Société

La bonne éducation

Photo: Pixabay (Anqa - CC)
Photo: Pixabay (Anqa - CC)

« C’est pas tout de faire des enfants; il faut aussi les élever! » Parole sage de mon frère lors de l’arrivée au monde de notre fille E. Je l’ai prise comme un encouragement à remplir mon devoir de père.

Je ne me souviens plus trop si j’ai flanqué une baffe à mon frangin, ou si j’ai seulement rêvé de le faire. Peu importe.

Quant à lui, comme dirait saint Paul, il a choisi la meilleure part: il deviendra curé sous peu.

S’il m’arrive de l’envier secrètement pour sa vocation que j’imagine paisible – ô illusion, quand tu nous tiens! –, je me considère toutefois bien choyé de voir grandir toute cette marmaille autour de ma femme et moi.

Cependant, ce matin, les nouvelles m’ont fait capoter un peu. Beaucoup.

Intolérables abstentions

J’apprenais donc que le bon gouvernement québécois lançait cet automne son nouveau programme d’éducation sexuelle. Grrr.

J’apprenais quelques lignes plus bas que, pour éviter que les méchants parents sortent les enfants de ces cours (surement pour des motifs religieux), la matière serait intégrée aux autres cours (math, français, etc.). Re-grrr.

Comme si notre tâche de parents consistait essentiellement à faire les enfants. L’État se chargera de les élever correctement.

Le ministère de l’Éducation semble croire qu’il n’y a que les gens qui croient à Dieu qui sont assez gnochons pour voir un danger dans ce cours.

Qu’il s’agisse du caractère obligatoire du cours, du manque de formation des enseignants, de l’absence de consultation du milieu ou de l’approche pédagogique retenue par le ministère de l’Éducation, les sujets de controverse ne manqueront pas au cours des prochains mois. »

- La Presse canadienne

Certains diront « bonne nouvelle! » en se découvrant dégagés de la délicate tâche de parler zizi avec fiston.

Pour ma part, je vois ça d’un autre œil.

Au moins, j’étais un peu consolé de savoir que ce n’est pas tout le monde qui semble trouver la formule prometteuse. Les profs, pas formés pantoute pour jaser de ça avec nos kidos, trouvent la mise en application un peu précipitée.

Sans compter que les liens entre les visées du programme (réduction de la violence sexuelle) et les cours de grammaire et d’algèbre truffés de capsules sur la banalisation de la branlette sont franchement ténus.

Ainsi, autant dans la classe que dans les draps, aucune abstention ne sera tolérée.

Oui à l’éducation sexuelle!

Ne pensez pas que je sois contre l’éducation sexuelle. Je suis pour. Je crois fondamentalement qu’il faut parler de sexe à nos enfants.

Justement!

Je crois que c’est tellement important qu’il ne faut pas que ce soit transmis par n’importe qui, n’importe comment.

L’éducation sexuelle de toute une génération s’est faite autour de deux pôles.

D’une part, les infirmières bien intentionnées du CLSC qui venaient nous vendre une vision exclusivement mécanico-biologique de la relation. Turn-off, réducteur, mais franchement comique par moments.

D’autre part, la porno à laquelle les Y ont eu accès en un clic a enseigné une vision de la relation qui transforme les êtres (hommes autant que femmes) en objets dont on peut disposer au gré des expérimentations et des quêtes de plaisirs et d’extases – dont la légitimité en tant qu’unique finalité de la relation ne saurait être remise en cause!

Du respect

On apprendra bientôt à mes enfants que toutes les pratiques s’équivalent, tant que c’est vécu dans le respect. On évacuera du coup l’encombrante exigence de l’amour dans la relation, au profit d’un contrat, plus ou moins tacite, entre deux êtres (ou plus) qui acceptent d’être la chose de l’autre.

Avouons que c’est bien plus chic que ces préceptes ringards de fidélité et de chasteté prônés par ce vilain clergé catho! Nos grands-mères ont tellement souffert!

Mais nos enfants – Dieu merci! – ne souffriront pas. Ils seront libres, émancipés. Ils seront heureux.

Au moins jusqu’à leur prochaine visite chez le psy.

Le Durex

Nos enfants vivront dans un monde où tout le monde se respecte… le temps d’une nuit. Un monde où on fait les choses proprement.

Je suis peut-être un brin naïf – je vous entends dire que c’est le propre des chrétiens, cette fâcheuse tendance à ne pas se laisser abattre par les vicissitudes de l’époque – mais je garde malgré tout l’espérance.

La famille est et demeurera toujours le lieu de socialisation le plus puissant. Plus puissant que l’école, n’en déplaise aux fonctionnaires de la nouvelle morale et aux lobbys qui les manipulent.

Par la force des liens, par la même chair qui unit ses membres, la famille (la nôtre, en tout cas) continuera de témoigner à temps et à contretemps que la durée est plus féconde que le Durex.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

5 Commentaires

  • Je vois dans ce cours une formidable opportunité offerte aux parents pour rappeler de manière positive une vision lumineuse de la sexualité qui s’inscrit dans une éducation à l’amour. Il faudra les outiller. Avec des arguments scientifiques et philosophiques séculiers, mais aussi, par cohérence, avec le bonus de la source de cet amour: Dieu. L’enseignement de l’Église doit être re-déployé sans complexe. Les dérives puritanistes chrétiennes auquel il est associé n’a rien à voir avec la théologie du corps et l’enseignement catholique que propose CLER Amour et Famille (www.cler.net), par exemple : )

    • En effet! Voilà une belle occasion de re-déployer l’enseignement de l’Église sur la relation conjugale.
      Toutefois, le défi supplémentaire, avec cette formule, c’est que le cours ne sera pas à l’horaire, mais il sera intégré aux autres cours. Ça complique un peu les choses pour faire un suivi des « apprentissages » avec l’enfant…
      Merci pour le l’hyperlien! Très intéressant!

  • 1) Encore plus que sur la notion de respect, j’aurais peur qu’une partie de ce cours portera sur la notion de consentement. Ce qui est encore pire car une femme peut consentir sous la pression à une pratique sexuelle qui n’est pas respectueuse.

    2) Peut-on penser le cours d’éducation sexuelle est volontairement intégré aux autres cours, sans horaires fixes, justement, afin que les parents ne puissent pas ne pas retirer leur enfants? Si c’est cela, c’est proprement machiavélique.

    3) Quand la nouvelle est sorti hier, le journal de Québec publiait en même temps un article sur une adolescente de 15 ans qui élevait seul son enfant de deux ans. Elle a conçu son enfant car le préservatif était percé. L’article ne mentionne pas le courage de l’adolescente de ne pas avoir avorté, ne rappelle pas le fait que la contraception comporte toujours un risque si minime soit-il et, évidemment, s’abstient de mentionner que le respect de l’enseignement de l’Église permet d’éviter efficacement ces situations.

    • 1) Je crains aussi ce risque d’exaltation du consentement (un gun sur la tempe).
      2) Est-ce voulu ainsi? Je ne suis pas dans le secret des demi-dieux du ministère. Mais une chose est sûre, cette formule intégrée comporte l' »avantage » (pour l’État) de ne pas permettre l’exemption.
      3) Étrange « coïncidence », en effet!

      Le rôle des médias est crucial dans une démocratie. Le silence complice ou la promotion d’idéologies contraires à la vie sont fréquents. Devant une telle situation, comme le dit Jasmin sur cette page, les chrétiens doivent se sentir interpellés à témoigner davantage et à porter au monde ce que l’Église enseigne.

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