Blogue

Tu ne tueras point

Extrait du film Hacksaw Ridge (photo tirée de Facebook)
Extrait du film Hacksaw Ridge (photo tirée de Facebook)

Tu ne tueras point (intitulé Hacksaw Ridge au Québec) est le dernier film de Mel Gibson… et son premier après 10 ans d’attente. Une attente qui nous valut probablement le meilleur film de l’année et le meilleur film de guerre de tous les temps. Le plus violent certes, mais surtout le plus profond et le plus poignant. Et ces 10 années de travail de Gibson lui valurent 10 minutes d’ovation debout pour la première à Venise en Italie !

Le film raconte l’histoire vraie de l’américain Desmond T. Doss qui servit durant la bataille d’Okinawa lors de la Deuxième Guerre. Il combattit, mais sans arme, en refusant de tuer.  Il fut le premier américain de l’histoire à recevoir la médaille d’honneur sans avoir tiré un seul coup de fusil.

Pouvons-nous tuer à la guerre ?

Desmond n’est pas un pacifiste qui prétend que le commandement du Seigneur «Tu ne tueras point» ne revêt aucune exception. En fait, il existe une seule exception, celle de la légitime défense, qu’elle soit individuelle ou collective, comme dans le cas des guerres justes. Que la Deuxième Guerre mondiale contre Hitler et le nazisme fut une guerre juste n’est point discuté. Dès lors, il n’y était pas immoral de tuer pour défendre la liberté et la paix.

Desmond Doss n’est pas un apôtre de la non-violence confortablement établi dans un pacifisme jobard.

Mais Desmond Doss avait une histoire personnelle qui l’amena à faire une sorte de vœu privé à Dieu de ne jamais porter d’arme ni tuer personne. Néanmoins, il croyait à la guerre juste. Il y croyait tellement qu’il fit tout pour pouvoir participer à l’effort de guerre et aider ses compatriotes à remporter la victoire. Doss n’a pas été forcé de joindre les forces armées, c’est librement qu’il s’est enrôlé et encore plus librement qu’il a choisi d’y demeurer alors que tout le monde l’incitait à quitter.

I can’t stay here while all of them go fight for me.

Il n’était pas un apôtre de la non-violence confortablement établi dans un pacifisme jobard. Il était un véritable artisan de paix, qui est prêt à mourir pour construire la paix.

While everybody is taking life I’m going to be saving it, and that’s going to be my way to serve.

Conscience sacrée

Dès lors, Hacksaw Ridge n’est pas tant un hymne à la non-violence qu’un hymne au courage. Courage d’être fidèle à sa conscience. Courage d’agir en conformité avec ses croyances les plus fondamentales.

I don’t know how I’m going to live with myself if I don’t stay true to what I believe.

À l’heure où les médecins et infirmières d’ici sont menacés s’ils refusent de tuer leurs patients en fin de vie, le film de Mel Gibson se présente comme un puissant plaidoyer en faveur du respect de la conscience humaine. Sanctuaire sacré, mais violé par les états de la dictature du relativisme.

À chacun sa vérité, sauf quand ta vérité est contraire à la mienne !

Courage sans compromis

Desmond Doss manifeste que le plus grand courage ne réside pas dans une absence de peur au combat, mais au contraire dans la patience et l’action malgré la peur de la mort. Son courage est sans compromis pour ce qui est juste et bon, au risque d’être pris pour le pire des obstinés.

En conférence de presse, le créateur de La Passion du Christ a expliqué : « Mon film met en lumière ce que cela signifie pour un homme de conviction et de foi de se retrouver dans une situation infernale… et, au milieu de ce cauchemar, cet homme est en mesure d’approfondir sa spiritualité et d’accomplir quelque chose de plus grand ».

Voilà un vrai héros ; non pas celui qui tue le plus d’ennemis, mais celui qui sauve le plus de vie…

Mel Gibson nous a donné un vrai héros ; non pas celui qui tue le plus d’ennemis, mais celui qui sauve le plus de vie… jusqu’à sauver celle de son ennemi. Quelle fraicheur que de voir la bonté morale revenir sur les planches d’Hollywood, après une décennie qui n’a su que nous livrer des antihéros ou des héros en collants.

La force de la foi

Mais il faut le reconnaitre, le film a un impardonnable « défaut »… celui d’être une ode à la foi. Desmond est chrétien , ce genre de croyant que l’on trouve profondément « intolérant ». Un chrétien pour qui les vérités de la foi ne sont pas négociables. Un chrétien qui est prêt à mourir pour demeurer fidèle à ses convictions.

Pire encore, un chrétien qui témoigne davantage par ses actions que par ses paroles et qui risque d’avoir une influence sur ceux qu’il inspire.

L’une des plus belles scènes du film est sans doute celle où son caporal lui avoue que s’il ne retourne pas au champ de bataille aucun autre soldat n’osera y retourner. Car, lui dit-il, ils ne croient peut-être pas ce que tu crois, mais ils croient ce que tu fais.

They don’t believe what you do. But they believe you do.

Aimer un par un

La charité de Desmond est concrète comme celle de la sainte de Calcutta. « Je ne peux pas les sauver tous, mais je peux sauver celui-ci, et celui-là… et celui-là encore. » Sauver le monde une personne à la fois.

Please Lord, help me get one more. Help me get one more.

Il est impossible de ne pas pleurer quand on le voit revenir du champ de bataille et marcher au milieu de la centaine de soldats dont il a personnellement sauvé la vie, un par un.

Sa charité et son courage sont si héroïques que Mel Gibson a avoué ne pas avoir pu respecter en tout point la vérité historique. Car il sentait que les spectateurs n’auraient pu croire à sa véracité.

Comme cette fois où il était sur une civière après avoir été frappé par des éclats d’obus et qu’il a lui-même sauté de son brancard pour prendre le temps de guérir un autre soldat blessé ; puis qu’il a ordonné qu’on prenne sa civière pour aider d’autres blessés et qu’il est retourné au camp en rampant sous les coups des snipers japonais.

Comme une épée à deux tranchants

Malgré les trente premières minutes quelque peu légères et clichées, Hacksaw Ridge est sans conteste le meilleur film de l’année. Le meilleur film, mais qui ne gagnera pas l’Oscar pour deux raisons.

Premièrement, parce que c’est un film de Mel Gibson, le paria d’Hollywood.

Deuxièmement, parce que c’est un film beaucoup trop explicitement chrétien pour que l’intelligentsia et l’establishment artistiques puissent le reconnaitre à sa juste valeur.

Tu ne tueras point est un film qui peut changer des cœurs.

Un film qui réussit à promouvoir la paix en montrant l’horreur de la guerre.

You lose more than what you can win in war.

Un film qui nous donne espoir que le bien n’a pas encore dit son dernier mot.

If love cannot stop wars, tell me what can.

Un film qui surgit comme une épée à deux tranchants, partageant l’âme et l’esprit, jugeant les intentions et les pensées des cœurs.

À propos de l'auteur

Simon-Pierre Lessard

Jeune consacré avec les Missionnaires de l'Évangile, Simon-Pierre Lessard est un ami de Dieu et des hommes, un passionné de contemplation et de mission. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec tous les chercheurs de vérité. Membre du conseil de rédaction où il s’exprime sans retenue, il nous partage fréquemment sur papier et sur écran le fruit de sa contemplation. C’est sa manière de rendre raison de l’espérance qui est en lui!

Laisser un commentaire