Société

Et si le pape se gourait?

"Réfugiés à la station de train Keleti, à Budapest", Rebecca Harms (wikimedia - CC)
"Réfugiés à la station de train Keleti, à Budapest", Rebecca Harms (wikimedia - CC)

D’un côté, le repli. Peur d’avoir peur d’un terrifiant terroriste qui frapperait à la porte. D’un autre, de naïfs amis de Jésus qui ouvrent les vannes sans discernement et accueillent ceux qui causeront la perte de notre civilisation.

Pas de nuances. Pas de zones grises. Le monde, vu dans ce monocle de mononcle manichéen, c’est pas trop compliqué : t’es avec nous ou t’es contre nous. Et puisque le pape semble prendre parti pour ceux qui sont contre nous, il doit être contre nous, lui aussi… le malcommode.

Ce soupçon, on l’entend malheureusement depuis quelque jour.

On a un devoir de protéger nos familles, bien sûr. Alors pourquoi risquer d’ébranler encore plus notre Occident qui se cherche déjà pas mal?

Et si, de fait, l’accueil d’une famille de Syriens dans ma paroisse se transformait en bain de sang perpétré par des infiltrés de l’État islamique parmi les réfugiés?

Et si le pape se gourait, diront ceux qui font primer la prudence sur la charité?

Et si, de fait, l’accueil d’une famille de Syriens dans ma paroisse se transformait en bain de sang perpétré par des infiltrés de l’État islamique parmi les réfugiés?

Et si la Conférence des évêques catholiques du Canada se plantait solidement en faisant cet appel à l’action et à la prière?

Et si leurs positions – dangereusement innocentes et manipulées par les bons sentiments véhiculés dans les grands médias maçonniques, selon plusieurs catholiques – nous mettaient dans le pétrin?

Et si la planète entière était aveuglée sur ce grand complot… sauf moi!

L’ouverture à la vie

Être « ouvert à la vie », c’est une expression très populaire chez les catholiques qui adhèrent pleinement à l’enseignement de l’Église en matière de procréation, entre autres. Mais pas exclusivement en matière de procréation.

La foi, l’espérance et la charité, mises en application, nous poussent à accueillir l’enfant importun.

Accueillir un enfant qui n’arrive pas au bon moment, ou pas avec le bon nombre de chromosomes, alors que celui-ci risque de nous arracher à la vie confortable que nous nous étions construite, ça ne va pas de soi. Craintes, peur de l’inconnu, angoisses accompagnent souvent un tel évènement.

La foi, l’espérance et la charité, mises en application, nous poussent toutefois à accueillir l’enfant importun.

L’étranger qui souhaite échapper à une mort certaine ou à une très probable persécution est, lui aussi, cet « autre » qui dérange.

Soumettre la raison?

Être catholique, pour moi, ce n’est pas arrêter de réfléchir lorsque ma Mère l’Église me donne un conseil ou un encouragement. Ce n’est pas non plus d’être papiste au point de vouer un culte à François plutôt qu’à Dieu.

Mais c’est accepter de remettre en question mes aprioris et mes désirs de tranquillité – aussi légitimes soient-ils. C’est aussi de soumettre ma raison, et les formidables justifications qu’elle produit, à l’exercice difficile de la foi et de l’obéissance. Soumettre la raison à la folie de l’amour chrétien, c’est-à-dire aimer celui qui risque, peu ou prou, de m’enlever la vie.

By-the-way, je n’ai jamais été déçu en écoutant ce que cette Mère de Miséricorde me demandait. Jamais.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

5 Commentaires

  • Merci,
    L’auteur pose bien le dilemme : La réflexion et non pas la soumission à la réflexion papale.
    (Titre de l’article : « Et si le pape se gourait ? »)
    Nous avons en ce moment, aux portes de l’Europe, 2 pays divisés qui subissent la guerre : La Syrie et l’Ukraine.
    Du moins, c’est ce que rapportent nos journaux (dont la plupart des rédacteurs en chef ont été virés ces dernières années)
    Que constatons nous ?
    Ceux qui fuient la guerre en Ukraine, sont des vieillards, des femmes et des enfants ( + de 1 000 000 de personnes) qui sont accueillis par la Russie. (Lien) Les hommes, eux, restent pour défendre leurs racines culturelles, leur terre…
    à contrario, qui sont les migrants de Syrie, (ou dont on nous dit), qu’ils proviennent de la Syrie ?
    Il suffit de regarder les photos… (Beaucoup d’hommes et donc de désertion Non ?)
    J’avais lu une conférence de presse de Bachar Al Assad en 2013, qui m’avait convaincu de la haute inspiration politique qui le conduisait à résister avec le soutien de son peuple.
    J’en déduis donc que les vrais syriens se battront jusqu’au bout, pour honorer la mémoire de leurs frères et conforter leur président réélu haut la main.

    Tout ça évidemment, ne plaide pas en la faveur d’une immigration de réfugiés.
    (Dont nombreux appartiennent aux rangs de l’EI)

    Alors que dire de la demande de miséricorde du pape :
    Question : Quel dit-il des réfugiés ukrainiens en Russie ?
    Il me semble que la providence de Dieu y a répondu, lorsque le 26/01/2014, 2 colombes sont attaquées.
    Enfin, et c’est extraordinaire : Lisez la prophétie de Saint François d’Assise, qu’il donne (avant de mourir !

    Tout cela donc pour corroborer ton article en poussant plus loin encore la thématique.
    La mise en garde est donc claire pour qui voudra l’entendre…

    Merci pour ce blog !

  • […] Cette approche n’ignore pas les risques : la charité court le risque de l’ingratitude, la confiance celui d’être déçue. On les choisit en conscience, et en connaissance de cause. Mais elles sont le moteur de la paix. « Il faut du courage pour dire oui à la rencontre et non à l’affrontement (…) Il faut du courage, une grande force d’âme » (cf ici) car, précisément, on en connaît les risques5. C’est aussi cela l’espérance, et l’ouverture à la vie. […]

    • On peut aussi répondre à ton propos par une parabole antique, (reprise par le cinéma avec le film Achille !)
      Paris (fils de Priam) ne voulait pas du cheval de Troie : « qu’on le brûle… »
      Priam en a décidé autrement, pour honorer les dieux et l’insère dans la cité.
      On connait l’issue de l’histoire !
      Tu parles de courage dans la miséricorde, d’autres y verront « l’Orbo Ab Chao ».
      Notre conscience diverge d’autant que les réfugiés sont souvent jeunes et arrogants sur des vidéos du web.
      Le pape a ses raisons, (je ne les juge pas), mais j’observe la main tendue de l’église, telle une proie ciblée, qui me remémorent les prophéties de Marie Julie Jahenny (entre autres)

      Enfin, le moteur de la paix, consisterait à mettre un terme au financement de la guerre en Syrie. Qui en parle ?

      • Ricquet, je ne crois pas que le conflit en Syrie puisse être résolu en tarissant les ressources. Il en serait exacerbé. Ni en cessant de livrer des armes: On peut s’entretuer au couteau.

        Il n’est même pas suffisant d’en neutraliser les effusions, sauf à être sûr d’en avoir pour toujours le pouvoir (ce qui est impossible), car alors le feu couvera sous la braise et rejaillira plus fort.

        Non, il faut se résigner à en identifier la cause, et à voir ce qu’on voit.
        L’Islam implique un rapport au pouvoir opposé à celui que le Christianisme enseigne, c’est pourquoi notamment on le dit non compatible avec la laïcité (à juste titre).

        Il n’est pas la seule doctrine dans ce cas, je dirais même que c’est le Christianisme qui fait exception à la règle. Le totalitarisme est à la fois naturel et monstrueux: Naturel parce que c’est ainsi que les hommes de pouvoir le veulent, et parce que logiquement eux seuls pourraient se limiter; monstrueux parce qu’il ne convient pas à la société humaine, parce que l’ordre qui lui convient est l’ordre naturel, ou providentiel, et non celui inventé par les hommes au pouvoir.

        Le christianisme seul s’oppose au totalitarisme: Il se dit extérieur au pouvoir, et pourtant détenteur d’une sphère de compétence définie par l’enseignement du Christ – qui parlait avec autorité, mais ne légiférait pas et refusait la royauté qu’elle lui fût offerte par Satan ou par les hommes. Il s’ensuit que le pouvoir régalien est limité aussi dans son champ d’action.

        C’est leur rapport erroné au pouvoir, fondé sur le faux enseignement musulman, qui conduit les syriens aux affres où ils sont – on peut bien sûr ergoter sur l’évolution du rapport de force entre sunnites majoritaires et minorités chiites, druze, alaouite, chrétienne, et sur les luttes d’influence que se livrent les différents États de chacune de ces obédiences (Iran, Arabouie Saoudite etc.), elles-même confrontées aux mêmes conflits sur leur propre sol…
        Mais au fond la maladie est la tentation totalitaire à quoi il n’y a d’autre parade que la vraie laïcité (pas celle du socialisme !), celle du christianisme.

  • En effet il faut écouter l’Église et le pape mais avec le recul qui convient.
    François est argentin, bien loin des problèmes que pose l’immigration musulmane en Europe. L’Islam n’est pas inconnu de l’Église, puisqu’il en est de très loin le principal persécuteur depuis des siècles. Une guerre permanente et incessante de mille ans, des batailles par centaines en sol chrétien, plus d’un million d’esclaves, plus de la moitié de la chrétienté tombée sous le joug de la charia puis nettoyée de toute présente chrétienne, la plus brillante de ses deux capitales soumise et ses cathédrales transformées en mosquées, la Bible bannie…
    Les raisons de se méfier de l’islam ne manquent pas pour les Européens qui connaissent leur Histoire malgré leur école publique.
    Quant aux chrétiens, c’est de la subversion de leur culture qui doit les inquiéter, car cette vague migratoire les submerge à un moment de grande faiblesse, le socialisme ayant anéanti la transmission.
    Interrogez un jeune français au hasard dans la rue, demandez-lui ce que signifie le mot « martyr »: Il vous répondra probablement qu’il s’agit d’un djihadiste tué au combat, et qu’il mérite ce titre d’autant plus qu’il a tué d’infidèles avant de succomber.
    Ses grands parents vous auraient donné la définition chrétienne: Un chrétien qui a donné sa vie pour témoigner de Jésus-Christ sans jamais chercher à imposer quoi que ce soit à qui que ce soit – comme ceux qui sont régulièrement exécutés en terre d’Islam.
    Rien ne peut expliquer les affres que traversent la Syrie, l’Iran, le Nigéria ou le Pakistan sinon l’Islam. Tant de culture autrefois si brillantes: Qui aurait pu imaginer il y a mille ou deux mille ans que des Perses ou des Indiens seraient sous-développés par rapport à des Goths ?
    Comment croire qu’il puisse en aller autrement en Europe ?
    La bien-pensance nous enjoint de fermer les yeux.
    Pour moi la seule solution est d’évangéliser, malgré les régimes socialistes, leur antichristianisme et leur relativisme.
    Mais avec l’aide de Dieu.

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