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Vivre à petit feu

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Un texte de Rébecca Bélanger

La scène du théâtre Premier Acte ouvre ses planches sur l’immensité des paysages islandais pour présenter Hypo, une pièce qualifiée de « huis clos dans le grand dehors ». Sans jamais pour autant se sentir à l’étroit, le spectateur assiste au funeste sort de cet homme qui a choisi de mettre en scène sa mort.

La pièce commence sur des airs de road movie, trame sonore folk nostalgique à l’appui. Puis, une rencontre fortuite, presque naïve, entre deux jeunes adultes. La spontanéité de la scène nous fait d’ailleurs beaucoup sourire.

Ces deux personnages, dont les chemins improbables se croisent en Islande, décident de faire tomber les barrières des relations humaines : ils choisissent le jeu de la franchise. Lui est mourant et elle n’est pas heureuse.

Il clame avoir choisi de vivre ses derniers jours debout, du moins c’est ce qu’il affirme. Pourtant, plus la pièce avance et plus elle nous dévoile, par moments, non pas une ode à cette marche volontaire vers la mort, mais vers la vie.

Quant à cette fille, elle pense pouvoir l’accompagner vers la fin de sa vie, sans attache ni attente, tels deux inconnus ignorant tout l’un de l’autre. Le discours évolue heureusement, les personnages nous amènent bien au-delà de ces idées préconçues.

La paralysie de la peur

Nicola-Frank Vachon, nous offre ici, dans ce premier texte d’auteur, une réflexion pertinente sur la vie, avec tout ce qu’elle comporte de contradictions.

Cet homme, paralysé par la peur, n’a peut-être jamais commencé à vivre.

L’annonce de la mort imminente révèle le malêtre profond de cet homme, paralysé par la peur, et qui n’a ironiquement peut-être jamais commencé à vivre.

Mary-Lee Picknell livre une prestation naturelle, à la fois drôle, touchante et sincère. Les répliques coup de poing se suivent, faisant tantôt rire, tantôt réfléchir. Entrecoupée de musique apaisante et d’images bucoliques, la trame de fond demeure néanmoins philosophique.

La pièce suscite en nous ces questionnements trop souvent oubliés au profit d’une vie accélérée, noyée dans l’appât du gain, trop occupée à l’image qu’elle projette. Tant de propos appuyés par la mise en scène poétique de Maryse Lapierre. Un décor et des choix somme toute minimalistes où chaque objet, chaque projection et chaque prise de vue en direct trouvent écho. Rien n’est laissé au hasard. Les déplacements s’enchainent avec une fluidité bouleversante, parfois trop légère, comme si ce n’était qu’une belle histoire à raconter. Tout est beau comme dans les films.

La condition humaine

Je pensais assister à une représentation calquée du discours ambiant sur l’euthanasie. Hypo surprend et pousse la réflexion plus d’une fois au-delà des clichés habituels.

Son leitmotiv semble surtout révéler notre condition humaine, trop souvent prise entre le désir de vivre et la peur de mourir.

*

La pièce Hypo est présentée au théâtre Premier Acte à Québec jusqu’au 28 octobre 2017. Un texte de Nicola-Frank Vachon, mis en scène par Maryse Lapierre et interprété par Mary-Lee Picknell et Nicola-Frank Vachon.

À propos de l'auteur

Collaboration spéciale

Il arrive parfois que nous ayons la grâce d'obtenir un texte d'un auteur qui ne collabore habituellement pas à notre magazine ou à notre site Internet. Il faut donc en profiter, pendant que ça passe!

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