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Vous pleuriez? Dansez maintenant

Image tirée de la page Facebook du film
Image tirée de la page Facebook du film
Écrit par James Langlois

Lorsqu’arrive une fête, paradoxalement, je me sens toujours d’humeur morose. Peut-être est-ce mon côté idéaliste qui se déçoit que la fête ne soit pas célébrée à mon goût. Ou alors est-ce parce que je m’attriste de n’être pas moi-même assez prêt ou joyeux.

Fin de la psychanalyse.

Bref, le 31 décembre, je n’étais pas dans mon assiette.  Ma copine – qui a l’amour d’endurer ma face d’enterrement – me propose d’aller au cinéma avant d’aller nous préparer pour la veille du Jour de l’An. Je me suis dit que ça allait peut-être me changer les idées.

Tomber dans un piège

Elle voulait aller voir La La Land (récipiendaire de sept Golden Globes) avec Emma Stone et Ryan Gosling.

En général, je n’ai qu’à regarder le titre, l’affiche et les acteurs du film pour discerner si je l’aimerai (je n’ai pas la présomption de dire s’il s’agira d’un bon ou d’un mauvais film, quoique…).

Pour La La Land, j’étais très sceptique. Mais comme je voulais être de bonne volonté et lui faire plaisir, j’ai accepté.

Le film commence par une chanson comme celles qu’on retrouve dans les comédies musicales. Je me dis que ça doit faire partie du scénario, qu’on assiste à une mise en abyme puisque le film se déroule à Hollywood. Deux scènes plus tard, un autre moment de comédie musicale.

J’ai beaucoup aimé la version américaine des Misérables, mais là vraiment, c’en était trop.

Je me tourne vers mon amoureuse et je lui murmure à l’oreille : « t’aimes-tu ça, toi, les comédies musicales ? ».

Dieu soit loué, elle a répondu non.

Personne ne nous l’avait dit ; c’était indiqué nulle part.

Le jeu en valait la chandelle : n’importe quel film allait être meilleur que celui-là.

J’ai quelques minutes pour trouver une solution. Je sors de la salle, regarde l’horaire des films et constate que celui de la salle voisine avait commencé tout juste après le nôtre. Le jeu en valait la chandelle : n’importe quel film allait être meilleur que celui-là.

On se retrouve alors dans la salle de Lion. Sur l’écran, un jeune garçon, seul au milieu d’une gare de train bondé, appelle sa mère en hindi. Il met tout en œuvre pour la retrouver, mais c’est peine perdue. Il doit dormir sous les ponts de Calcutta et se nourrir avec les offrandes faites dans les temples près du Gange.

Après cinq minutes, je ne regrettais aucunement d’avoir changé de salle, j’en jubilais même.

Sortir de soi-même

Lion met en scène l’histoire réelle de Saroo Brierley, un jeune garçon indien adopté par un couple australien.

Vers l’âge de 25 ans, et à l’aide de Google Earth, il retrouve sa mère biologique, vivant toujours dans son village natal au fond de l’Inde paysanne.

Le film est absolument prenant du début à la fin. Le spectateur est confronté à des scènes dont on peine à imaginer la réalité tellement elles sont tragiques, surtout dans la première moitié du film. Lion rappelle le contexte de Slumdog Millionnaire. Le jeu des acteurs y est si convaincant qu’on pourrait presque ne pas reconnaître Nicole Kidman.

À m’insérer dans le contexte douloureux de ces enfants perdus, j’en avais oublié mes propres petites angoisses narcissiques du temps de Fêtes et, enfin, pas si graves du tout. Le film termine sur une note on ne peut plus heureuse.

C’est cliché à dire, mais on sait tous qu’on vit dans un monde surchargé d’horreurs et de mauvaises nouvelles : de l’espérance quelques fois ça fait du bien, surtout quand il s’agit d’histoires vraies.

Ce n’est pas la première fois qu’à la rencontre de la misère de l’autre (ici, par la médiation d’une œuvre), je suis amené hors de mes chimères existentielles. Chaque fois, je comprends à plus forte raison pourquoi on ne devrait jamais exclure de nos vies la possibilité de toucher la faiblesse, la vulnérabilité, voire la mort.

Évidemment, la vie n’est pas toujours faite d’histoires dont la fin est heureuse comme au cinéma. C’est bien beau de vouloir descendre dans la mort, mais encore faut-il avoir l’espérance d’en sortir « vivant ».

Google Heart

Il faut dire aussi que ça me réconfortait de voir que les outils de Google pouvaient servir à autre chose que de creuser l’abîme grandissant entre le monde réel et virtuel. Dans l’histoire de Saroo, la technologie est au service de la relation, de son identité, de l’enracinement de l’individu dans sa famille.

En effet, bien que le jeune Indien aime et honore ses parents adoptifs comme nul autre et qu’il aurait tout pour être heureux, il se sent comme un étranger. Il aimerait savoir de quel village il vient, connaître sa mère et revoir, l’espace de quelques heures, les lieux qui habitent ses souvenirs.

Dans un climat qui répugne à tout ancrage de l’individu, l’expérience relatée dans Lion est une bouffée d’air frais.

Dans le climat mondialiste et transhumaniste qui nous entoure, lequel répugne à tout ancrage de l’individu (qu’il soit familial, national ou biologique), l’expérience et le témoignage relatés dans Lion m’ont semblés être une bouffée d’air frais.

Pis après quoi ?

Je suis quand même sorti de la salle avec le goût de chanter et de danser… comme si je venais d’écouter une comédie musicale.

***

Chaque année en Inde, plus de 80 000 mille enfants disparaissent. Le film est associé à plusieurs organismes qui oeuvrent sur le terrain et ailleurs dans le monde pour protéger ces enfants. En allant sur le site suivant, vous pouvez découvrir ces organismes et les soutenir.

http://lionmovie.com/

À propos de l'auteur

James Langlois

James a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer. Il est rédacteur en chef adjoint au Verbe depuis juin 2016.

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