Société

L’effet Matthieu

Photo: Fotolia
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Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.

- Mt 13, 12

Au départ, le Christ aurait utilisé la formule pour inciter ses disciples à ouvrir l’oreille. Plus on écoute la Parole de Dieu, plus on en tire bénéfice. En 1968, le sociologue Robert K. Merton faisait référence à l’évangile selon saint Matthieu pour illustrer les mécanismes selon lesquels les universités les plus prestigieuses ont tendance à accroitre leur domination.

Depuis, ce qu’on appelle désormais l’« effet Matthieu » (le disciple était collecteur d’impôts, ça ne s’invente pas!) a été utilisé dans divers domaines. Dont l’économie.

Résumons simplement : plus t’es riche, plus t’es riche. Et plus t’es riche, plus t’es en mesure de tirer avantage – légalement, s’entend – de mesures de distribution de la richesse qui, a priori, ne t’étaient pas destinées.

Chacun son char de pôvre

En retournant l’autre jour à la maison dans ma minivan 2005 de luxe, j’ai croisé un immense panneau publicitaire vantant les mérites d’une voiture 100% électrique : la BMW i3.

En lettrage aussi gros que celui de la marque, on pouvait aussi lire « 8000$ de rabais gouvernemental ». Soit pas mal plus que la valeur de ma minoune.

Il pleuvait. J’ai probablement mal lu.

Vérifications faites : j’avais bien lu.

Les efforts pour sauver la planète de valeureux conducteurs de BMW i3 – et de quelques autres marques de voitures « écoresponsables » comme la A3 Sportback e-tron ultra Hatchback 2016 – sont remerciés de faire un geste vert avec des milliers de dollars.

Nuance

Évidemment, je ne suis pas contre la vertu. J’applaudis mes concitoyens nantis qui font le choix difficile entre une Audi A3 (seulement 4000$ de remise) et une BMW i3 (8000$ de remise).

Je suis bien d’accord pour faire des efforts collectifs pour réduire la pollution. Bien d’accord, aussi, d’encourager certains choix de consommation plutôt que d’autres.

Toutefois, ici, ça manque un peu de subtilité. Subventionner aussi outrageusement un produit de luxe me semble une grave insulte à l’honnête citoyen qui peine à boucler les mois.

Et, malheureusement, force est de constater que l’effet Matthieu n’est pas seulement applicable à ceux qui écoutent l’évangile et en récoltent grâce sur grâce.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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