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Sommes-nous encore capables d’attendre?

Photo: Pixabay - CC.
Photo: Pixabay - CC.

Le carême 2018 a quelque chose d’anachronique.

Alors que se déroulait ces jours-ci à Austin (Texas) le fameux pèlerinage de technophiles SXSW, l’Église catholique, jamais vraiment de son temps, propose une lente et pénible montée vers le calvaire.

D’un côté, les jeunes élites mondiales de l’intelligence artificielle, du capital de risque et du bitcoin se shootaient au high-speed, la tête dans le cloud. De l’autre, une institution aux allures archaïques se prépare à faire mémorial d’un évènement qui commence à dater: un homme exécuté non pas avec un sabre laser, mais cloué sur un bout de bois; vraisemblablement revenu du séjour des morts en chair et en os, et non pas en hologramme.

Lors de cette grand-messe (je parle ici du festival SXSW), une conférence d’Elon Musk, PDG de Tesla et de SpaceX, a galvanisé la foule:

« Il y a des choses affreuses qui arrivent en permanence dans le monde. Mais la vie, ce n’est pas résoudre des problèmes misérables les uns après les autres. Il doit y avoir des choses qui vous inspirent, qui vous font vous lever le matin, vous rendent fier de l’humanité.

« Constantin Tsiolkovski [un scientifique russe du début du XXe siècle spécialiste de l’espace] a dit “la Terre est le berceau de l’humanité, mais l’humanité ne peut pas rester dans son berceau pour toujours.” Il est temps de partir à la conquête des étoiles, d’étendre le spectre de la conscience humaine. Je trouve ça incroyablement excitant et ça me rend heureux d’être en vie, j’espère que vous aussi. »

La latence et l’attente

J’aime bien cette analogie du berceau reprise par Musk. Mais je pense qu’il ne va pas assez loin. En fait, pour un prophète, il manque cruellement de vision.

La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement…

– Rm 8, 22

La mort et la résurrection – l’épitre aux Romains nous le rappelle – a bien des similitudes avec l’enfantement.

Voilà déjà quelques semaines que nous sommes « entrés en carême », un peu comme une femme « entre en travail ».

Comme pour le travail des contractions, le carême ressemble à cette phase de latence, ce travail lent, dont le résultat est aussi caché qu’incertain. C’est précisément ici qu’intervient la foi: voir ce que ni nos yeux ni une webcam ne peuvent apercevoir; espérer ce que nos intelligences – naturelles ou artificielles – ne peuvent concevoir.

L’humanité est en travail. Notre prochain dossier au magazine Le Verbe sur la guerre en témoignera bien. La réponse technologique aux souffrances de l’enfantement ne sera jamais qu’une diversion face à la profondeur de ce qui arrive.

Il faut attendre quelque chose (ou quelqu’un) qui nous dépasse. Tout cela nous dépasse. Et puisqu’on n’aime pas être dépassés, on se réfugie dans ces fausses sécurités à obsolescence programmée.

Bien plus bas que les étoiles

La création est toute tendue vers la venue du Christ. Cette tension, comme une grossesse, se vit dans l’attente, la même attente que celle vécue par le peuple juif dans la nuit du Séder. Le carême autant que la procréation sont des images qui nous aident à entrevoir l’ampleur du mystère pascal.

On peut bien rêver d’investissements dans des startups californiennes, de robots qui prendront soin de nos ainés ou de voyages vers les étoiles. Mais la vie en plénitude, la joie éternelle ne fera jamais l’économie d’un objet d’une simplicité dérisoire.

Une croix en bois et quelques clous rouillés.

 

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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