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Carnivore et bienveillant?

Photo: Pixabay (Ryan McGuire - CC)
Photo: Pixabay (Ryan McGuire - CC)
Écrit par Sylvain Aubé

En s’opposant à des pratiques telles que l’euthanasie et l’avortement, les chrétiens réclament parfois le titre de défenseurs de la vie. Pourtant, un autre groupe réclame ce titre : les végétariens.

En effet, si les chrétiens admettent que la vie humaine est sacrée et qu’elle doit être protégée de façon inconditionnelle, la protection que mérite la vie animale est un thème dont on ne discute pratiquement pas sur les parvis. On peut toutefois trouver des commentaires à ce sujet dans le Catéchisme de l’Église catholique aux paragraphes 2415 à 2418.

Devoir de bienveillance

En faveur de la protection de la vie animale, il y est mentionné que « [l]es animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. » Il y est aussi écrit que « [i]l est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. »

En faveur du pouvoir humain sur les animaux, il y est mentionné que « [l]es animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l’humanité passée, présente et future » et, plus loin, que « Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. »

Ainsi, on peut se poser la question à savoir comment concilier la gérance humaine des animaux avec notre devoir de bienveillance à leur égard. Dans quelle mesure pouvons-nous nous « servir » des animaux sans leur infliger une souffrance « inutile »? L’Église n’offre pas de réponse à cette question, elle nous offre les principes à partir desquels nous la posons.

Problème moral

Bien que ce soit rarement le cas dans un contexte d’agriculture industrielle, on peut consommer le lait des vaches et la laine des moutons sans les faire souffrir. Ce sont des façons « de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements » qui ne posent aucun problème moral. En tant que telle, cette mention du Catéchisme n’entérine donc pas la légitimité intrinsèque de la consommation de la viande. Il faut pousser la réflexion plus loin.

On ne torture pas des créatures envers lesquelles nous avons un devoir de bienveillance au seul motif que nous voulons économiser quelques dollars en achetant notre viande.

D’une part, il y a une évidence : la souffrance infligée aux animaux dans notre contexte d’agriculture industrielle est inutile et donc illégitime. On ne torture pas des créatures envers lesquelles nous avons un devoir de bienveillance au seul motif que nous voulions économiser quelques dollars en achetant notre viande, nos produits laitiers ou nos œufs. De plus, l’agriculture industrielle cause d’importants dégâts écologiques.

D’autre part, il y a une question scientifique : la consommation de viande est-elle nécessaire à la santé humaine? Des informations contradictoires circulent à ce sujet ; à chacun de se former une opinion éclairée. Mais dans la mesure où la consommation de viande n’est pas nécessaire à la santé humaine, peut-on dire qu’elle est utile? Peut-on prétendre que le plaisir gustatif rend légitimes la souffrance et la mort de créatures envers lesquelles nous avons un devoir de bienveillance?

Aveuglement volontaire?

Nous serions scandalisés si quelqu’un tuait son animal domestique pour jouir du gout de sa chair ; n’est-ce pas une sorte d’aveuglement volontaire qui nous rend à l’aise de faire cela avec les animaux que nous n’avons jamais vus? Pour ma part, j’imagine les animaux que je mange et je me sens cruel en réalisant que je leur inflige souffrance et mort pour la seule raison que j’ai envie de ressentir du plaisir sur ma langue durant quelques instants.

Certaines personnes ayant vécu en compagne me font valoir que cette sensibilité est propre à une vie citadine puisque, par contraste, ceux qui côtoient les animaux de ferme au quotidien n’ont aucun malaise à les abattre pour s’en nourrir. À cela, je rétorque qu’une telle l’insensibilité acquise n’est pas le signe d’un regard plus juste. L’insensibilité des bourreaux des esclaves ne constituait pas un regard privilégié sur l’esclavage par sa proximité à celui-ci, elle résultait plutôt d’une déformation de la conscience innocente face à l’esclavage.

Je pense que ce parallèle est valide par rapport aux animaux même si l’enjeu est distinct. Tous les enfants sont d’abord horrifiés à la vue d’un animal qu’on met à mort ; c’est seulement l’habitude et la normalité culturelle qui peuvent nous y désensibiliser, comme pour l’esclavage. Si nous devions retrouver cette conscience innocente face aux animaux, je doute fort que nous légitimions la consommation de la viande – particulièrement celle qui provient d’élevages industriels – comme nous le faisons. C’est l’examen de conscience auquel je m’adonne présentement.

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Pour aller plus loin :

Complément de passages bibliques alimentant la réflexion de l’auteur.

À propos de l'auteur

Sylvain Aubé

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

1 commentaire

  • Bonjour Sylvain,
    Je vous félicite pour cette réflexion pertinente, je suis heureux de constater que des catholiques portent la question animale comme préoccupation, il s’agit d’une dimension importante qui a été et est encore trop ignorée par l’Église. J’ai écrit quelques textes à ce sujet dont le dernier publié dans la revue Sciptura, je peux vous en faire parvenir une copie si vous le désirez. Merci de votre contribution !

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