne nous traitent-ils pas eux-mêmes en cobayes en étant disposés à intégrer toxines, hormones,etc. dans notre nourriture pour leur simple profit ? Ne ressentent-ils aucune honte à modifier le génome pour rendre stériles les semences en vue de créer l’état de perpétuelle dépendance des agriculteurs, souvent ceux-là mêmes qui vivent dans des conditions d’extrême pauvreté? Je n’ai rien contre la technologie OGM in sepuisqu’elle peut être utilisée tant pour le bien que pour le mal.

Cependant, rendre un être stérile n’est-ce pas la violation d’une règle fondamentale de la vie et de sa gratuité? Cela n’entre-t-il pas fortement en contradiction avec la première partie de Genèse 1,28? La terre ne nous a-t-elle pas été donnée par Dieu afin que, par notre travail et à la sueur de notre front, nous puissions en tirer notre subsistance?

On peut ainsi conclure que le respect envers les animaux dépend du respect que nous avons envers nous-mêmes et, en un deuxième temps, de ce que nous mangeons.

Se justifier du pire

Comment de tels abus peuvent-ils trouver des justifications aujourd’hui? La réponse est en grande partie culturelle et liée à la dégradation de notre conception de la nature humaine et de sa dignité. En d’autres termes, maltraiter les animaux équivaut à se maltraiter soi-même. Comme les conséquences des crises économiques et politiques tombent toujours sur les épaules des plus faibles, les autres espèces animales payent le prix fort de la crise anthropologique de la postmodernité. 

Le respect des animaux implique donc une redécouverte de la grandeur et de la dignité de la personne humaine. L’ordre de la nature nous a été confié afin que nous puissions imiter le créateur et sa logique même (logos).

C’est en redécouvrant la splendeur et la place de notre nature dans la hiérarchie de l’univers que nous prendrons conscience de ce qui constitue de la bonne nourriture et, donc, d’un élevage animal à hauteur d’homme. La véritable solution à la maltraitance industrielle des animaux passe par une meilleure connaissance sociale et culturelle de notre supériorité ontologique devant l’ensemble du créé et de l’immense responsabilité qui découle de cette dernière.

De ce point de vue, l’industrie biologique m’apparait la plus digne de l’homme. 

Dieu, l’homme et la dinde, chacun à sa place

Ce Noël, ne nous laissons donc pas culpabiliser outre mesure par ces nouveaux moralistes sans réflexion qui auraient pu faire dire à Hannah Arendt que « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».

Redécouvrir la place de l’homme dans l’Univers dépend de la conscience de notre état de créature de Dieu. Noël est l’occasion rêvée de le remercier des dons qu’Il nous offre gratuitement.

Lorsque nous serons tous réunis autour de notre festin familial pour souligner l’Évènement des évènements qu’est l’Incarnation du Fils de Dieu, pourquoi ne pas offrir une prière à ce Dieu créateur et lui offrir en retour toute notre gratitude pour ce don de la création et l’harmonie de la hiérarchie des êtres qui rendent la vie possible. Ainsi, nous pourrons plus authentiquement invoquer la Grâce nécessaire à la prise en charge de notre rôle de protecteur et cultivateur du réel.

Bon réveillon et Joyeux Noël !

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

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