Société

Name-dropping

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Il est généralement bien vu, dans les milieux wanna-be intellos (comme une salle de profs de cégep) de laisser tomber des noms d’auteurs obscurs dans une conversation. Comme le Petit Poucet lâchait des cailloux dans la forêt. On appelle ça du name-dropping.

 

On a l’air de connaître des choses quand on pratique le name-dropping. On retrouve cette pratique aussi dans un café branchouille quand on entend des bobos ou des « artisses » parler de leurs réalisateurs préférés.

Pratique subtile, mal comprise par les non-initiés, le name-dropping est l’un de mes sports préférés. C’est périlleux : faut pas dire un nom que l’interlocuteur connaît, sinon il pourrait nous demander d’approfondir sur le sujet…

Je me risque ici. Je vais dropper trois noms de politiciens. Vous risquez de les connaître. On pourra discuter de cette amorce bien superficielle (750 mots, c’est trop peu pour péter ma coche) dans la section commentaire du blogue… Je vous invite même à y laisser tomber quelques noms à votre tour. 

Couillard

Entendu cette semaine sur les ondes :

Philippe Couillard, au lendemain du caucus libéral durant lequel Fatima Houda-Pepin a claqué la porte du parti, se vantant de pouvoir enfin se concentrer sur la première préoccupation des Québécois : l’économie.

Déprimant, non?

Je vous l’accorde, le débat sur les valeurs québécoises prend toutes sortes de directions depuis quelques mois. On comprend (un peu) Couillard de vouloir en finir avec tout ça. Il semble trouver les péquistes un peu nonos d’avancer à tâtons comme ça, de se fourrer la main dans un panier de crabes pour voir s’ils n’y trouveraient pas notre identité collective.

Couillard a (un peu) raison. Avec ce débat, on court le risque d’entendre des âneries comme celles entendues cette semaine à la Commission parlementaire portant sur ce projet de loi.

Ça m’angoisse autant que vous : je ne sais trop quoi penser de tout ça. Je me questionne sur la modernité, sur la laïcité, sur la place de la religion dans la vie publique. Mais ce qui m’angoisse encore plus, c’est de penser qu’un éventuel premier ministre du Québec (M. Couillard) n’a tellement rien à cirer de tout ça qu’il se dépêche de balayer – d’un geste typiquement libéral – la poussière sous le tapis en « interdisant d’interdire ».

« Allez hop! Qu’on parle de fric maintenant » que je l’entends dire.

J’espère, contrairement au souhait de Couillard, que le débat ne s’essoufflera pas dans les prochaines semaines : le numéro de mars de La vie est belle! traitera du dialogue interreligieux.

Tremblay

Je me désole aussi du traitement médiatique réservé à la bataille menée par le maire de Saguenay. En gros, un Conseil municipal démocratiquement élu va possiblement voir ses décisions battues par un jugement de la Cour suprême. En fait, Tremblay souhaite que l’institution politique qu’il représente (le conseil de ville) soit souveraine et que ses décrets cessent d’être constamment remis en question par des groupes de pression (lire : Mouvement laïque du Québec).

Si vous vous demandez ce que signifie l’expression « judiciarisation » de la société, on vous en reparle dans l’édition d’avril de La vie est belle!

C’est sûr que le monsieur Tremblay a un accent fort. Qu’il a un style bien à lui. C’est donc plutôt bien vu, au Québec, de se moquer de ce type de politicien.

Certains athées, dans cette histoire, se sentent profondément lésés par le fait que le Conseil municipal de Saguenay refuse de retirer le crucifix et continue de réciter la prière avant la tenue du Conseil. Lésés au point de réclamer des dizaines de milliers de dollars en dommages… On brandit l’argument de la séparation de l’Église et de l’État.

Marois

Séparer l’Église et l’État. Bonne idée! Mais désolé, vous arrivez un peu tard dans le débat. Le maire de Saguenay nous le rappelle bien justement : l’institution ecclésiale catholique N’A PLUS UN TRAITRE MOT À DIRE dans les affaires de l’État. Rien. Arrêtez vos niaiseries de craintes d’un retour à l’ère Duplessis.

Pensez-vous sérieusement que Pauline appelle Mgr Lacroix avant de prendre une décision? Ou pire : pensez-vous sérieusement (essayez de la dire sans rire) qu’il y a des curés en soutane qui rôdent dans les coulisses du Parlement pour faire pression sur les élus pour qu’ils interdisent la vente de condoms dans les pharmacies? Pensez-vous vraiment que Mme Marois s’inquiètera de la position de l’Assemblée des évêques concernant le projet de loi 52?

C’est vrai, on est un peu naïfs. Faudrait se méfier davantage du copinage entre l’Église et le gouvernement.

Come on.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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