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Complément biblique au devoir de bienveillance

Un texte de Sylvain Aubé, en complément de Carnivore et bienveillant?

Des chrétiens qui connaissent bien la Bible peuvent vouloir résoudre mon examen de conscience de façon très simple: en me mentionnant que Dieu nous ordonne de manger de la viande. En effet, Actes 10:9-16 semble confirmer la légitimité de la consommation de la viande:

« Le lendemain, tandis qu’ils faisaient route et approchaient de la ville, Pierre monta sur la terrasse, vers la sixième heure, pour prier. Il sentit la faim et voulut prendre quelque chose. Or, pendant qu’on lui préparait à manger, il tomba en extase. Il voit le ciel ouvert et un objet, semblable à une grande nappe nouée aux quatre coins, en descendre vers la terre. Et dedans il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles, et tous les oiseaux du ciel. Une voix lui dit alors : “Allons, Pierre, immole et mange.” Mais Pierre répondit : “Oh non! Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur.” De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle : “Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé.” Cela se répéta par trois fois, et aussitôt l’objet fut remporté au ciel. »

Avant de répondre à cette mention, je souhaite faire valoir que les interprétations les plus simples de la Bible peuvent mener à de graves aberrations morales. Par exemple, Éphésiens 6:5-8 semble confirmer la légitimité de l’esclavage :

« Esclaves, obéissez à vos maitres d’ici-bas avec crainte et tremblement, en simplicité de cœur, comme au Christ ; non d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ, qui font avec âme la volonté de Dieu. Que votre service empressé s’adresse au Seigneur et non aux hommes, dans l’assurance que chacun se payé par le Seigneur selon ce qu’il aura fait de bien, qu’il soit esclave ou qu’il soit libre ».

Il faut admettre que l’interprétation esclavagiste de ce passage n’est pas farfelue à première vue: il est naturel de lire ce passage comme une légitimation de l’esclavage. Il aura fallu des siècles de discernement et de progrès moral pour comprendre que l’esclavage est immoral. Ce passage parle de l’esclavage de façon accidentelle; l’enseignement essentiel concerne plutôt l’état d’esprit dans lequel on doit obéir à l’autorité humaine. Lorsque l’on obéit à l’autorité humaine, on ne le fait pas pour plaire à ceux qui détiennent l’autorité, mais plutôt par une générosité qui trouve le sens de sa vie en offrant des services.

De même, je crois qu’il faut distinguer ce qui est accidentel de ce qui est essentiel dans Actes 10:9-16. Est-ce que la consommation de la viande est l’enseignement essentiel de ce passage, ou est-ce qu’il s’agit d’un aspect accidentel? N’est-il pas plus sensé de voir l’enseignement essentiel dans l’idée que Dieu a sanctifié toute la création et que, contrairement aux anciens enseignements judaïques, il est faux de croire que certains animaux sont intrinsèquement impurs? Il me semble que cette interprétation est à la fois plus cohérente avec la formulation du texte et avec le thème général des Évangiles.

Les interprétations simples de ces deux passages ont aussi en commun de rendre légitimes la satisfaction de nos désirs égoïstes. Il ne s’agit pas d’une raison pour les rejeter à première vue puisque le Christ nous encourage à combler nos désirs légitimes. Cependant, lorsqu’on interprète un passage comme s’il nous permettait de combler nos désirs aux dépens d’autres personnes ou de créatures envers lesquelles nous avons un devoir de bienveillance, nous devrions être méfiants face à nous-mêmes.

Je termine en admettant que la Bible ne contient aucune prohibition explicite de la consommation de la viande. Cependant, l’esclavage n’est pas prohibé par la Bible non plus, et pourtant tous les chrétiens d’aujourd’hui reconnaissent que sa prohibition est un grand progrès moral. Bien que la Bible ne prohibe pas l’esclavage de façon explicite, elle a inspiré ceux qui ont aboli l’esclavage. De même, je pense qu’elle peut inspirer le végétarisme.

« Dieu dit: “Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la Terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. » (Genèse 1:29)

« Le loup et l’agneau paitront ensemble, le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent aura la poussière pour nourriture. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, dit l’Éternel. » (Isaïe 65:25)

À propos de l'auteur

Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

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