Société

Le dogme des garderies

Illustration: Joëlle Renauld
Illustration: Joëlle Renauld

Je suis un peu surpris de l’absence de quelques éléments dans le débat sur les garderies.
Au risque de recevoir quelques tomates, je pense que la réflexion devrait embrasser plus large et dépasser les considérations fiscales.
Ce billet ne parlera pas de Jésus. (Désolé pour ses fans. J’y reviendrai dans les prochaines semaines, promis.) Il traitera d’une autre religion : les garderies.

Vous faites quoi, vous, avec vos flos? Je veux dire, entre 8h et 17h, du lundi au vendredi. Qui – quand vous partez travailler – s’occupe des mioches?

(…)
Bon, je n’attendrai pas votre réponse.

J’ai visité les données fournies par l’Institut de la statistique du Québec. Pis disons que ça décrit très précisément ce que j’observais autour de moi.

Lorsqu’on compile les préférences des parents quant à la garde (ou non) de leurs enfants, ils sont :
50% à préférer garder l’enfant à domicile avant l’âge de 1 an;
24% à préférer garder l’enfant à domicile à l’âge de 1 an;
8,7% à préférer garder l’enfant à domicile à l’âge de 2 ans;
4,3% à préférer garder l’enfant à domicile à l’âge de 3 ans;
3% à préférer garder l’enfant à domicile à l’âge de 4 ans.

Je n’ai jamais été un grand partisan du parti libéral québécois. Couillard ne me laisse pas une impression d’être là pour les bonnes raisons. Même que la plupart du temps, je déteste carrément ce parti.

À voir les chiffres ci-haut, il n’est pas surprenant que l’augmentation éventuelle des tarifs des garderies ne laisse personne indifférent au Québec.
Mais là, je ne peux m’empêcher de sourire, un peu, juste ici, dans le coin gauche de ma face.

Le principe fondateur menacé

Le devoir d’hier matin s’inquiétait : « c’est le principe fondateur même des CPE qui est en jeu. »
Je lis entre les lignes et j’ai comme le vague sentiment qu’il est devenu malsain, en démocratie, de discuter, de remettre en question des dogmes/idéologies. Comme la garderie.

Ce principe fondateur, c’est l’universalité du système. Pas dans le sens d’accès universel. Mais plutôt dans le sens que le système est fait pour que tous les enfants du Québec soient extirpés des entrailles de leur foyer au plus vite. Universel dans le sens : marginalisation sociale et économique de ceux qui font un choix différent de celui imposé par l’État et le patronat.

Le patronat? Qu’est-ce qu’il vient faire ici? Bien oui! La loi de l’offre et de la demande, ça vous dit quelque chose? Plus d’ouvriers disponibles sur le marché de l’emploi = salaires plus bas.

De son côté, la plutôt-à-gauche Françoise David, de Québec solidaire, juge que « cette avenue d’un financement en fonction du revenu était injuste et irresponsable. » J’ai beau retourner la formulation de tous les sens et je ne vois pas ce qu’elle veut dire.

C’est un peu comme si Robin des Bois était contre l’idée de mieux répartir la richesse. Puis, je me rappelle ce qui a présidé à l’instauration de ce système mur-à-mur signé Pauline Marois. L’objectif avoué était de sortir les mères des foyers. Et, par la bande, les enfants aussi.

Elles seraient donc beaucoup plus libres qu’avant. Libres de rester à la maison si elles le désirent? Libre d’aller travailler pendant que le père s’occupe des kidos?

Non.

Le dogme en question

Comme si un parent (une mère ou un père) ne pouvait être une personne pleinement épanouie en s’occupant de ses enfants. Ce qu’il lui faut pour être heureux(se) – et ça, le gouvernement le sait – c’est aller contribuer à l’économie nationale en boostant le PIB.

Les chiffres qu’on oublie de compiler et de nous montrer, ce sont les épuisements professionnels et les dépressions liés – de près ou de loin – à la vie de FOU qu’on mène. C’est le progrès. Et faut surtout pas en discuter. Chut.
Un dogme, on ne peut pas remettre ça en question.

Pendant qu’on court après notre queue, pendant que nos enfants se font élever par des inconnu(e)s, pendant qu’on accumule les factures pour les deux chars nécessaires à nos déplacements aux quatre coins de la ville… Pendant ce temps-là, on ne remet pas en question le dogme que « ça prend deux salaires pour vivre aujourd’hui ».

Pour ceux qui en douteraient, je crois fermement que ça prend des services de garde de qualité et accessibles partout au Québec. Je crois aussi qu’il faut porter une attention particulière aux mères économiquement défavorisées, afin qu’elles aient accès à ces services à peu de frais. Je crois qu’une femme doit pouvoir travailler et contribuer à la vie économique et sociale d’un pays de la manière qu’elle veut bien. Incluant en restant à la maison, si c’est ce qu’elle désire.

La sociologue Annie Cloutier milite depuis quelques années déjà pour qu’on repense le féminisme au Québec. Je pense aussi qu’on est rendus là.
Vous le dites vous-mêmes : de nos jours, on n’a pas le choix de travailler tous les deux. Ou plutôt, on accepte docilement de ne pas avoir le choix et de ne pas discuter collectivement de ce choix qu’on s’est retiré.

Tiens, j’ai une idée. Prenons les 2,3 milliards investis par l’État dans les garderies et donnons-les aux parents. Voyons voir les choix qu’ils feront.
Voyons voir si la condition des femmes dégringole jusqu’à l’âge de pierre. Voyons voir si elles seront confinées au rôle de ménagères frustrées ou aliénées.◊

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

Laisser un commentaire