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Des écolos s’emparent d’une abbaye

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Photo: Le Verbe/ Communauté de La Bénissons-Dieu

Construit autour d’une abbaye cistercienne du 12e siècle, le village de La Bénisson-Dieu est situé en plein centre de la France. C’est dans ce village de 500 habitants que se sont installées trois familles amies pour fonder le premier écohameau catholique. Ayant les mêmes défis et questionnements spirituels, elles ont décidé de partir à la campagne pour suivre intégralement Laudato Si.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser les Nollé, les Jamain et les Scherrer à s’installer tout près de la magnifique région des Monts du Lyonnais?

À peine arrivé et le déjeuner consommé, le ton est donné : « L’écohameau de La Bénisson-Dieu prend avant tout sa source dans notre volonté de sortir d’une vie citadine », me dit François Nollé.

Et d’ajouter, tenant deux de ses enfants à bout de bras :

Il témoigne d’une volonté d’embrasser une foi qui irait au-delà du rite, qui rayonnerait et s’incarnerait dans tous les aspects de la création, incluant de ce fait un retour à la nature.

Il faut dire que, depuis de nombreuses années déjà, il existait un réel bouillonnement intellectuel chez les catholiques français vis-à-vis des dérives du mode de vie occidental et du libéralisme tant économique que sociétal. L’opposition à la loi de 2012 sur le mariage homosexuel (Mariage pour tous) a été le catalyseur de toute cette effervescence intellectuelle catholique.

Cette vaste opposition à cette loi (les manifestations ont rassemblé plusieurs millions de personnes) a été assimilée à un réveil conservateur de la société civile française. Elle a été un laboratoire fécond qui a permis à de nombreux catholiques (et à nos trois familles) de formaliser leur discours contre le constructivisme, et contre l’idée selon laquelle la nature était un matériau que l’homme pouvait manier à sa guise.

Laudato Si, une sanction papale
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Photo: Étienne-Lazare Gérôme

Le caractère profondément chrétien de l’écologie intégrale trouvait déjà sa source dans la doctrine sociale de l’Église. Laudato Si a cependant offert un fil rouge à toutes les réflexions et initiatives de nos trois familles. L’encyclique a réconforté de nombreux catholiques dans leurs choix d’un mode de vie plus simple et critique de la croissance économique.

Respecter le dynamisme de la nature, rééquilibrer sa vie en ce sens, voilà de belles postures morales qui restent cependant veines si elles ne se traduisent pas dans des actes concrets par un changement de vie radical. C’est ainsi qu’à Noël en 2015, juste après la publication de Laudato Si, les Nollé, les Jamain et les Scherrer se réunirent pour concrétiser leur projet d’écohameau. Ils fondèrent une association et rédigèrent une charte décrivant leur projet et l’envoyèrent à tous les évêques de France.

« L’objectif de notre démarche était d’obtenir un appui officiel de l’Église quant à notre projet, mais aussi d’acquérir une aide matérielle et de trouver un lieu où implanter notre projet d’écohameau », me dit Antoine Scherrer.

Toutes les réponses reçues ont été positives. Parmi toutes les propositions, c’est à La Bénisson-Dieu que nos protagonistes ont décidé de s’installer.

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Photo : Étienne-Lazare Gérôme

Attenants à l’abbaye, différents locaux peuvent servir de logements, de salles de réunion ou pour les repas communautaires. D’autres familles ont préféré acheter leur propre maison dans le village. Quant à l’abbaye (appartenant à la municipalité comme toutes les églises de France d’avant 1905), la mairie y donne l’accès aux membres de la communauté.

Et c’est un franc succès! En plus des Nollé, des Jamain et des Scherrer, six autres familles catholiques ont rejoint l’écohameau cet été (incluant le cofondateur de la revue Limite, Gaultier Bès, avec sa femme Marianne Durano et leurs deux enfants)!

Un projet spirituel, communautaire et convivial

Rejoindre l’écohameau de la Bénisson-Dieu, c’est vouloir cheminer vers une vie et une foi davantage orientées vers la nature. Celle-ci est omniprésente : potager, verger, cuisine bio, poulailler, chèvres qui gambadent derrière la maison, enfants qui jouent dehors. Cette diversité traduit parfaitement ce changement de vie radical auquel aspirent les membres.

« Si l’écologie est la science des interdépendances, alors il faut qu’elle soit aussi effective dans les relations humaines. L’écohameau est donc aussi un projet politique, communautaire et de convivialité », m’explique François Nollé.

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Photo : Étienne-Lazare Gérôme

Depuis la Révolution française, toutes les structures intermédiaires entre les individus et l’État ont été détruites (même la famille). Cela a eu pour principale conséquence un amenuisement de la solidarité entre les individus. L’enjeu est donc de réussir à recréer une communauté avec ces structures intermédiaires. Dépendre des autres est certes une contrainte pour l’homme contemporain, mais c’est nécessaire pour recréer du lien. Cela n’est possible qu’à la campagne, car l’isolement qu’elle implique force les individus à socialiser et à redevenir dépendant d’autrui.

C’est toute l’idée de l’écohameau : chacun a un chez-soi, mais tous prient ensemble et de nombreux repas sont communs. Des moments de prière réservés aux enfants sont même animés par Stéphanie Jamain au cœur même de l’abbaye médiévale. Enfin, chacun apporte son expertise et ses compétences propres au fonctionnement de la communauté.

Par exemple, une ancienne école a été acquise et sera rénovée afin et d’y scolariser les enfants de la communauté. Autre fait intéressant, « il ne sera pas nécessaire de faire appel à des enseignants extérieurs à la communauté puisqu’elle possède déjà des membres qui exercent cette profession, comme ma femme Virginie et Antoine Sherrer qui est professeur de philosophie », me dit Benoît Regnier-Vigouroux (qui a rejoint l’écohameau avec toute sa famille quelques jours avant ma visite).

Évangéliser par l’exemple
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Photo: Étienne-Lazare Gérôme

Les membres de l’écohameau ne cherchent pas à vivre entre eux de manière fermée. Ils veulent être au service de leurs prochains, à commencer par leurs voisins et les autres habitants du village. Il s’agit donc aussi d’un projet d’évangélisation. Cette dernière passe  par l’exemple, pour montrer que la foi s’incarne aussi  dans une manière de vivre au quotidien. Elle se fait aussi par des initiatives concrètes.

L’école tout d’abord. Cette dernière aura la particularité d’accueillir des enfants autistes extérieurs à la communauté. Alors qu’ils « souffrent des structures défaillantes et inadéquates du système public, l’écohameau les accueillera afin de leur offrir une éducation de qualité dans un environnement scolaire normal », affirme Virginie Regnier-Vigouroux.  Elle-même mère d’un enfant autiste, elle a réalisé que l’intégration de ces enfants était un enjeu d’écologie intégrale pour la communauté.

L’écohameau de La Bénisson-Dieu a lancé une campagne sur le site de sociofinancement chrétien Credo Funding afin de l’aider dans le lancement de son école Laudato Si. Ceux qui souhaitent y contribuer peuvent le faire ici. 

D’autres projets s’inscrivant dans cette quête d’évangélisation, de solidarité et d’ouverture verront le jour. On parle déjà d’une ferme pour les personnes en difficulté qui veulent se reconstruire par le travail de la terre. Et, également, d’une maison pour les femmes en difficulté.

Enfin, une épicerie et un jardin communautaire sont prévus afin de recréer une convivialité avec les autres habitants du village. Aussi, un projet liturgique sera mis sur pied afin de faire la promotion du chant grégorien des premiers siècles ; l’abbaye médiévale autour de laquelle la communauté s’est construite étant le lieu parfait pour une telle initiative.

Autant dire qu’on ne chôme pas à la Bénisson-Dieu !

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À propos de l'auteur

Étienne-Lazare Gérôme

Étienne-Lazare Gérôme collabore au Verbe depuis 2017. Adepte d'un ton franc, direct, et souvent tranché, sa plume aiguisée est singulière, mais fait toujours montre de justesse, de compassion, et d'empathie.

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