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2018-10 Adolescence

Chips, liqueur, Jésus

Photo: Raphaël de Champlain.
Photo: Raphaël de Champlain.

De quoi avions-nous envie quand nous étions adolescents? Essentiellement, nous pourrions résumer cela à trois trucs tout simples: être entre ados, être traités comme des adultes, ne pas se faire bourrer par les grands sur les choses importantes de la vie. C’est, en gros, ce que propose le parcours de la postconfirmation ayant débuté au printemps 2018 dans la paroisse de Notre-Dame de Beauport, à Québec. Zoom sur une expérience pastorale qui, à peine entamée, récolte déjà ses premiers fruits.

En théorie, le sacrement de la confirmation constitue le point de départ de la vie missionnaire des disciples du Christ, désormais propulsés par le carburant intarissable de l’Esprit Saint. Dans les faits, il s’agit bien souvent d’une onction avant le grand voyage des jeunes – souvent en aller simple – hors de l’Église.

Ce constat pas jojo du tout, il ne se fait pas qu’au Québec. Et il ne date pas d’hier.

Photo: Raphaël de Champlain.

Photo: Raphaël de Champlain.

Panem et catéchisme

À la fin des années 1990, à l’instigation du Chemin néocatéchuménal, une paroisse romaine lance un parcours de post-cresima (littéralement «après la confirmation») avec le but avoué d’offrir à tous les adolescents récemment confirmés une pastorale qui les rejoigne là où ils sont… pour les élever jusqu’où ils aspirent à être.

Bien sûr, la formule n’est pas une recette miracle pour transmettre la foi aux jeunes. Mais le fait qu’on retrouve aujourd’hui des parcours de postconfirmation dans plus de 25 pays s’explique assez aisément: ce type de pastorale tient compte des besoins à la fois psychologiques, physiologiques, sociaux et spirituels spécifiques des adolescents.

En fait, au départ, il y a eu l’appel lancé par le curé de la paroisse de Beauport pour savoir si des couples étaient prêts à ouvrir leur foyer à quelques jeunes, chaque vendredi soir, et ce, pendant environ… six ans!

Croyez-le ou non, il y avait plus de couples disponibles que nécessaire. Avec mon épouse, je fais partie des cinq familles «enrôlées». Depuis lors, chacun de ces couples accueille, chaque vendredi, une demi-douzaine d’ados ayant entre 11 et 18 ans.

Les séries de rencontres sont rythmées par des grands thèmes qui sont abordés, chaque fois, durant quatre vendredis: les dix commandements, les vertus théologales et cardinales, les œuvres spirituelles et corporelles de miséricorde, etc.

Inscrire une action pastorale dans une relation à long terme, qui s’échelonne sur plusieurs années, peut paraitre exagéré. Toutefois, penser ainsi serait sous-estimer la valeur d’une relation de confiance, de réel parrainage, qui ne peut se tisser qu’avec le temps. Aussi, la composition du groupe, mixte et regroupé par tranches d’âge, demeure inchangée au fil des années: les mêmes ados restent ensemble et avec les mêmes parrains tout au long du parcours.

Photo: Raphaël de Champlain.

Photo: Raphaël de Champlain.

Panem et circenses,disait l’adage antique. Du pain et des jeux suffisaient à obtenir la paix à Rome? Aujourd’hui, les jeux (vidéos), ils les ont au bout des pouces. Mais du pain… ils n’en ont jamais assez! Sans surprise, chaque rencontre se déroule autour d’une table.

Pastorale du foyer

La première rencontre a lieu au foyer du couple de «parrains». L’accueil dans la famille est fondamental. Les adolescents y voient des adultes autres que leurs parents, mais pas si différents de ceux-ci: des personnes qui n’ont pas toujours la patience requise avec les enfants, qui s’aiment avec autant de bonne volonté que de maladresses, etc.

Tout le monde apprécie les commodités des sous-sols d’églises soigneusement éclairés aux néons, mais convenons que rien n’égale la chaleur d’un foyer, d’une «Église domestique».

À l’heure convenue, on s’assoit autour de la table, on prie et on pose une question toute simple sur le thème abordé durant le mois à venir. Par exemple: «Que penses-tu de ce commandement? Qu’en pensent les gens autour de toi, à l’école, tes profs, tes amis?» La parole est à eux. Tout le contexte leur permet de partager librement ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient, sans craindre le jugement des pairs et des adultes. Curieusement, les ados se révèlent moins taciturnes que l’on pourrait croire.

On termine la rencontre par un bref temps de prière. Au bout d’une heure, maximum, tout est bouclé. C’est alors le temps de sortir une collation (croustilles, boissons gazeuses, plateau de fruits, et parfois même une bonne pizza!) pour fraterniser un peu, informellement.

Le deuxième vendredi du mois, partant toujours du même thème que la semaine précédente, la question est toutefois différente: «Que dit la Parole de Dieu sur ce sujet?» Si vous n’avez jamais vu huit adolescents en silence, la face plongée dans leur Bible, scrutant les Écritures, je vous assure que le spectacle est grandiose.

Et leurs yeux s’écarquillent en lisant: «Il vous a été dit: “Tu ne tueras point.” Eh bien! moi, je vous dis…» La Parole de Dieu n’est pas une lettre morte. Elle prend chair dans leur vie et éclaire leurs expériences, leurs questionnements, leurs épreuves.

On enchaine avec un bref temps de partage, prières et collation. Après chaque soirée, les parrains reconduisent les ados jusqu’à leur domicile.

Vérité et miséricorde

La troisième rencontre est un peu différente des deux premières en ce sens qu’elle se déroule à la paroisse (les photos de ce reportage ont été prises lors de cette rencontre).

Après s’être exprimés sur le thème suggéré (premier vendredi), puis après avoir écouté ce que le Christ demande par un court temps de lectio divina (deuxième vendredi), les jeunes reçoivent – au cours d’une célébration de la Parole au terme de laquelle ils peuvent se confesser à un prêtre – l’enseignement de l’Église par une homélie spécialement appuyée sur le magistère.

[La vérité reçue nous rend libres d’accueillir les grâces d’accomplir, en Jésus Christ, ce que notre nature blessée ne parvient pas à faire: la volonté de Dieu.]

Une trentaine d’ados qui accourent au sacrement de la réconciliation, chaque mois, voilà qui donne envie de sacrifier les sorties cinéma du vendredi soir pour encore quelques années.

Photo: Raphaël de Champlain.

Photo: Raphaël de Champlain.

Pastorale de la table

Enfin, le dernier vendredi de chaque cycle thématique se termine par un banquet solennel au foyer des parrains.

Tout le monde se met sur son trente-et-un. Les parrains, les confirmés et même, le cas échéant, les enfants du couple.

Les parrains ont préalablement préparé un repas copieux afin que nos convives se sentent traités avec la plus grande dignité.

À l’heure où tant de jeunes mangent devant leur téléphone, où leurs parents mangent devant la télévision, et où tout le monde se sert dans le frigo à toute heure du jour et de la nuit, la transmission d’une «culture de la table», trésor négligé de la civilisation chrétienne.

Photo: Raphaël de Champlain.

Photo: Raphaël de Champlain.

Lors de ce quatrième vendredi, les ados partagent ce qu’ils ont vécu durant le dernier mois en lien avec le thème abordé. Ensuite, les parrains les invitent à s’appuyer sur Jésus Christ pour que puisse se réaliser en eux ce qu’ils ont reçu durant les rencontres. Le banquet vient sceller cette alliance avec le Seigneur pour mener le combat et poursuivre la route.

Et on reprend un autre cycle de quatre rencontres sur un autre thème le vendredi soir suivant.

*

Des chips, des boissons gazeuses et une solide formation chrétienne basée sur le Catéchisme de l’Église catholique. Je l’écrivais plus haut, il ne s’agit pas d’une formule magique aux résultats garantis. Mais il s’agit d’un cheminement qui prend les faims et les soifs des ados au sérieux.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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