fbpx
Blogue

Diaconesses : gare au cléricalisme !

Le pape François entrant à la Maison Sainte-Marthe. Pufui Pc Pifpef I (Wikimedia - CC)
Le pape François entrant à la Maison Sainte-Marthe. Pufui Pc Pifpef I (Wikimedia - CC)
Écrit par Alexandre Dutil

Encore une fois, le pape a été mal cité.

Rendu au point où nous en sommes, ce n’est plus une surprise. En parlant à un regroupement de femmes consacrées, le pape, dans une de ses réponses, a fait allusion aux diaconesses. Il n’en fallait pas plus pour que la presse s’enflamme et lance des grands titres tels que « le pape François ouvre une porte à l’ordination des femmes ».

Dois-je rappeler que ce n’est pas ce qu’il a dit? Pourtant il me semble que le pape ouvre effectivement une porte, mais peut-être pas celle que l’on croirait.

Regard sur l’histoire

Tout d’abord, il faut dire qu’on ne sait réellement que peu de choses sur les diaconesses.

C’est probablement pourquoi le pape se disait ouvert à une étude plus approfondie sur le sujet. Ce que l’on sait c’est que les diaconesses étaient l’un des groupes offrant des services dans l’Église primitive. Il semblerait que le rôle de celle-ci était spécialement d’aider les évêques dans des situations impliquant d’autres femmes.

Par exemple lors des baptêmes (où l’on se dénudait entière pour entrer la piscine baptismale). Un autre exemple est l’inspection du corps de l’autre femme en cas de jugement matrimonial. Ce groupe d’aide était aussi un lieu de sororité pour les femmes chrétiennes.

Il faut cependant comprendre que malgré la similarité des noms, elles n’avaient pas le même rôle dans l’Église que celui des diacres. Tout comme le groupe des vierges et des veuves consacrées; les diaconesses devinrent peu à peu ce que sont les communautés religieuses féminines d’aujourd’hui.

… on souffre de cette maladie ecclésiologique qu’est le cléricalisme.

Peut-on parler des diaconesses comme d’un ministère? Je crois que oui.

Mais malheureusement, aujourd’hui, la question des ministères est piégée. De toute part, l’on souffre de cette maladie ecclésiologique qu’est le cléricalisme. Nous avons tendance à croire que le seul ministre dans l’Église est le prêtre et que tous les autres services sont réduits à néant par la grandeur de celui-ci. Ce n’était pas le cas dans l’Église primitive. Chaque service d’Église était reconnu tout en travaillant de pair.

Il suffit de lire saint Paul et son analogie du corps humain.

Servir Dieu et l’Église

En voulant faire une étude historique du rôle des diaconesses, je crois que le pape François ouvre une véritable porte sur la place des femmes dans l’Église. Il ne s’agirait pas d’imiter ce qui existe déjà, mais plutôt de reconnaître, dans un ministère propre aux femmes, un véritable service rendu à Dieu et à son Église. On pourrait ainsi imaginer le retour d’un diaconat féminin renouvelé peut-être portant un autre nom.

Dans mon travail en tant qu’agent de pastorale, je peux déjà constater ce genre de ministère nouveau.

Même si nous sommes des laïcs et que, dans certains milieux, notre place est dure à faire, nous recevons aussi une reconnaissance pour notre service. Nous avons, tout comme pour les ministres ordonnés, un mandat de l’évêque. De même, souvent la communauté apprécie l’importance de notre aide.

Plus j’avance sur cette voie, plus je constate qu’il est possible de servir de différentes manières.

À propos de l'auteur

Alexandre Dutil

Étudiant à la maîtrise en théologie avec un intérêt particulier pour l’histoire de l’Église et la liturgie, Alexandre est membre du conseil de rédaction du Verbe. Il fait actuellement un stage comme agent de pastorale pour la paroisse St-Patrick à Québec.

3 Commentaires

  • Je pense que du temps de Jésus, il y avait trois missions: (1) les apôtres, choisis par Jésus, (2) le pasteur, choisi par Jésus parmi les apôtres, Pierre étant le premier, (3) les envoyés, tout d’abord les 12 apôtres, ensuite les 72 (Lc 10,1). D’où vient l’institution des prêtres ? Et en appuis de quels versets des évangiles ?

    Je ne suis pas un anticlérical. Jésus, étant juif, reconnaissait l’autorité des prêtres juifs. Comment la prêtrise a-t-elle été instituée dans notre Église ? La problématique touchant la place des femmes en l’Église ne serait-elle pas aggravée, parce que le problème aurait été mal posé ? La parabole de la Samaritaine m’étonne encore. Jésus a communiqué à une femme vivant en concubinage la Bonne Nouvelle: «Je le [Messie] suis, moi qui te parle» (Jn 4,26).

    La femme alla dire aux gens de sa ville: «Venez donc voir un homme […]. Ne serait-il pas le Christ ?» Alors devant ce geste de Jésus envers la Samaritaine, qu’est-ce qui empêche que des femmes puissent avoir la mission de porter la parole de l’Évangile ?

    Qu’une femme soit ordonnée est une autre affaire.

  • Allô Alexandre,
    Il me semble que donner la parole aux femmes et aux théologiennes est nécessaire quant à leur rôle dans l’Église. Au Québec, Louise Melançon a écrit des articles sur la théologie féministe (dont au moins deux ont été publiés dans le Laval philosophique et théologique). Marie-Andrée Roy et Monique Dumais ont publié un ouvrage en 1989 “Souffles de femmes”. Beaucoup d’articles en théologie féministe discutent d’une manière critique les positions magistérielles romaines. De plus, des groupes et des associations publient des articles et mènent des activités : ces publications sont un reflet des demandes et des discours de la base de l’Église, soit les sujets croyants. Les sources sont nombreuses et méritent d’être examinées.

    • Bonjour,
      Bien évidemment, il faut laisser la parole aux femmes comme à tous les autres membres de l’Église. Je dois dire que je ne connais pas assez les auteurs que tu cites pour en discuter. Par contre, j’ai lu quelques auteures de ce courant au fil des années. De façon générale, je dois admettre que j’ai été assez déçu. Le problème général que j’ai constaté est que leurs arguments sont plus souvent plus basés sur la sociologie que sur la théologie. Malheureusement, je n’ai pas encore lu de texte qui arrivait de manière satisfaisant à accorder la tradition de l’Église avec le besoin de répondre aux désirs des femmes de participer à l’organisation de l’Église. De l’autre côté, je trouve qu’éviter la question est aussi une erreur. Peut-être que les lectures que tu me suggères sont différentes.

      Un autre point qui mérite d’être mentionné est qu’il faut faire attention avant d’invoquer le désir de la base. Tout d’abord parce la base est assez divisée sur la question d’après ce que je vu à partir des sondages et ce même en Occident. Deuxièmement parce qu’il ne faut pas oublier que l’Église est universelle et que si l’on consultait la base en Afrique ou en Asie les résultats seraient très probablement différents. Troisièmement, comme nous l’indique la philosophie, le désir de la majorité ne veut pas dire que quelque chose est vrai. Je pense que ces mouvements ne font qu’indiquer que la question doit être encore travaillée.

      La solution que je propose ici dans mon article, c’est-à-dire de créer un nouveau ministère, me semble à la fois permettre une plus grande place des femmes dans l’Église sans abandonner la tradition mais peut-être que je me trompe. Merci.

Laisser un commentaire