Société

La mort tout de suite, un bain plus tard

Photo: Fotolia
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Moins long d’obtenir une injection létale qu’un bain? Il semble qu’au Québec, de nos jours, ce soit le cas.

Le premier ministre Couillard avait annoncé en campagne électorale qu’il ferait des soins à domicile (SAD) une des priorités en santé de son gouvernement. Moins de deux ans plus tard, un reportage nous apprend (ou nous rappelle, pour madame Tremblay qui le savait déjà) que l’attente pour les services de maintien à domicile des CLSC peut durer jusqu’à 8 mois.

« Le cout net d’une place en CHSLD public pour une personne âgée varie de 42 000 $ à 71 000 $ par année », rapporte-t-on dans l’article de Jean-Philippe Robillard. Selon mes calculs, en soins à domicile, un bain par semaine ne risque pas de couter 42 000 $ à l’État. Même si le préposé se parque en double et pogne un ticket.

En pleine période de « rigueur budgétaire » (austérité, pour les intimes), les coupures dans les SAD, mentionnées dans ce reportage de Radio-Canada, sont pour le moins étonnantes.

Efficacité à géométrie variable

En revanche, les manchettes du début de la semaine nous glissaient à l’oreille qu’au moins un patient – manifestement impatient d’en finir – avait obtenu d’un médecin l’euphémistique aide médicale à mourir.

Et ce, avant même l’existence d’une loi fédérale balisant ce meurtre sur demande de personnes en détresse.

Enfin, on offre à la population la possibilité d’en finir proprement, sans encombrer inutilement le système.

D’abord, on fait mourir les soins à domicile à petit feu. Ensuite, on s’assure que les soins palliatifs ne soient que l’ombre de ce qu’ils devraient être. Enfin, on offre à la population la possibilité d’en finir proprement, sans encombrer inutilement le système. Sans déranger non plus les enfants qui ont bien leurs propres mioches à s’occuper, et leur couple qui bat de l’aile, et leur carrière, vous savez!

Fin 20e siècle, de nombreux efforts ont été déployés lors du virage ambulatoire afin de rapprocher les soins des gens. Vingt ans plus tard, on constate que les personnes vulnérables de notre société (psychiatrisés, bébés, vieillards, personnes handicapées) – donc non-productives d’un point de vue strictement « économiciste » – sont encore institutionnalisées, d’une manière ou d’une autre.

Les leçons du désastre

Qu’y a-t-il à retenir de cette situation? Peut-on oser espérer que cet abandon désolant de nos ainés par l’État se transformera en prise de conscience chez leurs enfants? Ça devient de plus en plus clair. Payer l’impôt n’est pas suffisant pour accomplir le quatrième commandement: « honore ton père et ta mère ».

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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