Société

Un couple pas comme les autres

Photo: Fotolia
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Encouragés par le récit d’Emmanuelle et Nicolas, qui ont bravement osé parler de leur « parentalité » postmoderne dans Marie Claire, Simon et Marie-Hélène ont décidé eux aussi de sortir de l’ombre. Histoire rocambolesque d’un couple de marginaux qui défie toutes les normes en vigueur. Un témoignage troublant.

Simon et Marie-Hélène* ont la mi-vingtaine. Elle finit un bac en histoire et lui est ouvrier depuis deux ans dans une usine de pièces d’autos. Ils se sont rencontrés dans une soirée de prière, à la paroisse, en mars 2011, puis se sont mariés l’été dernier.

Marie-Hélène se rappelle encore la réaction de ses proches lors de la distribution des faireparts :

Au début, quand on a annoncé à notre entourage qu’on avait discerné un appel au mariage – chrétien de surcroit – ç’a été le choc. Mes copines nous trouvaient un peu jeunes. Elles ne comprenaient pas pourquoi je voulais me priver de tous ces mecs que je pourrais rencontrer dans les prochaines années…

- Marie-Hélène, 24 ans

Interrogé sur la réaction de ses amis lorsqu’il a annoncé qu’il allait se marier à 25 ans, Simon a la gorge nouée. Il n’oubliera jamais cette soirée où ses potes l’ont trainé de force jusqu’au bar de danseuses du village. Ils voulaient le convaincre qu’il faisait une grave erreur.

Ils m’ont bandé les yeux et m’ont mis dans le char de mon chum Steeve. Pis là, quand j’ai réussi à l’enlever [le bandeau], j’ai vu qu’on était rendus dans le parking du bar Chez Ginette. J’ai couru, couru… J’ai comme vu ma vie défiler dans ma tête.

- Simon, 26 ans

Malgré tout, le jeune couple raconte qu’ils ont invité tous ces amis à leur mariage, célébré dans l’église Ste-Gertrude. Ceux-ci ont été émus aux larmes de voir des jeunes se promettre fidélité.

Procréation assistée

Marie-Hélène s’ouvre pour la toute première fois. Elle accepte ici de nous expliquer leur démarche de procréation, entamée dans les semaines qui suivirent leur union.

Je sais que ça peut paraitre bizarre pour ben du monde, mais, Simon et moi, même si la tendance est au plaisir en solo, on a décidé qu’on voulait juste essayer d’avoir des enfants en faisant l’amour ensemble, sans contraception. Je vous passe les détails.

Simon enchaine:

Au début, ça marchait pas. Après six mois, le médecin nous a référés à la clinique privée de fertilité de son collègue Dr B. en nous disant que les frais seraient remboursés par l’État. On trouvait ça louche. Fait qu’on est retournés à la maison, pis on a continué de faire ce qu’il faut avec une ardeur renouvelée. Quelques semaines plus tard, le test était positif.

Les deux tourtereaux attendent aujourd’hui leur petit François avec impatience. Mais ils n’étaient pas au bout de leurs peines…

Des marginaux

Ils n’ont pas encore peinturé la chambre de bébé François, ni acheté le petit lit, les 35 pyjamas, les 43 caches-couches, la poudre à bébé, les lingettes, les piqués, la table à langer, le siège d’auto, les bébelles, le Tylenol pour nourrissons et l’huile apaisante pour peaux fragiles.

À ce sujet, Simon raconte un épisode particulièrement douloureux.

Au party de Noël, une de mes collègues nous a traités de parents indignes parce que la chambre de bébé n’était pas encore prête, 4 mois avant la date prévue d’accouchement! Ma femme a trouvé ça très dure… de pas l’envoyer ch*er. Mais elle a réussi, grâce à Dieu!

Marie-Hélène trouve parfois difficile de vivre en couple. Simon, sourire en coin, avoue que lui aussi trouve le quotidien parfois exigeant. Surtout depuis que sa douce est enceinte.

Pour résoudre leurs problèmes de ménage et autres petites querelles, les deux jeunes se réfugient dans la prière et se demandent pardon pour leurs torts, tous les soirs, sur l’oreiller.

*

S’ils ont accepté de livrer leur témoignage au Verbe, c’est que Simon et Marie-Hélène veulent dire au monde « qu’il n’y a pas un seul modèle de famille ». Ils disent ne pas se reconnaitre dans le modèle familial proposé par les téléromans d’aujourd’hui.

Nageant, pourrait-on dire, à contrecourant, ils ont la tête haute et semblent plutôt fiers d’assumer leur marginalité.

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Note :

* Noms fictifs. Les jeunes parents ne sont pas encore prêts à affronter le regard réprobateur de leurs proches et préfèrent, pour l’instant, garder l’anonymat.

** Ce récit semi-satyrique, faut-il le préciser, est une pure invention de l’auteur. Il s’agit d’une réponse au pullulement de récits/témoignages/reportage de gens soi-disant marginaux qui sortent du placard pour dire tout haut exactement ce que les médias traditionnels leur indiquent de faire : vivre « l’amour libre » durant la vingtaine, se désoler de ne pas trouver l’âme sœur au tournant de la trentaine puis, après avoir réalisé le projet-études, le projet-voyage, le projet-carrière et le projet-condo, décident de se mettre au projet-bébé.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

1 commentaire

  • Merci Antoine. c’est vrai que la situation de ce couple est dérangeante. En même temps, je me retrouve moi-même un peu dans la même situation; je n’ose pas dire à mes collègues de travail que je n’ai pas habité avec ma fiancée avant de me marier avec.

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